quelles leçons tirées des expériences des pays en développement ?

(1)UNIVERSITÉ PARIS – DAUPHINE ÉCOLE DOCTORALE de DAUPHINE (EDD) Laboratoire d’Économie de Dauphine (LEDa-SDFi) N° attribué par la bibliothèque |__|__|__|__|__|__|__|__|__|__|. LA MICROFINANCE : QUELLES LEÇONS TIRÉES DES EXPÉRIENCES DES PAYS EN DÉVELOPPEMENT ? THÈSE Pour l’obtention du titre de DOCTEUR EN SCIENCES ÉCONOMIQUES (Arrêté du 7 août 2006) Présentée et soutenue publiquement par Wassini ARRASSEN Le 4 juillet 2013 JURY Directeur de thèse : Monsieur Sanvi AVOUYI-DOVI Professeur associé à l’Université Paris-Dauphine Conseiller à la Banque de France Rapporteurs :. Madame Hélène RAYMOND-FEINGOLD Professeur à l’Université de Paris Ouest Nanterre Monsieur Olivier DARNÉ Professeur à l’Université de Nantes. Suffragants :. Monsieur Joël MÉTAIS Professeur à l’université Paris-Dauphine Monsieur Vladimir BORGY Docteur en sciences économiques Chef de service à la Banque de France Monsieur Edouard FUNK Docteur en sciences économiques Direction des Risques Groupe Crédit Agricole SA.

(2)

(3) L’Université Paris-Dauphine n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises dans cette thèse. Ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur..

(4)

(5) « AUX HOMMES ET AUX FEMMES QUI S’AQUITTENT DE L’AUMONE, A CEUX QUI FONT UN BEAU PRET A DIEU, DIEU LEUR RENDRA AVEC ABONDANCE ; ILS RECEVRONT UNE GENEREUSE RECOMPENSE *» Le CORAN Sourate « Al Hadid » – Le Fer – (18e Verset). *. Traduit de l’arabe par Denise Masson, Gallimard, 1967 (Bibliothèque de la Pléiade)..

(6)

(7) Remerciements La thèse de doctorat est généralement décrite comme un long parcours en solitaire. Pour ma part, même s’il est vrai que les moments de solitude ont existé, je dois avouer que de nombreuses personnes ont participé à l’aboutissement de mes recherches. Je tiens donc à remercier, toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, y ont contribué. Mes plus vifs remerciements s’adressent à Monsieur Sanvi AVOUYI-DOVI pour son œil critique, son intransigeance, ainsi que sa disponibilité en dépit d’une grande charge de travail. Merci infiniment de m’avoir tant apporté ! Je remercie Madame Hélène RAYMOND-FEINGOLD et Monsieur Olivier DARNÉ qui m’ont fait l’honneur d’être les rapporteurs de ma thèse. Je remercie vivement Messieurs Joël MÉTAIS et Vladimir BORGY pour leurs conseils et suggestions pertinentes, à l’issue de ma pré-soutenance. Je les remercie aussi d’avoir accepté de participer à mon jury de soutenance. Monsieur Edouard FUNK a bien voulu participer à mon jury. Je l’en remercie chaleureusement. Merci aux collaborateurs de M. AVOUYI-DOVI pour leur accueil chaleureux ; Virginie FAJON en particulier pour ses conseils et relectures. Je suis reconnaissant envers les membres du SDFi pour leur soutien moral et matériel, et leurs encouragements. Un grand merci à tous mes amis et collègues pour leur aide et présence dans les moments difficiles. Je remercie de tout mon cœur ma famille : ma mère Rabha, mes sœurs Nounja et Néghéla, et mes frères Yamani et Marwane, pour leur amour, leur soutien, leur compréhension et leur présence au quotidien. Cette thèse leur est naturellement dédiée. Merci également à Meriem pour son amour, son soutien sans faille et sa patience. Enfin, je dédie ce travail à la mémoire de mon père, Mohamed et ma grand-mère Habiba, pour m’avoir transmis l’amour du travail, la persévérance et la patience ; des valeurs qui étaient aussi les leurs..

(8)

(9) A mon frère Yamani Envers qui j’ai une grande dette….

(10)

(11) Abréviations et sigles ADIE : Association pour le Droit à l’Initiative Economique AECID : Agence Espagnole de Coopération Internationale pour le Développement AEP : Asie de l’Est et Pacifique AIMS : Assessing the Impact of Microenterprise Services ALC : Amérique Latine et Caraïbes AS : Asie du Sud ASA : Association for Social Advancement AsF : Autosuffisance financière AsO : Autosuffisance opérationnelle ASS : Afrique subsaharienne BAAC : Bank for Agriculture and Agricultural Cooperatives. EEAC : Europe de l’Est et Asie Centrale FOGARIM : Fonds de Garantie pour les Revenus Irréguliers et Modestes IFD : Institution Financière de Développement IFNB : Institution financière Non bancaire IIM : Intermédiaire d’Investissement en Microfinance Imf : Institution de microfinance IPC : Internationale Projekt Consult (cabinet de conseil allemand) IPS : Indice de Portée Sociale ISR : Investissement Socialement Responsable KfW : Kreditanstalt für Wiederaufbau (Établissement de crédit pour la reconstruction, Allemagne). BCEAO : Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. MANOVA : Multivariate Analysis of Variance (analyse multivariée de la variance). BERD : Banque Européenne pour la reconstruction et le développement. MBB : MicroBanking Bulletin. BRAC : Bangladesh Rural Advancement Committee. MIX: Microfinane Information eXchange MOAN: Moyen Orient et Afrique du Nord. BRI: Bank Rakyat Indonesia. ONG: Organisation Non Gouvernementale. CERISE : Comité d’Echange de Réflexion et d’Information sur les Systèmes d’Epargne-crédit. OPIC : Overseas Private Investment Corporation (États-Unis). CGAP : Consultative Group To Assist the Poor. PAMIGA : Participatory Microfinance Group for Africa (Groupe Microfinance Participative pour l’Afrique). CICM : Centre international du Crédit Mutuel. PaR : Portfolio at Risk (Portefeuille en risque). CMA/AOC : Conférence des Ministres de l’Agriculture de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. PAT : Poverty Assessment Tool PEF : Part des Emprunteurs Femmes.

(12) PF : Performance Financière PME : Petite et Moyenne Entreprise PPA : Parité de Pouvoir d’Achat PPI : Progress out of Poverty Index PS : Performance Sociale RNB : Revenu National Brut RoA : Return on Assets (rendement des actifs) RoE : Return on Equity (rendement des fonds propres) SDI : Subsidy Dependence Index (indice de dépendance des subventions) SDID : Société de Développement International Desjardins SEEP : Small Enterprise Education and Promotion. SFI : Société Financière Internationale (Banque mondiale) SPI : Social Performance Indicator SPTF : Social Performance Task Force TEG : Taux Effectif Global TPE : Très Petite Entreprise TVA : Taxe sur la Valeur Ajoutée UEMOA : Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine USAID : United States Agency for International Development VIM : Véhicule d’Investissement en Microfinance WDI : World Developement Indicators (indicateurs de développement, Banque mondiale).

