Les institutions de microfinance font-elles face à un arbitrage entre les performances financières et le degré de portée sociale?

(1)

UNIVERSITÉ DU QUÉBEC AMONTRÉAL

LES INSTITUTIONS DE MICROFINANCE FONT- ELLES FACE

A

UN ARBITRAGE ENTRE LES PERFORMANCES FINANCIÈRES

ET LE DEGRÉ DE PORTÉE SOCIALE?

MÉMOIRE
PRÉSENTÉ

COMME EXIGENCE PARTIELLE
DE LA MAITRISE EN ÉCONOMIQUE

PAR

GUIRAUD LIl’IDA CHRISTELLE

(2)

Avertissement

La diffusion de ce mémoire se fait dans le respect des droits de son auteur, qui a signé
le formulaire Autorisation de reproduire et de diffuser un travail de recherche de cycles
supérieurs (SDU-522 – Rév.01-2006). Cette autorisation stipule que «conformément à

l’article 11 du Règlement no 8 des études de cycles supérieurs, [l’auteur] concède à

l’Université du Québec à Montréal une licence non exclusive d’utilisation et de
publication de la totalité ou d’une partie importante de [son] travail de recherche pour
des fins pédagogiques et non commerciales. Plus précisément, [l’auteur] autorise
l’Université du Québec à Montréal à reproduire, diffuser, prêter, distribuer ou vendre des
copies de [son] travail de recherche à des fins non commerciales sur quelque support
que ce soit, y compris l’Internet. Cette licence et cette autorisation n’entraînent pas une
renonciation de [la] part [de l’auteur] à [ses] droits moraux ni à [ses] droits de propriété
intellectuelle. Sauf entente contraire, [l’auteur] conserve la liberté de diffuser et de
commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.»

(3)

REMERCIEMENTS

J’ai pu achever ce mémoire grâce au concours de quelques personnes qui m’ont
épaulée, conseillée et encouragée tout au long de sa rédaction. Je tiens à leur exprimer tous
mes remerciements:

Tout d’abord je remercie Madame Miller Victoria, ma directrice de mémoire, non
seulement d’avoir fait preuve de tant de compréhension à mon égard mais également pour
tous ses conseils ingénieux et ses remarques pertinentes.

Merci à mes parents de m’avoir donné l’opportunité d’acheminer mes études
supérieures et surtout de m’avoir tant encouragée dans la réalisation de ce projet de
recherche.

Merci à mon fiancé, Stéphane, pour son soutien moral tout au long de ce travail.

Merci au personnel du département de crédit de la BRS (Banque Régionale de
Solidarité) pour l’accueil chaleureux dont j’ai bénéficié lors de mon stage ainsi qu’à
Monsieur Diallo du CIRES (Centre Ivoirien de Recherches Économiques et Sociales) pour
son aide technique.

Pour finir, j’exprime toute ma gratitude à Madame Martine Boisselle, du
département des Sciences Économiques de l’UQAM.

(4)

LISTE DES FIGURES vi

LISTE DES TABLEAUX vii

LISTE DES ABRÉVIATIONS ET

SIGLES

viii

RÉSUMÉ ix

INTRODUCTION 1

CHAPITRE 1

ÉVOLUTION DU SECTEUR DE LA MICROFINANCE.

5

1.1 Les prémices 6

1.1.1 Les ROSCAs (Rotating savings and credit associations) 6

1.1.2 Les coopératives Raiffeisen 6

1.2 Les pioIUliers de la microfinance (1875-1992) 7

1.3 Une période d’euphorie (1992-2000) 8

1.4 Vers la maturité (Depuis 2000) 9

CHAPITRE II

LA RELATION ENTRE PERFORMANCES FINANCIÈRES ET PERFORMANCES

SOCIALES

11

2.1 Mesures de performances financières 11

2.1.1 CAMEL de ACCION 12

2.1.2 PEARLS de WOCCU 13

2.1.3 GIRAFE de PlaNet Rating 14

2.1.4 MicroRate 14

2.1.5 M-CRIL 15

2.2 Mesure de performances sociales 16

(5)

IV

2.2.2 Le projet Ford foundation Social Indicators- CGAP 18

2.2.3 SOCIAL – ACCrON 18

2.3 Relation PF-PS 19

CHAPITRE III

LE

«

SCHISME DE LA MICROFINANCE» 23

3.1 L’approche du

«

bien-être» (welfarist approach) 24

3.2 L’approche

«

institutionnaliste

»