(13) SOMMAIRE INTRODUCTION GENERALE ………………………………………………………………………….. 19 Bibliographie ………………………………………………………………………………………………………… 28 CHAPITRE 0 : CONCEPTS ET DEFINITIONS ………………………………………………………………….. 31 Introduction …………………………………………………………………………………………………………. 32 LA MICROFINANCE ………………………………………………………………………………………………………….. 34. I. 1.. 2.. 3.. II.. Les produits et services de microfinance ……………………………………………………………………….. 34 1.1.. Les produits de base ……………………………………………………………………………………………………………. 35. 1.2.. Les autres produits et services ………………………………………………………………………………………………. 40. Les Institutions de microfinance (Imf) ………………………………………………………………………….. 42 2.1.. Le modèle des coopératives et des mutuelles ………………………………………………………………………….. 43. 2.2.. Le modèle des associations et ONGs……………………………………………………………………………………… 44. 2.3.. Le modèle des banques (banques de microfinance ou microbanques)…………………………………………. 45. 2.4.. Le cas des Institutions financières non bancaires (IFNBs) ………………………………………………………… 46. Les principaux autres intervenants ………………………………………………………………………………. 46 3.1.. L’État et les pouvoirs publics ……………………………………………………………………………………………….. 46. 3.2.. Les organismes d’appui ……………………………………………………………………………………………………….. 49. 3.3.. Les bailleurs de fonds ………………………………………………………………………………………………………….. 50. LA MICROFINANCE : UNE EVOLUTION CONTROVERSEE ………………………………………………. 55 1.. 2.. 3.. Les objectifs des Imf …………………………………………………………………………………………………….. 55 1.1.. La viabilité financière ………………………………………………………………………………………………………….. 55. 1.2.. La mission sociale ………………………………………………………………………………………………………………. 58. Le schisme de la microfinance ………………………………………………………………………………………. 60 2.1.. L’approche welfariste ………………………………………………………………………………………………………….. 61. 2.2.. L’approche institutionnaliste…………………………………………………………………………………………………. 61. La commercialisation …………………………………………………………………………………………………… 63 3.1.. Les articulations de la microfinance avec le secteur bancaire ……………………………………………………. 63. 3.2.. La commercialisation et la responsabilité sociétale ………………………………………………………………….. 67. III. LA MICROFINANCE A L’EPREUVE DE LA PERFORMANCE ……………………………………………… 69 1.. 2.. 3.. L’évaluation des Imf ……………………………………………………………………………………………………. 70 1.1.. La mesure de la performance financière …………………………………………………………………………………. 70. 1.2.. La mesure de la performance sociale……………………………………………………………………………………… 75. L’évaluation des effets de la microfinance : un exercice délicat………………………………………. 80 2.1.. Le biais de placement ………………………………………………………………………………………………………….. 80. 2.2.. Le biais de sélection ……………………………………………………………………………………………………………. 81. Les méthodes d’évaluation …………………………………………………………………………………………… 82 3.1.. Les méthodes d’évaluation de type « groupes appariés »…………………………………………………………… 82. 3.2.. Le cas de l’approche transversale : les méthodes AIMS/SEEP ………………………………………………….. 84.

(14) Conclusion……………………………………………………………………………………………………………. 86 Bibliographie ………………………………………………………………………………………………………… 88 CHAPITRE 1 : BREVE PRESENTATION DES FONDEMENTS THEORIQUES DE LA MICROFINANCE ET DES APPLICATIONS RECENTES ………………………………………………………………………………….. 93. Introduction …………………………………………………………………………………………………………. 94 I.. LA MICROFINANCE COMME INNOVATIONS FINANCIERES …………………………………………………. 96. II.. OBJECTIFS, STRATEGIES ET ARBITRAGES EN MICROFINANCE …………………………………………. 103. III. LES EVALUATIONS D’IMPACTS DE LA MICROFINANCE ………………………………………………. 113 Conclusion………………………………………………………………………………………………………….. 122 Bibliographie ………………………………………………………………………………………………………. 125 CHAPITRE 2 : UNE VUE PANORAMIQUE SUR LES IMF DANS LE MONDE ……………………………. 133 Introduction ……………………………………………………………………………………………………….. 134 I.. LES DONNEES ………………………………………………………………………………………………………………… 136. II.. LA PERFORMANCE SOCIALE …………………………………………………………………………………………… 138 1.. 2.. L’étendue de la portée des programmes de microfinance …………………………………………….. 139 1.1.. L’évolution de l’étendue de la portée (2000-2009) ………………………………………………………………… 139. 1.2.. L’étendue de la portée en 2009……………………………………………………………………………………………. 147. La profondeur de portée …………………………………………………………………………………………….. 153 2.1.. L’évolution de la profondeur de portée (2000-2009)………………………………………………………………. 153. 2.2.. La profondeur de portée en 2009 …………………………………………………………………………………………. 156. III. LA PERFORMANCE FINANCIERE……………………………………………………………………………… 160 1.. 2.. 3.. La structure financière ………………………………………………………………………………………………. 160 1.1.. L’évolution de la structure financière (2000-2009) ………………………………………………………………… 161. 1.2.. La structure financière en 2009 …………………………………………………………………………………………… 164. Viabilité et rentabilité ………………………………………………………………………………………………… 166 2.1.. L’évolution de la viabilité et de la rentabilité (2000-2009) ……………………………………………………… 166. 2.2.. Viabilité et rentabilité en 2009 ……………………………………………………………………………………………. 173. La qualité du portefeuille …………………………………………………………………………………………… 175 3.1.. L’évolution de la qualité du portefeuille (2000-2009) …………………………………………………………….. 176. 3.2.. La qualité du portefeuille en 2009 ……………………………………………………………………………………….. 180. Conclusion………………………………………………………………………………………………………….. 184 Bibliographie ………………………………………………………………………………………………………. 187 Annexes ……………………………………………………………………………………………………………… 189 CHAPITRE 3 : LA MICROFINANCE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE (2000-2009) …………………. 207.