(institutionalist approach) 25
CHAPITRE IV

LA STRATÉGIE D’UNE IMF : UN ÉQUILIBRE

A

TROUVER. 28

4.1 Complémentarité et renforcement mutuels entre les trois objectifs 29

4.2 Tension entre les objectifs 30

CHAPITRE V

CADRE DE LA RECHERCHE 32

5.1 Cadre d’analyse 32

5.2 Description de l’échantillon 35

5.2.1 Repérage des données 35

5.2.2 Choix de l’échantillon 35
CHAPITRE VI
MÉTHODOLOGIE DE LA RECHERCHE 40
6.1 Modèle de référence 41
6.1.1 Variables utilisées .42
6.1.2 Régression 42
6.2 Modèle d’analyse 44
6.2.1 Variables utilisées 44
6.2.2 Régression 46
CHAPITRE VII

ANALYSE DES RÉSULTATS 50

(6)

7.2 Analyse des résultats obtenus 51

7.3 Discussion et conclusions 54

7.4 Limites de la recherche 57

CONCLUSION 58

ANNEXE A

Tableaux récapitulatifs de la relation PF – PS 60

ANNEXEB

Le triangle de la microfinance 61

(7)

LISTE DES FIGURES

Figure

Carte des pays membres de l’UEMüA 34

2 Répartition des 48 IMF selon les pays 36

3 Répartition des 48 IMF selon le type d’IMF 37

4 Répartition des 48 IMF selon l’ancienneté 37

5 Répartition des 48 IMF selon la taille 38

(8)

Tableau

Statistiques descriptives .49

2 Tableau des corrélations entre les différentes variables 50
3 Régressions avec les ind. de OPS comme variable dépendante .52
4 Régressions avec les PF comme variable dépendante 54

(9)

AetT
BCEAO
BM
CGAP
DPS
FEND
FINCA
IMF
MF
Mix
ONG
PED
PF
PS
ROSCA
SFD
UEMOA

LISTE DES ABRÉVIATIONS ET SIGLES

D’Arcimoles et Trebucq

Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest
Banque Mondiale

Consultative Group to Assist the Poorest
Degré de portée sociale

Fonds d’Equipement des Nations Unis

Foundation for International Community Assistance
Institution de Microfinance

Microfinance

Microfinance information exchange
Organisation Non Gouvernementale
Pays En Développement

Performance (s) financière (s)
Performance (s) sociale (s)

Rotating Savings and Credit Associations
Systèmes Financiers Décentralisés

(10)

La réalisation simultanée des objectifs financiers et sociaux assignés aux institutions
de microfinance représente un véritable défi. Afficher de bonnes performances
financières (bonne rentabilité) et avoir un degré de portée sociale élevé (servir les plus
pauvres) peuvent faire l’objet de contradictions. Dés lors ces « banques des pauvres»
sont confrontées à un arbitrage qui peut engendrer une dérive de mission, leur raison
d’être. Pour vérifier l’existence de ce fait nous avons procédé à une analyse de la
relation entre performances financières et degré de portée sociale à partir d’un
échantillon de 48 institutions de la zone économique UEMOA, de 2002 à 2004. Nos
résultats ont montré que cette relation est neutre mais nous avons pu confirmer la
présence d’un arbitrage qui découle de la volonté des institutions de réduire leur
portefeuille à risque. Néanmoins nous n’avons pas pu détecter qu’un portefeuille à
risque plus élevé va de pair avec une clientèle plus pauvre par conséquent une dérive
de mission n’est pas justifiée. On peut donc conclure que les institutions de
microfinance peuvent bel et bien réaliser leur double objectif de résultat et remplir
ainsi leur «promesse ultime ».

Mots clé : Microfinance, arbitrage, performances financières, degré de portée sociale,
dérive de mission.

(11)

INTRODUCTION

« Quiconque a côtoyé la misère et la faim, en Afrique, en Asie ou au Brésil réalise à quel
point les citoyens de ces pays ont besoin, celtes d’une aide alimentaire et sanitaire, mais

surtout de moyens concrets pour sortir de J’assistance aléatoire des pays développés. La
microfinance représente une réelle bouée de sauvetage lancée à ceux qui ont faim et qui

souhaitent s’en sortir par le fruit de leur travail ».

Jimmy Anidjar – Membre du conseil d’Administration de Planet finance

Le boom de la micro finance, l’espoir qu’elle suscite comme catalyseur de
développement économique et l’ampleur des ressources investies dans ce secteur
méritent qu’on s’y attarde. La microfinance est l’octroi de services financiers
(généralement du crédit et/ou de l’épargne), à des personnes développant une activité
producti ve, le pl us souvent de l’artisanat ou du commerce, et n’ayant pas accès aux
institutions financières commerciales en raison de leur profil socio- économique (Labie,
2000). En d’autres mots, c’est l’offre de services financiers aux pauvres, exclus du
système bancaire, sans ressources ni droit de propriété. Ces derniers sont écartés du
système bancaire traditionnel parce qu’ils ne sont pas salariés, n’offrent aucune garantie
et sont souvent analphabètes. Ils ne représentent donc pas à priori une population
« rentable

».

De par sa définition, la micro finance (MF) constitue en quelque sorte une réponse
face aux problèmes d’endettement et de crise économique que connaissent la plupart des
pays en développement. En ce sens, elle est considérée comme un outil de lutte contre la
pauvreté. De plus, contrairement aux politiques d’aide au développement menées
précédemment et qui maintenaient les pauvres dans un état d’assistanat et de
dépendance par l’offre de services sociaux gratuits, les expériences devant permettre
aux pauvres de leur donner les moyens de sortir de leur condition précaire étaient vu d’
un très bon œil.

(12)

Dès lors, le défi majeur des institutions de micro-financement (IMF), communément
appelées « banques des pauvres », consiste à mettre en place des systèmes qui
permettent au plus grand nombre possible de personnes pauvres, un accès à des services
financiers et ce de manière pérenne. Ces institutions ont souvent trouvé leur origine dans
les projets de développement et auprès des ONG (Organisations Non gouvernementales)
et doivent leur succès à l’introduction de méthodes non traditionnelles de couverture de
risque telles que la caution solidaire, les pressions sociales ou les garanties personnelles.
Il s’agit en effet de systèmes financiers souvent décentralisés, qui visent à rendre
disponible, d’une manière durable et financièrement viable, des services de petits prêts
sans garanties matérielles. Ils sont souvent destinés à financer des activités économiques
d’auto-emploi des populations à faible revenu et aux micro-entrepreneurs urbains et
ruraux, qui n’ont pas accès aux services financiers formels et commerciaux. Pour
atteindre leurs objectifs, les IMF doivent donc être aussi compétitives que possible et
financièrement viables, c’est à dire rentables.

C’est ainsi que dans leur quête pour obtenir des ressources financières additionnelles
et indispensables à la satisfaction d’une demande toujours croissante de microcrédits, les
IMF se heurtent néanmoins à certains problèmes comme le besoin de réduire les coûts de
fonctionnement au strict minimum, de renforcer les performances de gestion financière
et administratives. Afin de pouvoir négocier des ressources auprès des banques
commerciales et de bénéficier de l’aide des bailleurs de fonds, elles doivent inspirer
confiance, assurer leur propre viabilité financière, et développer des mécanismes
financiers adaptés pour capter les ressources financières, leur permettant de réaliser des
économies d’échelle.

Les performances financières deviennent alors le mot d’ordre dans la gouvernance des
IMF. Tout est mis en œuvre pour afficher de bons résultats financiers. Cependant, une
attention trop poussée à la rentabilité risquerait d’éloigner l’institution des pauvres (sa
raison d’être) en faisant une sélection trop rigoureuse des clients. Par contre, une vision
trop sociale pourrait inciter à l’application des taux d’intérêts trop bas mettant en danger
la viabilité de l’institution. L’intermédiation financière et l’intermédiation sociale,

(13)

3

double rôle des IMF, peuvent donc faire l’objet d’attentes et de priorités divergentes et
donc facilement entrer en conflit.

Dès lors, on se demande si les IMF sont confrontées à un arbitrage entre l’atteinte de
bOlU1es performances financières (objectif financier) et un degré de portée sociale élevé
(objectif social). Telle est la question qui fait l’objet de ce mémoire. De nombreuses

«

banques des pauvres », face aux risques élevés que représentent les plus pauvres, sont
tentées de les abandonner au détriment des plus nantis qui appartielU1ent aux classes
moyennes et de s’éloigner ainsi de leur raison d’être. On cherchera à savoir si la
recherche de la rentabilité financière par les institutions de microfinance entre en
contradiction avec leur désir de fournir des services financiers aux

«

plus pauvres des
pauvres» ‘. En d’autres mots, on veut déterminer si le ciblage des plus pauvres
marquerait un frein à l’atteinte de bOlU1es performances financières ou si plutôt ces deux
objectifs peuvent être réalisés conjointement. Pour nous aider à faire cette analyse nous
allons nous baser sur le cas de quelques IMF de la zone UEMOA (Union Économique et
Monétaire Ouest Africaine).