(15) Introduction ……………………………………………………………………………………………………….. 209 I.. LES DONNEES ………………………………………………………………………………………………………………… 212. II.. LA PERFORMANCE SOCIALE…………………………………………………………………………………… 215. 1.. L’étendue de la portée………………………………………………………………………………………………… 215. 2.. La profondeur de portée …………………………………………………………………………………………….. 223. III. LA PERFORMANCE FINANCIERE ……………………………………………………………………………… 230 1.. La structure financière ………………………………………………………………………………………………. 230. 2.. La viabilité et la rentabilité ………………………………………………………………………………………… 233. 3.. La qualité du portefeuille …………………………………………………………………………………………… 241. Conclusion………………………………………………………………………………………………………….. 247 Bibliographie ………………………………………………………………………………………………………. 249 Annexes ……………………………………………………………………………………………………………… 251 CHAPITRE 4 : LES DETERMINANTS DE LA PERFORMANCE FINANCIERE ET SOCIALE DES IMF DE L’AFRIQUE SUBSAHARIENNE ………………………………………………………………………………….. 267. Introduction ……………………………………………………………………………………………………….. 268 I.. LE MODELE…………………………………………………………………………………………………………. 269. II.. LES RESULTATS EMPIRIQUES…………………………………………………………………………………. 275 1.. 2.. Les données ……………………………………………………………………………………………………………….. 275 1.1.. Les variables endogènes …………………………………………………………………………………………………….. 276. 1.2.. Les variables explicatives …………………………………………………………………………………………………… 277. 1.3.. Statistiques descriptives……………………………………………………………………………………………………… 278. Les estimations ………………………………………………………………………………………………………….. 279 2.1.. Les déterminants des performances financière et sociale ………………………………………………………… 279. 2.2.. Les arbitrages stratégiques et la déviation de la mission sociale ………………………………………………. 283. Conclusion………………………………………………………………………………………………………….. 287 Bibliographie ………………………………………………………………………………………………………. 291 CHAPITRE 5 : LES DETERMINANTS DE LA PERFORMANCE FINANCIERE ET SOCIALE DES IMF DE L’AMERIQUE LATINE ET CARAÏBES ………………………………………………………………………… 294. Introduction ……………………………………………………………………………………………………….. 295 I.. LE MODELE…………………………………………………………………………………………………………. 297. II.. LES RESULTATS EMPIRIQUES…………………………………………………………………………………. 303 1.. Les données ……………………………………………………………………………………………………………….. 303 1.1.. Les variables endogènes …………………………………………………………………………………………………….. 304. 1.2.. Les variables explicatives …………………………………………………………………………………………………… 305.

(16) 1.3.. 2.. Statistiques descriptives……………………………………………………………………………………………………… 306. Les estimations ………………………………………………………………………………………………………….. 307 2.1.. Les déterminants des performances financière et sociale ………………………………………………………… 307. 2.2.. Les arbitrages stratégiques et la déviation la mission sociale …………………………………………………… 312. Conclusion………………………………………………………………………………………………………….. 318 Annexes ……………………………………………………………………………………………………………… 321 Bibliographie ………………………………………………………………………………………………………. 325. CONCLUSION GENERALE…………………………………………………………………………….. 329. Liste des encadrés CHAPITRE 0 : CONCEPTS ET DEFINITIONS ………………………………………………………………………… 31 Encadré 1 : Le rôle des investisseurs transfrontaliers pendant la récession ………………………………………… 54 Encadré 2 : Les indicateurs de rentabilité et de viabilité ………………………………………………………………… 71 Encadré 3 : L’indice de dépendance à l’égard des subventions ………………………………………………………… 73 Encadré 4 : Les méthodes quasi-expérimentales d’évaluation d’impact …………………………………………… 83. Liste des tableaux CHAPITRE 2 : UNE VUE PANORAMIQUE SUR LES IMF DANS LE MONDE ………………………………. 133 Tableau 1 : Distribution des Imf par région et par statut juridique en 2009 ……………………………………… 136 Tableau 2 : Indicateurs de volume d’activité des Imf par région en 2009 ………………………………………… 148 Tableau 3 : Indicateurs de volume d’activité des Imf par statut juridique en 2009 ……………………………. 149 Tableau 4 : Part des emprunteurs femmes par région et par statut juridique en 2009 ………………………… 157 Tableau 5 : Indicateurs de profondeur de portée par région en 2009 ……………………………………………….. 158 Tableau 6 : Indicateurs de profondeur de portée par statut juridique en 2009 …………………………………… 159 Tableau 7 : Structure financière par région en 2009 ……………………………………………………………………… 164 Tableau 8 : Structure financière par statut juridique en 2009 …………………………………………………………. 165 Tableau 9 : Rendement de l’actif par région et par statut juridique en 2009 …………………………………….. 174 Tableau 10 : Portefeuille en risque par région et par statut juridique en 2009…………………………………… 181 Tableau 11 : Taux de radiation de créances par région et par statut juridique en 2009 ………………………. 182. CHAPITRE 3 : LA MICROFINANCE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE (2000-2009) …………………… 207 Tableau 1 : Nombre d’Imf par région (2000-2009) ………………………………………………………………………. 212 Tableau 2 : Nombre d’Imf par statut juridique (2000-2009) ………………………………………………………….. 213 Tableau 3 : Distribution des Imf par région et par statut juridique en 2009 ……………………………………… 214 Tableau 4 : Indicateurs de volume d’activité des Imf par région en 2009 ………………………………………… 220 Tableau 5 : Indicateurs de volume d’activité des Imf par statut juridique en 2009 ……………………………. 221.

(17) Tableau 6 : Part des emprunteurs femmes par région et par statut juridique en 2009 ………………………… 227 Tableau 7 : Indicateurs de profondeur de portée par région en 2009 ……………………………………………….. 228 Tableau 8 : Indicateurs de profondeur de portée par statut juridique en 2009 …………………………………… 229 Tableau 9 : Structure financière par région en 2009 ……………………………………………………………………… 232 Tableau 10 : Structure financière par statut juridique en 2009 ……………………………………………………….. 232 Tableau 11 : Autosuffisance opérationnelle par région et par statut juridique en 2009 ………………………. 239 Tableau 12 : Rendement de l’actif par région et par statut juridique en 2009 …………………………………… 240 Tableau 13 : Portefeuille en risque par région et par statut juridique en 2009…………………………………… 245 Tableau 14 : Taux radiation des créances par région et par statut juridique en 2009 …………………………. 246. CHAPITRE 4 : LES DETERMINANTS DE LA PERFORMANCE FINANCIERE ET SOCIALE DES IMF DE L’AFRIQUE SUBSAHARIENNE …………………………………………………………………………………………. 267. Tableau 1: Définition des variables ……………………………………………………………………………………………. 274 Tableau 2.1 : Corrélations entre les variables explicatives …………………………………………………………….. 278 Tableau 2.2 : Corrélations entre les variables explicatives (suite) …………………………………………………… 278 Tableau 2.3 : Corrélations entre les variables explicatives (suite) …………………………………………………… 279 Tableau 3 : Les Performances financière et sociale -Effets aléatoires (Robust)- ……………………………….. 281 Tableau 4 : Analyse de la déviation de la mission sociale -Effet technique de prêt- ………………………….. 284 Tableau 5 : Analyse de la déviation de la mission sociale -Effet statut juridique- …………………………….. 285 Tableau 6 : Analyse de la déviation de la mission sociale -Effet région- …………………………………………. 287. CHAPITRE 5 : LES DETERMINANTS DE LA PERFORMANCE FINANCIERE ET SOCIALE DES IMF DE L’AMERIQUE LATINE ET CARAÏBES ……………………………………………………………………………….. 294. Tableau 1: Définition des variables ……………………………………………………………………………………………. 302 Tableau 2.1 : Corrélations entre les variables explicatives …………………………………………………………….. 306 Tableau 2.2 : Corrélations entre les variables explicatives (suite) …………………………………………………… 306 Tableau 2.3 : Corrélations entre les variables explicatives (suite) …………………………………………………… 307 Tableau 3 : Les performances financière et sociale des Imf de l’ALC -Effets aléatoires (Robust)- ……… 308 Tableau 4 : Analyse du lien PF/PS des Imf de l’ALC par technique de prêt …………………………………….. 314 Tableau 5 : Analyse du lien PF/PS des Imf de l’ALC par statut juridique ……………………………………….. 316 Tableau 6 : Analyse du lien PF/PS des Imf de l’ALC par zone géographique ………………………………….. 318. Liste des graphiques CHAPITRE 0 : CONCEPTS ET DEFINITIONS ………………………………………………………………………… 31 Graphique 1.1 : Performances sociales (médianes) du Bénin en 2010 ………………………………………………. 77 Graphique 1.2 : Performances sociales détaillées (médianes) des Imf du Bénin en 2010 …………………….. 77. CHAPITRE 1 : BREVE PRESENTATION DES FONDEMENTS THEORIQUES DE LA MICROFINANCE ET DES APPLICATIONS RECENTES …………………………………………………………………………………………. 93.