Le mémoire sera structuré en sept chapitres. Les quatre premiers chapitres porteront
sur une revue de la littérature inhérente à notre sujet .Tout d’abord, nous dresserons un
tableau de l’évolution du secteur de la microfinance à travers le monde (CHAPITRE 1).
Ensuite, nous présenterons les travaux empiriques qui tendent à expliquer l’éventuelle
relation entre performances fmancières et performances sociales d’une entreprise
(CHAPITRE II). Pour finir, nous parlerons du schisme de la microflnance, ce débat
polarisé qui alimente les discussions au sein du secteur (CHAPITRE III) ainsi que du
concept du triangle de la microflnance (CHAPITRE IV) qui montre quelle stratégie
optimale de management les IMF doivent mener afin de réaliser les objectifs qu’elles se
sont fixées.

1 Le « seuil de pauvreté» c’est à dire la segmentation des pauvres en trois niches de marché distingue « les plus

(14)

Dans les trois chapitres qui suivent, nous ferons notre analyse de la relation entre les
performances financières et le degré de portée sociale. Après avoir présenté le cadre
d’analyse, la zone UEMOA (CHAPITREV); nous exposerons par la suite notre méthode
d’étude (CHAPITRE VI). Pour finir, nous présenterons les résultats obtenus et tirerons
nos conclusions (CHAPITRE VII).

(15)

CHAPITRE 1

ÉVOLUTION DU SECTEUR DE LA MICROFINANCE

Nous débutons notre revue de littérature en dressant le tableau de l’évolution de
la microfinance à travers le monde. Cette expansion s’est produite en quatre principales
vagues qui s’étendent du 1ge siècle aux années 2000.

Se heurtant aux eXIgences que demandaient les banques classiques car ils
n’offraient aucune garantie, les plus démunis se trouvaient exclus du système bancaire
traditionnel. Pour faire face à ce problème, ils se voyaient dans l’obligation de se tourner
vers le secteur informel. Ces derniers avaient soit recours aux prêteurs d’argent
(moneylender) dont les taux d’intérêt étaient faramineux et décourageaient à la longue
soit ils empruntaient tout simplement à la famille, aux voisins ou aux amis (avec des
taux d’intérêt pratiquement nul). C’est pour pallier à ces imperfections de marché que le
secteur de la microfinance va se développer. Ce

«

nouveau» secteur financier qu’on
retrouve dans la plupart des pays, essentiellement dans ceux en développement (PED) est
tributaire de deux idées

«

révolutionnaires »: on peut concevoir des services financiers de
proximité adaptés à des populations exclues du système financier formel, et qui ont un
véritable impact sur leur développement économique et social; et les organisations qui
offrent ces services peuvent être viables (Boyé, Hajdenberg et Poursat, 2006).

La spectaculaire expansion de la microfinance au cours des trois dernières
décennies s’est effectuée comme suit:

(16)

1.1 Les prémices

1.1.1 Les ROSCAs (Rotating savings and credit associations)

L’idée de ces systèmes d’épargne rotative était simple. Des individus généralement
du même voisinage ou appartenant à la même famille s’entendaient pour épargner
régulièrement une certaine somme d’argent qui constitue un

«

pot» commun distribué à

tour de rôle à chaque membre du groupe. Par exemple si vingt personnes décident
d’épargner 15$ par mois pendant vingt mois, à la fin de chaque mois, le butin est de
300$. Cette somme d’argent est attribuée à chacun des membres selon un ordre
prédéterminé. Des tontines du Cameroun aux hui de Taipei, en passant par les tanda du
Mexique et les poila de la Chilie, le processus des ROSCAs va se répandre à travers le
monde. Morduch et Armendàriz (2006) mentionnent que dans les années 90 au moins la
moitié des résidents des zones rurales du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Congo et
du Nigeria participaient aux ROSCAs. En Taiwan, à la même époque plus de 20% de la
population utilisent ce même procédé.

1.1.2 Les coopératives Raiffeisen

(17)

7

Dans les années soixante et soixante- dix, après les indépendances, les
gouvernements de nombreux pays en développement prennent conscience de la nécessité
de fournir aux paysans un accès au crédit. Des banques publiques de financement
agricole sont alors créées dans bon nombre de pays du Sud, offrant aux paysans des
crédits aux taux d’intérêts subventiormés. Cependant ces initiatives vont cormaître
rapidement toutes sortes de difficultés: leur gestion était soumise à de fortes pressions
politiques et électorales, elles avaient de fort taux d’impayé et de surcroît taux d’intérêts
trop faibles pour espérer atteindre la pérennité financière. Après quelques années, une
grande partie de ces banques de développement se voient dans l’obligation de
disparaître et donc de laisser en suspens le problème de l’accès aux services financiers
pour les exclus.