(18) Graphique 1 : Les stratégies des Imf ………………………………………………………………………………………….. 107. CHAPITRE 2 : UNE VUE PANORAMIQUE SUR LES IMF DANS LE MONDE ………………………………. 133 Graphique 1.1 : Nombre d’emprunteurs actifs par région ……………………………………………………………… 139 Graphique 1.2 : Encours bruts de prêts par région ………………………………………………………………………… 140 Graphique 2.1 : Nombre d’épargnants par région…………………………………………………………………………. 141 Graphique 2.2 : Dépôts par région ……………………………………………………………………………………………… 142 Graphique 3.1 : Nombre d’emprunteurs actifs par statut juridique………………………………………………….. 144 Graphique 3.2 : Encours bruts de prêts par statut juridique ……………………………………………………………. 145 Graphique 4.1 : Nombre d’épargnants par statut juridique …………………………………………………………….. 146 Graphique 4.2 : Dépôts par statut juridique …………………………………………………………………………………. 147 Graphique 5 : Étendue de la portée et volume d’activité par région et statut en 2009 ………………………… 151 Graphique 6 : Vingt plus grandes Imf par l’encours brut de prêts en 2009 ………………………………………. 152 Graphique 7 : Indicateurs de profondeur de portée par région ……………………………………………………….. 153 Graphique 8 : Indicateurs de profondeur de portée par statut juridique……………………………………………. 155 Graphique 9 : Structure financière par région………………………………………………………………………………. 162 Graphique 10 : Structure financière par statut juridique ………………………………………………………………… 163 Graphique 11 : Indicateurs de performance financière par région …………………………………………………… 167 Graphique 12 : Indicateurs du compte de résultat par région …………………………………………………………. 169 Graphique 13 : Indicateurs de performance financière par statut juridique ………………………………………. 170 Graphique 14 : Indicateurs du compte de résultat par statut juridique……………………………………………… 172 Graphique 15 : Indicateurs de qualité du portefeuille par région…………………………………………………….. 177 Graphique 16 : Indicateurs de qualité du portefeuille par statut juridique ………………………………………… 179. CHAPITRE 3 : LA MICROFINANCE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE (2000-2009) …………………… 207 Graphique 1 : Nombre de bénéficiaires de microfinance par région ……………………………………………….. 215 Graphique 2 : Volume d’activité par région ………………………………………………………………………………… 217 Graphique 3 : Nombre de bénéficiaires de microfinance par statut juridique……………………………………. 218 Graphique 4 : Volume d’activité par statut juridique ……………………………………………………………………. 219 Graphique 5 : Vingt plus grandes Imf par l’encours brut de prêts en 2009 ………………………………………. 222 Graphique 6 : Indicateurs de profondeur de portée par région ……………………………………………………….. 224 Graphique 7 : Indicateurs de profondeur de portée par statut juridique……………………………………………. 225 Graphique 8 : Structure financière par statut juridique ………………………………………………………………….. 231 Graphique 9 : La performance financière en Afrique Subsaharienne ………………………………………………. 233 Graphique 10 : Indicateurs de performance financière par statut juridique ………………………………………. 235 Graphique 11 : Indicateurs du compte de résultat par région …………………………………………………………. 236 Graphique 12 : Indicateurs du compte de résultat par statut juridique……………………………………………… 237 Graphique 13 : Indicateurs de qualité du portefeuille par région…………………………………………………….. 242 Graphique 14 : Indicateurs de qualité du portefeuille par statut juridique ………………………………………… 244.

(19) INTRODUCTION GENERALE. La microfinance a émergé dans un contexte de changement de paradigme du financement du développement. En effet, les programmes d’ajustement structurel et la libéralisation financière ne suffisent pas à éradiquer la pauvreté dans les pays en développement 1. La notion de pauvreté sur laquelle ils reposent est dépassée. Ceci se traduit par une remise en cause des postulats théoriques qui accordent à la croissance une grande capacité de réduction de la pauvreté et d’amélioration du bien-être social (Dollar et Kraay, 2002). La pauvreté définie en termes de « capacités 2» et d’opportunités économiques (Sen, 2005 ; DemirgüçKunt et Levine, 2008), appelle à des politiques plus volontaristes qui dépassent le simple encouragement de la croissance ; elle requiert des interventions plus ciblées et qui accordent une place de premier plan aux actions collectives, ouvertes à la société civile (organisations non gouvernementales – ONGs –, organisations caritatives, associations, etc.). De ce point de vue, la microfinance est un outil de premier plan. Les innovations financières liées à la microfinance permettent de jeter un pont entre des pratiques économiques et financières informelles et le système financier formel (De Soto, 2000 ; Ray, 2008). Par exemple, les ONGs, pionnières en microfinance, sont de petites structures qui ont mis à profit la proximité géographique, sociale et culturelle, pour mettre en place des incitations réduisant les problèmes d’agence 3. Les mécanismes sur lesquelles elles s’appuient garantissent des taux de remboursement pouvant atteindre 98 % dans les institutions les plus performantes (Armendáriz et Morduch, 2010). Dans ces institutions, l’accès au crédit est souvent conditionné par la scolarisation des enfants ainsi que la participation à des 1. 2. 3. Il s’agit de politiques, nées de la théorie du trickle down visant le rétablissement des équilibres macroéconomiques et financiers internes et externes, par la correction des distorsions de prix et par la mise en œuvre de réformes budgétaires et sectorielles (Aghion et Bolton, 1997 ; Decaluwé et al., 2006). En l’absence de politiques de redistributions de richesses, ils n’ont pas eu un impact en termes de réduction de la pauvreté, ils l’auraient même aggravée, notamment en Afrique Subsaharienne. Capabilities au sens de Sen, c’est-à-dire l’ensemble des libertés (liberté d’entreprendre par exemple) et possibilités économiques offertes à un individu compte tenu de son état de santé, de son niveau d’éducation, de son espérance de vie, etc. Trois situations qui caractérisent les marchés de crédit imparfaits nous intéressent ici : (i) l’anti-sélection classique dont la conséquence est que plus le taux d’intérêt est élevé, plus le pool des emprunteurs est contaminé par des types risqués (Stiglitz et Weiss, 1981) ; (ii) l’aléa moral selon lequel l’emprunteur ne fait pas d’effort ex-post pour augmenter les chances de succès de son projet (Aghion et Bolton, 1997). L’aléa moral est aussi lié au risque de surendettement ; (iii) la mise en application des contrats devient un problème si l’emprunteur est tenté par le défaut stratégique (Ghosh et al., 2001).. 19.