1.2 Les pionniers de la microfinance (1875-1992)

Pour remédier à ce problème, apparai~sent dans la seconde moitié des armées
soixante- dix, les premières expériences de la microfinance

«

moderne

»,

en Amérique
latine et en Asie. A partir de 1975, l’exemple de la Grameen Bank, au Bengladesh,
marque les esprits. Tout est parti de l’initiative du professeur Yunus Muhamad (Prix
Nobel de la Paix 2006) qui accorda de petites sommes d’argent (26$) à 42 femmes des

villages pauvres voisins à son université afin qu’elles investissent dans des moyens de
production (paille nécessaire pour rempailler des chaises). Malgré un taux d’intérêt
hebdomadaire de 10%, le taux de remboursement fut de 100%.

Exactement au même moment, à l’autre bout du monde, un joueur de tennis
américain, Joseph Blatchford, crée ACCION, une ONG visant à aider les plus pauvres à

s’aider eux mêmes; il commence à installer des lignes électriques, à construire des écoles
et des centres communautaires, puis décide de soutenir des micro-entreprises et des
programmes qui les soutierment.

(18)

En 1983, le professeur Yunus crée la Grameen Bank. Cette institution démontre non
seulement que les pauvres peuvent efficacement gérer et rembourser des crédits, mais
qu’ils peuvent payer des intérêts élevés, et que l’institution peut donc couvrir ses propres
coûts. La Grameen a ainsi popularisé le «crédit solidaire », un crédit à un groupe
d’individus dont chaque membre est solidaire du remboursement de tous les autres.

À ce stade, l’équilibre financier n’est généralement pas un objectif majeur des
programmes de MF. Il est difficile de concevoir encore qu’une IMF puisse être
indépendante du soutien financier des bailleurs de fonds publics (gouvernements des
pays donateurs, institutions financières internationales) ou privés (fondations).

À la fin des années 80, le secteur devient de plus en plus connu. En 1992,
PRODEM, ONG bolivienne créée en 1986, décide de « filialiser

»

ses activités de micro­
crédit sous forme de banque en créant Banco Solidario SA (BancoSol). Elle accorde des
prêts, au logement, des fonds de roulement et du capital d’investissement; elle reçoit des
dépôts d’épargne à vue et à terme et organise un service d’assurance, de transfert de
fonds et de cartes de crédit.

En Afrique, au même moment des IMF inspirées du système des tontines sont
créées. Ces institutions favorisent la formation des groupes solidaires, garanties de
remboursement de chacun de ses membres. C’est d’abord le cas de KREP au Kenya, du
PADME au Bénin et d’autres coopératives finançant les récoltes du coton, comme Kafo
Giginew au Mali. C’est le début de l’émergence d’une « industrie de microfinance

».

1.3 Une période d’euphorie (1992-2000)

Les années 1990 marquent une période d’euphorie pour la MF : les IMF
abondaient de partout dans le monde. Face à la concurrence, la viabilité financière
devient l’enjeu central de la plupart des programmes de microfinance. Afin de réaliser
des économies d’échelle, la stratégie des IMF est de standardiser les produits et
d’augmenter son nombre de clients. L’attention est portée sur l’institution elle-même au
détriment des produits offerts et des clients. L’incontestable succès conunercial des IMF

(19)

9

est souvent considéré comme une preuve suffisante qu’elles répondent à un véritable
besoin.

1.4 Vers la maturité (Depuis 2000)

A la fin des années quatre vingt- dix, on voit apparaître les premières difficultés.
La croissance rapide des institutions poussées par l’acharnement sur l’équilibre financier
s’est so Idée dans certains cas par des échecs retentissants. La première faillite médiatisée
de la Corposol, en 1996, en Colombie a dicté le ton à plusieurs autres en Asie comme en
Afrique. Ceci crée un effet d’alarme. Les

IMF

prennent conscience que leur clientèle
n’était pas aussi satisfaite qu’elles le croyaient. Pour faire face à ce problème on décide
de mettre les clients au cœur des préoccupations. C’est ainsi que sont élaborés des outils
pour analyser les besoins de ces derniers. Les produits proposés se diversifient pour
s’adapter aux demandes de différentes natures. De nouveaux produits comme les
transferts de fonds, les micro-assurances, sont développés.

Passée d’une période d’euphorie dans les années 90 à une maturité qui ne cesse
de se développer de nos jours, la microfinance bien qu’elle est présentée celiaines
limites, a été porteuse de plusieurs acquis durant ces trois dernières décennies. Pour
marquer l’importance du microcrédit comme instrument de lutte contre la pauvreté,
l’année 2005 a été proclamée

«

année internationale du microcrédit

»

par l’assemblée
générale des Nations Unies. Son objectif était de réduire de moitié les populations
pauvres qui vivent sous le seuil de pauvreté d’ici 2015 (Objectifs de développement du
millénaire).