(20) programmes d’éducation sanitaire (vaccination), alimentaire (lutte contre la malnutrition) et financière (formation technique), dispensées lors des réunions hebdomadaires de remboursement. De ce fait, la microfinance contribue au développement financier – en favorisant l’inclusion financière – mais aussi au développement économique, humain et institutionnel 4. Depuis son lancement dans les années 70, la microfinance a connu un développement spectaculaire : en 2011, près de 2800 Imf 5 ont soumis un rapport d’activité au Microcredit Information eXchange (MIX) 6. Celles-ci, avec un portefeuille de prêts de plus de 86 milliards de dollars, couvrent plus de 90 millions d’emprunteurs actifs, et collectent des dépôts d’un montant global de 66 milliards de dollars, provenant de plus de 70 millions épargnants. L’essor de la microfinance s’explique, en grande partie, par le soutien l’Organisation des Nations-Unies qui y voit un relais aux programmes et politiques de développement. En effet, en favorisant l’inclusion financière et la « participation » des pauvres et des exclus, la microfinance intègre la majorité des Objectifs de Développement du Millénaire annoncés par les Nations-Unies en 2000 7. Toutefois, la multiplication des acteurs et des approches, les profondes mutations que connaît le secteur ainsi que les scandales impliquant des Imf dans diverses régions (introduction de Banco Compartamos – Mexique – et suicides de clients de SKS en Inde), suscitent questionnements et inquiétudes. Ils ravivent également des débats dans le monde académique. En effet, les travaux s’accordent sur le rôle de la microfinance comme outil de lutte contre la pauvreté à travers la réduction des imperfections du marché du crédit. Ils divergent, cependant, sur plusieurs points : population cible, nature et orientation des prestataires, financement, taux d’intérêt, etc. Ces questions ont longtemps divisé les défenseurs d’une 4. 5. 6. 7. L’attribution du prix Nobel de la paix à Muhammad Yunus et à la Grameen Bank en 2006 est le signe de la contribution attendue de la microfinance à l’avancée des droits de l’homme et de la démocratie ainsi qu’au maintien de la paix. Issues de six régions du monde : Afrique Subsaharienne, Amérique Latine et Caraïbes, Asie du Sud, Asie de l’Est et Pacifique, Europe de l’Est et Asie Centrale, et Moyen Orient et Afrique du Nord. Le MIX est un organisme privé à but non lucratif créé par la Banque mondiale et le Groupe Consultatif d’Assistance aux Pauvres (CGAP) pour promouvoir l’échange d’informations au sein du secteur de la microfinance. La mission du MIX est d’aider à créer un marché de la microfinance, en offrant des services de collecte de données, des outils de suivi des performances et des services d’information spécialisés. Ces objectifs sont : (1) réduire l’extrême pauvreté et la faim ; (2) assurer l’éducation primaire pour tous ; (3) promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes ; (4) réduire la mortalité infantile ; (5) améliorer la santé maternelle ; (6) combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies ; (7) préserver l’environnement ; (9) mettre en place un partenariat mondial pour le développement.. 20.

(21) microfinance pro-pauvres (les welfaristes) et les tenants de l’approche institutionnaliste, prônant l’intégration des Imf dans le système financier formel (Morduch, 2000). Les deux approches convergent vers une redéfinition du rôle des prestataires de microfinance qui apparaissent désormais comme des institutions poursuivant un double objectif : elles doivent assurer la mission sociale et être autonomes financièrement. Toutefois, si la performance financière est facilement mesurable, la notion de la mission sociale reste relativement vague. Ceci rend difficile l’arbitrage entre les deux objectifs ; leur hiérarchisation dépend alors du statut juridique de l’Imf, de son orientation ainsi que de son environnement géographique et socio-économique. Ces facteurs expliquent le caractère hétéroclite des Imf comprenant : des associations, des ONGs, des banques, des mutuelles/coopératives, des Institutions financières non bancaires (IFNBs) et des banques de développement (Armendáriz et Morduch, 2010). Bien que les Imf de type associatif (ONGs, associations de microcrédit) prédominent par leur nombre, on note une forte percée des sociétés privées (banques et IFNBs). Cette nouvelle orientation s’accompagne de la mise en place de pratiques commerciales dans les relations Imf/clients et Imf/fournisseurs. Ceci a permis de donner un nouveau souffle au secteur, en suscitant l’intérêt des marchés financiers et en favorisant l’innovation (Cull et al., 2009). Elle a aussi induit des externalités négatives : −. en amont, la commercialisation fait craindre un risque de déviation de la mission sociale (Copestake, 2007 ; Armendáriz et Szafarz, 2011), c’est-à-dire l’exclusion des plus pauvres au profit des agents relativement riches mais exclus, notamment en phase d’expansion ou dans le cadre de transformation d’Imf (Fernando, 2004) de type associatif (ONGs par exemple) en sociétés privées (Banques ou IFNBs) ;. −. en aval, elle pose la question de la responsabilité sociétale des Imf vis-à-vis de leur clientèle, leur personnel, ainsi que de leur environnement (fragilisation du lien communautaire, rétention des bons clients, …).. L’orientation générale des travaux théoriques en microfinance a consisté à expliciter le fonctionnement des mécanismes sur lesquels reposent les contrats de microcrédit, dans l’optique de démontrer leur efficacité – en tant que réponse aux imperfections du marché du crédit – et d’en améliorer les effets. 21.

(22) La littérature empirique s’est surtout attelée à évaluer l’impact de la microfinance sur le bien-être social des bénéficiaires à travers des études expérimentales. Ces travaux mesurent l’impact de la microfinance sur la consommation, l’investissement, l’éducation, la santé et l’autonomisation des femmes. D’autres évaluations semi-expérimentales s’appuyant sur l’étude des scores, ont eu pour objectif la mesure des progrès réalisés en termes de réduction de la pauvreté. Ces travaux ont produit des résultats contrastés. Bien qu’ils ne se prêtent pas à la généralisation à cause de l’hétérogénéité des contextes, sans remettre en cause l’utilité de la microfinance, ces résultats ont permis d’introduire un peu de réalisme (pas de « miracle ») et de responsabilité (« do not harm ») dans le débat, loin de l’enthousiasme excessif des politiques (Banerjee et Duflo, 2011 ; 2013). Par ailleurs, on observe l’émergence d’une littérature remettant en cause certains « pré requis » sur lesquels reposent les contrats de microcrédit : épargne préalable, calendrier de remboursement fixe, inélasticité ou faible élasticité de la demande au taux d’intérêt, etc. Ces travaux s’appuient sur les faibles taux de participation aux programmes de microfinance, constatés dans certaines zones (Crépon et al., 2011), à cause de produits jugés peu flexibles et parfois non adaptés aux besoins des populations locales. En effet, la standardisation des contrats de microcrédit et des procédures ayant permis de créer une discipline de remboursement et de dégager des économies d’échelle, n’est plus suffisante et peut même être contreproductive dans un contexte de marchés plus saturés et concentrés ; le manque d’organisation du secteur, la faible coopération entre Imf et la concurrence, parfois déloyale, exacerbent les risques de surendettement et d’endettements croisés qui fragilisent non seulement les clients (en détériorant leur bien-être social), mais aussi la viabilité des Imf. Ces facteurs font planer le risque d’impayés (Chen et al., 2010). Cette littérature appelle au relâchement de certaines contraintes et promeut de nouveaux relais de croissance : crédit à la consommation, comptes d’épargne étiquetés, épargne pour achat de pesticides et d’engrais et microassurance pluie (Bauchet et al., 2011). Le coût prohibitif des études expérimentales a entraîné la mise en œuvre d’une approche indirecte de mesure de la performance sociale, à travers des indicateurs et des indices spécifiques. Les travaux fondés sur cette approche se sont également penchés sur les arbitrages entre performance financière et performance sociale, auxquelles sont confrontées les Imf.. 22.

(23) Parmi les travaux évaluant les déterminants des performances financière et sociale des Imf selon une approche comparative (Mersland et Strøm, 2008), on privilégie la confrontation entre les ONGs (approche pro-pauvres) et les sociétés privées (approche commerciale). Ces travaux ne distinguent pas les IFNBs des banques et excluent, en général, les mutuelles/coopératives de l’analyse. Or, les IFNBs et les mutuelles/coopératives sont fondées sur des modèles bien différents (respectivement) de ceux des banques et des ONGs. L’influence du type de prêt utilisé par l’Imf sur les performances financière et sociale n’a pas été suffisamment explorée. Enfin, à notre connaissance, peu de travaux ont été fondées sur une comparaison interrégionale des Imf. Par ailleurs, les analyses de l’arbitrage performance financière/performance sociale n’ont pas non plus pris en considération les facteurs : zone géographique, forme institutionnelle et type de prêts. En outre, les conclusions relatives à l’analyse de la déviation sociale restent prudentes, car il est difficile de la déceler en présence de prêts progressifs et de subventions croisées. Conclure sans fondements à la déviation sociale peut nuire à la réputation d’une Imf vis-à-vis de ses clients, de ses bailleurs de fonds et de ses soutiens ; ceci peut aussi remettre en question sa viabilité. Les travaux les plus récents mettent en évidence les limites des indicateurs couramment utilisés et déplorent l’absence d’une analyse en termes de taux d’intérêt (Armendáriz et Szafarz, 2011). L’étude des déterminants des performances financière et sociale des Imf, ainsi que leur relation réciproque via une approche comparative multidimensionnelle, devrait permettre d’évaluer l’influence des caractéristiques technique, institutionnelle et géographique sur le comportement des Imf. La confrontation de divers indicateurs, le croisement des résultats de plusieurs approches (descriptive et économétrique, comparative), ainsi que la prise en compte du taux d’intérêt devraient permettre de mieux appréhender la question de la déviation de la mission sociale. En plus de revisiter les principaux débats et mettre à l’épreuve les principaux résultats de la littérature, l’identification des facteurs favorisant les performances des Imf pourrait susciter des réflexions sur les moyens d’encadrer le secteur, et, plus généralement, sur la manière d’articuler la microfinance avec les politiques de lutte contre la pauvreté et celles portant sur la réduction des inégalités. C’est l’objectif principal de cette thèse. Après une brève présentation de la microfinance (principes, acteurs, …) et une synthèse des principales avancées dans ce domaine, la thèse présente des faits stylisés, sur la microfinance dans diverses parties du monde. Cette analyse 23.

(24) couvre une décennie et porte sur la période allant de 2000 à 2009. Une étude approfondie de la microfinance dans le sous-continent subsaharien est également proposée. Elle sert de prélude à l’analyse économétrique des déterminants des performances financière et sociale des Imf de l’Afrique Subsaharienne ainsi qu’à l’examen des arbitrages entre les deux objectifs. Enfin, le modèle précédent est estimé également avec les données de l’Amérique Latine et Caraïbes afin de tester, entre autres, sa robustesse spatiale. De manière plus précise, la thèse est constituée de six chapitres. Le chapitre initial fait une brève présentation de la microfinance avec une mise en perspective des notions et concepts, ainsi que des indicateurs qui seront utilisés dans les autres chapitres de la thèse. Il se subdivise en trois parties. Dans la première partie, « la microfinance », sont présentés les produits et services financiers et non financiers, les différents modèles d’Imf, ainsi que les principaux acteurs intervenant dans le secteur. Dans la deuxième partie « la microfinance : une évolution controversée », on expose l’évolution du secteur à travers l’analyse des deux objectifs poursuivis par les Imf, les deux principales approches en microfinance, ainsi que les articulations avec le secteur bancaire. Cette partie s’achève sur la remise en cause de la commercialisation et l’émergence de la responsabilité sociétale des Imf. La troisième partie « la microfinance à l’épreuve de la performance » est consacrée à la présentation des outils d’évaluation des performances financière et sociale des Imf, ainsi que les principales méthodes d’évaluation de l’impact de la microfinance sur le terrain. Le chapitre 1 est une revue de la littérature sur les principales avancées théoriques et les applications empiriques en microfinance à travers trois axes : (i) la microfinance comme innovations financières ; (ii) les objectifs, stratégies et arbitrages en microfinance ; (iii) les évaluations d’impact de la microfinance. Dans le premier axe, on explicite les mécanismes sur lesquels sont fondés les produits de microfinance ainsi que leurs tests empiriques. On montre que le succès d’un type de contrat dépend du contexte géographique, économique et culturel, et qu’il n y a pas a priori de modèle de microfinance sans spécificité locale. Le deuxième axe est un retour sur les principaux travaux ayant étudié le fonctionnement des Imf, la commercialisation du secteur ainsi que la déviation de la mission sociale. On y montre, entre autres, la difficulté de concilier l’objectif de mission sociale et l’objectif d’autonomie financière, les dangers de la commercialisation ainsi que la difficile identification de la déviation de la mission sociale, notamment en présence de prêt progressif ou de subvention 24.