Après avoir dressé le tableau de l’expansion de la microfinance à travers le
monde, nous allons nous attarder sur la littérature empirique concernant la relation entre
les performances financières et les performances sociales d’une institution de
microfinance.

(20)

Encadré 1 : La microfinance en quelques chiffres2

Il y’ aurait 10 000 IMF dans le monde à ce jour.

Parmi elles 3164IMF répertoriées par la Campagne du sommet du microcrédit en 2004
Sur les 3164 IMF : 118 dans les pays développés et 3046 dans les PED qui servent 92
millions de clients

Répartition des 3046 IMF dans les PED et de leurs 92 millions de clients:
ASIE: 1630 IMF – 81 millions de clients – prêt moyen 402 USD

Mrique sub-saharienne : 994 IMF -7 millions de clients- prêt moyen 370 USD
Amérique latine: 388 IMF- 3.8 millions de clients – prêt moyens 903 USD

Afrique du nord et Moyen Orient: 34 IMF-O.2 millions de clients – prêt moyens 348
USD

(21)

CHAPITRE II

LA RELATION ENTRE PERFORMANCES FINANCIÈRES ET
PERFORMANCES SOCIALES

La double vocation des IMF les oblige à avoir autant de bonnes performances
financières que sociales. C’est la raison pour laquelle il est primordial de savoir la
relation qui lie ces deux concepts. Avant de rentrer dans le vif du sujet, nous allons
revoir les mesures de performances financières et sociales des IMF.

2.1 Mesures de performances financières

Le souci d’évaluer les performances financières des IMF s’est développé de plus
en plus au cours des deux dernières décennies. On entend par « évaluation des
performances» une analyse basée sur des indicateurs standards et des ratios financiers
visant à mesurer le niveau de performance et de risque d’une IMF. Les dits indicateurs
sont le plus souvent repartis en quatre principaux volets: à savoir l’analyse de
portefeuille, de l’efficience et de la productivité, et pour finir celle de la profitabilité et
de la gestion financière.

En évaluant leurs performances financières, ces banques des pauvres se donnent
ainsi les moyens de déceler leurs forces et leurs faiblesses et également de suivre leur
évolution dans la recherche de la viabilité financière. Ces informations profitent aussi
bien aux bailleurs de fonds (donateurs, ONG) qui les utilisent pour déterminer le type de
support qu’ils doivent apporter et en mesurer l’efficacité; qu’aux investisseurs qui s’en
servent pour identifier de potentielles sources d’investissement.

(22)

C’est ainsi que de nombreuses méthodes d’évaluation ont vu le jour. Elles ont été
mises en place par des agences spécialisées ou des IMF elles-mêmes. Certaines d’entre
elles ont été développées de manière à pouvoir être utilisées sur tous types d’IMF,
quelques soit leurs clientèles. D’autres développées en interne, ont une vocation plus
spécifique. Dans cette section du mémoire, nous allons décrire et comparer cinq
méthodologies d’évaluations d’IMF qui sont les plus connues à savoir CAMEL mis
œuvre par ACCION, PEARL élaborée par WOCCU, GIRAFE de PlaNet Rating et pour
finir les méthodologies proposées par MicroRate et M-CRIL.

2.1.1 CAMEL de ACCIüNJ

La méthode CAMEL a été élaborée par le personnel interne de l’ONG
internationale ACCION dans le but d’évaluer les IMF membres de ce réseau ou celles
qui veulent y adhérer. Elle sert aussi bien d’outil d’évaluation que de management.
L’acronyme C.A.M.E.L reprend les cinq principaux champs d’analyse sur lesquelles les
institutions de microfinance sont jugées: ce sont l’adéquation du capital, la qualité des
actifs, le manageemnt, la rentabilité et la liquidité.

A partir de ces critères et des informations recueillies (états financiers,
projections budgétaires, information macroéconomique..), les IMF reçoivent une note
globale allant de 0 à 5.

«

A moins de 2, l’institution ne devrait pas exercer la
microfinance; entre 2 et 3, l’institution recèle de profondes faiblesse qui doivent être
comblées. La mise en œuvre de cette méthode d’évaluation mobilise 2 à 3 analystes, 10
jours sur le terrain et près d’un mois de travail au total.

»

(De Sousa Santos, 2002).

Les résultats de l’évaluation sont confidentiels à moins que l’IMF et ACCIüN
s’entendent pour les publier. CAMEL est une méthodologie à tendance plutôt qualitative
que quantitative. Elle a été expérimentée plus d’une cinquantaine de fois.