(25) croisée, ainsi que la nécessité de prise en compte du contexte géographique et économique. Dans le troisième axe, les résultats des principales évaluations expérimentales de l’impact de la microfinance dans diverses parties du monde sont présentés. Ces résultats contrastés tempèrent l’enthousiasme parfois excessif des observateurs, mais prouvent que la microfinance fonctionne, parfois même à travers des canaux différents de ceux avancés dans la littérature. Le chapitre 2 décrit la microfinance dans les régions : Afrique Subsaharienne (ASS), Asie du Sud (AS), Asie de l’Est et Pacifique (AEP), Europe de l’Est et Asie Centrale (EEAC) et Moyen Orient et Afrique du Nord (MOAN) entre 2000 et 2009. Cette analyse s’appuie sur les données. d’un. échantillon. de. 851. Imf. (banques,. banques. rurales,. IFNBs,. mutuelles/coopératives et ONGs) collectées auprès de la plateforme MIX. Elle consiste en un examen de la performance sociale, à travers celui de l’étendue et la profondeur de portée, et de la performance financière via l’étude de la structure financière, la viabilité/rentabilité et la qualité du portefeuille, selon la forme institutionnelle des Imf et leur zone d’implantation. Une comparaison entre la performance en 2009 et son niveau moyen durant la période 20002008, permet de mettre en évidence les premiers effets de la crise actuelle sur le secteur. On note entre autres, l’influence de la zone géographique, avec une approche commerciale en ALC et EEAC, et une approche pro-pauvres en MOAN et AS. On note également l’accent mis sur l’épargne dans les banques et les mutuelles/coopératives de l’ALC et de l’ASS. Par ailleurs, l’étude montre une segmentation marquée du secteur de la microfinance avec la prédominance des banques en volume d’activité et en nombre de bénéficiaires, et celle des ONGs et des IFNBs en profondeur de portée. Les résultats montrent que si pratiquement toutes les Imf assurent leur autonomie opérationnelle, elles n’en demeurent pas moins fragiles avec une faible rentabilité, une mauvaise qualité du portefeuille et une forte dépendance des investisseurs. Enfin, en raison de leur proximité et dépendance du marché européen, les régions MOAN et EEAC font état d’un recul de l’activité et d’une recrudescence des risques suite au déclenchement de la crise. Le chapitre 3 effectue une analyse plus détaillée des Imf de l’Afrique Subsaharienne. On y étudie la performance financière et sociale des Imf entre 2000 et 2009, selon la forme institutionnelle et la zone géographique. On intègre le découpage normatif de l’ONU du souscontinent en quatre régions : Afrique Australe, Afrique Centrale, Afrique de l’Est et Afrique de l’Ouest. Les résultats mettent en évidence une forte concentration du secteur à l’échelle institutionnelle et régionale. Les IFNBs et les banques semblent les plus dynamiques en 25.

(26) termes de nombre de clients et de volume d’activité. Pour ce qui concerne la performance sociale, le secteur paraît hétérogène : les banques et les mutuelles/coopératives ciblent des agents relativement aisés ; les ONGs se tournent plutôt vers les agents moins nantis, tandis que les IFNBs s’adressent au segment intermédiaire. Enfin, si les Imf de l’Afrique Subsaharienne sont globalement autonomes, elles demeurent peu rentables. Le chapitre 4 étudie les déterminants des performances financière et sociale des Imf subsahariennes, à l’aide de la méthode des effets aléatoires appliquée sur les données de panel utilisées dans le chapitre précédent. Les équations prennent en compte notamment le statut juridique, la zone géographique de l’Imf, ainsi que la technique de prêt privilégiée. Le modèle permet également d’étudier le lien performance sociale/performance financière dans les Imf subsahariennes. On montre que les charges financières, les salaires et la qualité du portefeuille ont essentiellement une influence sur la performance financière des Imf ; que le type de prêt et la forme institutionnelle ont un impact sur la performance sociale mais n’exercent pas d’effet significatif sur la performance financière. L’étude de la relation entre les performances financière et sociale montre que la déviation de la mission sociale, relativement modérée, concerne principalement, les banques, les mutuelles/coopératives et les prêteurs individuels. Les résultats remettent en question la commercialisation et l’apparition des Imf de seconde génération dont la performance financière n’est pas significativement supérieure à celle des autres Imf, avec une profondeur de la portée bien moindre. Dans le chapitre 5, le modèle construit et développé avec les données de l’ASS est transposé sur les données de l’ALC. En plus de constituer un « test » de robustesse du modèle, cet exercice devrait permettre d’évaluer les performances relatives de la microfinance dans la région la plus en avance dans ce domaine dans le monde (Berger et al. 2006). C’est aussi l’occasion de vérifier une éventuelle déviation de la mission sociale de la part des Imf de l’ALC. Les résultats montrent que les salaires et la qualité du portefeuille influencent significativement les performances financières et sociales des Imf de l’ALC. A contrario, la soumission à la réglementation bancaire et le statut juridique n’exercent pas ou très peu d’effets. sur. les. performances. des. Imf. latino-américaines,. à. l’exception. des. mutuelles/coopératives qui, à l’instar de leurs homologues de l’ASS, réalisent la pire profondeur de portée. La profondeur de portée varie essentiellement selon la technique de prêt utilisée. Ainsi, la commercialisation du secteur ne semble pas s’accompagner par une amélioration significative de la performance financière. Les tests sur le lien entre performance financière et performance sociale montrent un approfondissement généralisé de la portée à 26.

(27) mesure que la performance financière s’améliore. Ceci lève la confusion faite généralement entre commercialisation et déviation de la mission sociale, notamment s’agissant des Imf du continent sud-américain.. 27.

(28) Bibliographie Aghion P., Bolton P. (1997), A Theory of Trickle-Down Growth, The Review of Economic Studies, vol. 64, n°2, p. 151-172. Armendáriz B., Morduch J. (2010), The Economics of Microfinance (2nd Ed.), MIT Press, Cambridge, MA. Armendáriz B., Szafarz A. (2011), On mission drift in microfinance institutions, in Armendáriz B., Labie M. (Eds.), The Handbook of Microfinance, World Scientific Publishing, London-Singapore. Banerjee A.V., Duflo E. (2011), Poor Economics: A Radical Rethinking of the Way to Fight Global Poverty, Public Affairs, New York. Banerjee A. V., Duflo E., Glennerster R., Kinnan C. (2013), The miracle of microfinance? Evidence from a randomized evaluation, NBER Working Paper N° 18950. Bauchet J., Marshall C, Starita L., Thomas J., Yalouris A. (2011), Lattest findings from randomized evaluations of microfinance, Access to Finance Forum, CGAP and Its Partners n°2. Berger M., Goldmark L., Sanabria T. M. (2006), An Inside View of Latin American Microfinance. Idb. Chen G., Rasmussen S., Reille X. (2010), Croissance et vulnérabilités en microfinance, Note Focus n° 61, CGAP, Washington D.C. Copestake J. (2007), Mainstreaming microfinance: social performance management or mission drift?, World Development, vol. 35, n° 10, p. 1721-1738. Crépon B., Devoto F., Duflo E., Parienté W. (2011), Impact of microcredit in rural areas of Morocco: evidence from a randomized evaluation, mimeo MIT et J-Pal, Cambridge, MA. Cull R., Demirgüç-Kunt A., Morduch J. (2009), Microfinance meets the market, Journal of Economic Perspectives, vol. 90, p. 1-30. De Soto H. (2000), The Mystery of Capital: Why Capitalism Triumphs in the West and Fails Everywhere Else, Black Swan..