Une présentation plus détaillée de la méthode est disponible en ligne à l’adresse
(http://www. ACC] ON .org/pu bs/main.asp).

(23)

13

2.1.2 PEARLS de WOCCU~

La méthode PEARLS a été mise sur pied par WOCCU (World Council of Credit
Union), une ONG américaine basée à Madison (Wisconsin) dont le but est de faciliter le
développement des coopératives financières. Au départ, dans les années 80, le personnel
de WOCCU cherchait à adapter la méthode CAMEL aux coopératives du Guatemala.
Cependant cela nécessitait toute une panoplie de changements. C’est dans ce contexte
que la méthodologie PEARLS a été créée. Elle a été désignée comme un outil de
management, qui est devenu par la suite un mécanisme de supervision utilisé à travers le
monde. Avec PEARLS, WOCCU a élaboré des standards financiers internationaux pour
évaluer les performances financières des coopératives et établir les tendances du marché.

En effet, la méthodologie PEARLS (en anglais, Protection, Effective financial
structure, Asset quality,Rate of return and costs, Liquidity, and Signs of growth ) est un
ensemble de 45 ratios financiers repartis dans les six domaines qui la composent. Elle
est basée sur les performances financières. L’analyse est essentiellement quantitative: elle
fait abstraction de données qualitatives. Selon WOCCU, la performance globale de
l’institution est mieux traduite par des résultats quantitatifs.

Ainsi, chaque mois ou chaque trimestre, près de 200 coopératives (la moitié d’entre
elles se trouvant en Amérique Latine) font parvenir à l’organisme les informations
nécessaires à leur évaluation. Ces données font l’objet d’un audit externe préalable. Une
fois l’analyse terminée, chacune de ces IMF affiliées au réseau reçoit un rapport
soulignant leurs forces et faiblesses.

(24)

2.1.3 GIRAFE de PlaNet RatingS

La méthodologie GIRAFE a été créée en 1999 par Planet Rating6, une agence de

notation spécialisée en microfinance dont le siège social se trouve à Paris. GIRAFE est à

la fois une méthode d’évaluation et un guide de notation. L’acronyme se compose des
six champs d’évaluation sur lesquels se base l’analyse des performances et du risque
institutionnel des IMF: G comme gouvernance et processus de décision, 1 comme

information et outil de gestion, R comme risques et contrôle interne, A comme activités
et portefeuille de prêts, F comme financement et E comme efficacité et profitabilité.

L’analyse se fait à partir de 26 indicateurs à la fois quantitatifs et qualitatifs
soulignant ainsi l’importance de conduire une approche aussi bien financière que non
financière afin de couvrir la panoplie de risques auxquels doivent faire face les
investisseurs. Chacun des domaines est coté de 0 à 5 et par la suite une note globale est
attribuée à l’IMF.

Des cinq méthodes présentées, GIRAFE est celle qui met le plus l’accent sur le
risque fiduciaire et l’analyse du management ainsi que la gouvernance. Les conditions
de mise en œuvre sont similaires à celle énoncées pour la méthodologie CAMEL. Quant
aux résultats, ils sont aussi diffusés sous réserve de l’accord de PlaNet Rating et de
l’IMF. Depuis sa création, Planet Rating a mené plus de 200 missions dans plus de 50
pays à travers le monde.

2.1.4 ~icroRate7

MicroRate a débuté ses activités en 1996 en tant que pionnière dans l’évaluation
des institutions de microfinance. Sa principale raison d’être était de s’attaquer aux
problèmes de financement que rencontraient les IMF en Amérique Latine. En effet,
certaines de ces institutions connaissaient de forts taux de croissance annuels allant

SUne présentation plus détaillée de la méthode est consultable à l’adresse
(h IIp:!/www.planetfinance.org/fr/raling/index.htm )

6 Planet Raling est une branche de l’ONG internationale Planet Finance

(25)

15

jusqu’à 50%. Cette croissance représentait une menace pour les IMF dont l’offre en
capitaux des donateurs traditionnels devenait insuffisante. Il était donc indispensable
pour les IMF de trouver des sources de financement alternatives. MicroRate a ainsi été
créée afin de fournir aux bailleurs de fonds des informations objectives et à jour sur les
performances des IMF. Depuis sa création l’agence a effectué près de 70 évaluations
d’IMF, essentiellement en Amérique Latine, et parmi celles-ci on trouve les leaders du
secteur.