(29) Decaluwé B., Mourji F., Plane P. (2006), Le Développement Face à la Pauvreté, Réseau Analyse Economique et Développement, Economica, Paris. Demirgüç-Kunt A., Levine R. (2008), Finance et opportunité économique, Revue d’Economie du Développement, n° 22, p. 5-29. Dollar D., Kraay A. (2002), Growth is good for the poor, Journal of Economic Growth, vol. 7, n° 3, p. 195-225. Fernando N. A. (2004), Micro success story? Transformation of non-government organizations into regulated financial institutions, mimeo Asian Development Bank. Ghosh P., Mookherjee D., Ray D. (2001), Credit Rationing in Developing Countries: An Overview of the Theory, Basil Blackwell, London. Mersland R., Strøm R. Ø. (2008), Performance and trade-offs in microfinance institutions – does ownership matter?, Journal of International Development, vol. 20, n° 5, p. 598–612. Morduch J. (2000), The microfinance schism, World Development, vol. 28, n° 4, p. 617-629. Ray D. (2008), Development economics, Prepared for Blume L., Durlauf s. (Eds), The New Palgrave Dictionary of Economics. Sen A. (2005), Human rights and capabilities, Journal of Human Development, vol. 6, n° 2, p. 151-166. Stiglitz J., Weiss A. (1981), Credit rationing in markets with imperfection information, American Economic Review, vol. 71, p. 393-410.. 29.

(30)

(31) CHAPITRE 0 : CONCEPTS ET DEFINITIONS. Résumé – Depuis son lancement, le secteur de la microfinance connaît de profondes mutations. La multiplication des modèles de microfinance, des acteurs et des approches, appelle à une organisation et à une redéfinition du secteur. Ce papier propose une présentation détaillée des ressorts de la microfinance et des tendances globales dans le secteur. Un arrêt sur le fonctionnement des Imf et les articulations entre la microfinance et le système financier formel est nécessaire pour éclairer les débats qui animent le secteur. Les principales méthodes expérimentales et semi-expérimentales utilisées pour évaluer l’impact de la microfinance sur le terrain, sont également exposées.. 31.

(32) Introduction Lancée à la fin des années 70, la microfinance s’est affichée comme un outil de lutte contre la pauvreté et de promotion de la croissance des microentreprises. Elle a pris le relais de l’aide publique internationale parfois inefficace. Le microcrédit, produit phare de la microfinance, a révélé que les populations pauvres, généralement exclues des systèmes bancaire et financier, sont « bancables ». En dépit des risques liés à leur situation, elles sont capables de rembourser les emprunts et de participer à l’amélioration de leurs conditions économiques et sociales. Outre le microcrédit, les Institutions de microfinance (Imf) étendent leurs offres aux services financiers (microassurance et microépargne) et non financiers (techniques et sociaux) pour accompagner leurs clients. Elles s’en servent aussi comme relais de croissance. L’offre des services de microfinance nécessite le concours de divers acteurs, notamment institutionnels, financiers et techniques. Par ailleurs, ces services peuvent être distribués par des. entités. ne. se. revendiquant. pas. Imf. (banques. commerciales,. banques. de. développement,…). L’engouement suscité par la microfinance auprès des gouvernements, des investisseurs sociaux 1 et des instances internationales, traduit souvent une volonté d’organisation, de redéploiement et de redéfinition de nouvelles stratégies permettant de rendre les Imf pérennes ou d’augmenter leur impact social. En effet, les Imf constituent un secteur hétéroclite. De ce fait, il n’existe pas de modèle universel d’Imf. Elles se distinguent notamment par leurs statuts légaux, leurs structures et leurs tailles. Toutefois, ces institutions partagent un double objectif : la quête de la viabilité (financière) et une mission sociale. En effet, toute Imf articule sa stratégie autour de deux objectifs : (i) l’autonomie financière, la condition de sa viabilité ; et (ii) la mission sociale, à travers l’amélioration de l’accès des. 1. Les investisseurs sociaux sont des agents ou des institutions (fondations, fonds de dotation et plans de retraite,…) qui appliquent des caractéristiques non financières à leurs décisions d’investissements. Ces caractéristiques sont souvent liées au système de valeur, à la mission sociale des investisseurs, et peuvent inclure des préoccupations en matière de protection de l’environnement, une gouvernance organisationnelle solide et le souhait d’un monde économiquement plus juste. La microfinance correspond à leurs principes dans la mesure où les Imf sont animées par une mission sociale et qu’il y a sur les marchés financiers de plus en plus de produits de placement en microfinance.. 32.

(33) franges les plus pauvres de la population aux services financiers (portée) et l’amélioration de leur bien-être social. Ces deux objectifs sont complémentaires : la viabilité financière est au service de la mission sociale. Toutefois, le manque de ressources financières et un environnement de plus en plus concurrentiel et réglementé, imposent aux Imf des arbitrages. Dès lors, plusieurs combinaisons de ces deux objectifs s’offrent à ces institutions. Globalement, on peut distinguer deux approches de la microfinance : l’approche welfariste favorisant la mission sociale (lutte contre la pauvreté) et l’approche institutionnaliste favorisant la soutenabilité financière des Imf et leur intégration au système financier formel. Bien que les deux approches partagent l’objectif de lutte contre la pauvreté à travers un accès amélioré au système financier, elles sont fondées sur des hypothèses différentes et divergent sur la politique de taux d’intérêt, le ciblage des clients, l’usage des dons et subventions. Ceci explique la coexistence de différents types d’Imf : (i) les Imf d’inspiration associative (ONGs par exemple), affrontant divers problèmes (financiers, techniques, etc.) pour améliorer l’accès des populations pauvres aux services financiers de base ; (ii) les institutions bancaires autonomes et indépendantes (banque de pauvres ou banques de microfinance), ciblant les agents à la marge du système financier formel. La multiplication des articulations entre les Imf et le secteur bancaire, et la montée en puissance du modèle Imf/banque de microfinance, s’inscrivent dans la lignée de l’approche institutionnaliste. Toutefois, la mise en place de pratiques commerciales dans la relation Imf/clients, l’entrée des banques commerciales en microfinance et la transformation d’Imf en banques commerciales, se distinguent de cette approche et traduisent un phénomène qui suscite à la fois intérêt 2 et inquiétude 3 : la commercialisation. Par nature, les banques commerciales ne partagent pas l’objectif de mission sociale des Imf. En effet, pour les Imf – compte tenu de leur objectif de mission sociale –, la rentabilité financière est un moyen et non une fin en soi. La commercialisation trahit un mélange de genres pouvant conduire au sacrifice de la mission sociale, ou son instrumentalisation à des fins purement lucratives.. 2. 3. Elle traduit l’intérêt que portent les investisseurs aux performances financières des Imf et à un segment rentable. Le risque du sacrifice de la mission sociale ou son instrumentalisation.. 33.

Source
Date de publication : 2021-06-01 18:00:16