La méthodologie MicroRate se concentre sur trois principaux champs d’analyse à
savoir les performances financières, la qualité du portefeuille et le déroulement des
opérations de prêts et pour finir l’organisation du système d’information et de
management. Contrairement aux autres agences d’évaluation, MicroRate ne poursuit
pas une formule fixe telle que CAMEL ou GIRAFE, mais essaie plutôt d’identifier les
principaux facteurs de risques propres à l’IMF évaluée. Les résultats de cette analyse sont
résumés dans un rapport d’évaluation qui présente les informations sous forme
standardisée afin de faciliter la comparaison entre les institutions (benchmarking).
MicroRate y inclut également son opinion sur la fiabilité de l’IMF qui est exprimée
comme suit” Recommend “, “Watch” ou “Caution”.

Pour procéder à ces évaluations, l’agence envoie deux analystes dans l’IMF à
évaluer pendant 4 à 5 jours. Ces derniers ont des entrevues avec le conseil
d’administration, la gérance et les employés de l’institution. Leur travail est le pl us
souvent confidentiel ainsi que la méthode détaillée de l’analyse.

2.1.5 M-CRIL8

M- CRIL (Micro Credit Ratings International Limited) débute ses activités en

septembre 98 à Gurgaon, Inde en temps que filiale de EDA Rural System Private
Limited (EDA), une compagnie réputée pour la qualité des services financiers qu’elle

délivre. Depuis lors cette agence de rating a participé au développement de fonds
commerciaux dans le secteur de la microfinance. Elle est à l’origine de 372 ratings

(26)

effectués dans le monde entier, exclusivement en Inde et en Asie du sud, pour des
coopératives, des ONG, des compagnies financières et des banques rurales.

La méthodologie M-CRIL comprend une trentaine d’indicateurs qui couvrent
trois principaux domaines: gouvernance et organisation, analyse managériale et études
des performances financières. Son but est d’évaluer la solvabilité de l’IMF, de déceler
ses forces et ses faiblesses ainsi que les contraintes auxquelles elle est confrontée. Par la
suite des recommandations d’amélioration sont données. Cette démarche effectuée par
l’agence est plus quantitative que qualitative.

Pour évaluer les institutions, une équipe de deux analystes est ainsi envoyée sur
le terrain pendant 4 à 5 jours. Les résultats sont confidentiels mais peuvent être diffusés
avec l’accord de l’IMF. La méthodologie n’est pas directement accessible et diffusée.

Nous venons ainsi de passer en revue les cmq méthodes d’évaluations des
performances financières des institutions de microfinance qui sont les plus répandues.
2.2 Mesure de performances sociales

La double identité financière et sociale des institutions de microfinance justifie
l’importance de s’attarder aussi bien sur leurs performances financières que sociales.
C’est ainsi que l’analyse d’impact et des performances sociales se trouve au cœur des
débats du secteur, dans une optique d’amélioration des services et de participation plus
efficace à la lutte contre la pauvreté. Si les indicateurs de performances financières ont
fait l’objet d’un consensus après dix ans de débats entre les acteurs, la notion de
performance sociale est encore assez mal connue et son évaluation ne fait pas encore
l’unanimité. Marc Jacquard, gestionnaire des programmes des Fonds d’Equipement des
Nations Unis (FENU) dans un article intitulé « Mesuring social performance : the
Wrong Priority» trouve que dans un contexte de « ressources limitées» [… ] « attirer

notre attention et notre argent pour mesurer des performances sociales mal définies est
une fausse priorité ».

(27)

17

Les performances sociales d’une IMF se définissent comme la traduction
effective de sa mission sociale en pratique (actions, mesures correctives, suivies des
résultats).9 Par rapport aux performances financières, elles prennent en compte la nature

des relations internes entre ses employés et des relations qu’elle entretient avec ses
clients et avec les autres acteurs avec qui elle interagit. Plus globalement, on peut
entendre par performances sociales les effets de l’institution sur les conditions sociales
de ses clients : effet sur le niveau de vie (pauvreté), logement, santé, éducation.

L’objectif général d’un quelconque outil d’évaluation [… ] est de fonder un jugement
non pas sur ses profits à venir, mais sur la manière dont elle se comporte dans un
contexte social donné (Fatoux,2002).

Des quelques initiatives menées pour aboutir aux meilleurs indicateurs d’évaluation
de performances sociales, nous allons exposer les plus avancées.

2.2.1 SPI- CERISE (en anglais, Social Performance Indicators) 10

Le réseau CERISE en collaboration avec la fondation Argidius, et le SDC (en
anglais, Swiss Development Corporation), a piloté et participé activement au travail sur

les performances sociales engagé depuis plusieurs années. Les différentes étapes du
processus ont conduit à la création de l’outil de mesure SPI, en juin 2002. Cet outil,
défini à travers un processus participatif avec une trentaine d’IMF et autres acteurs de la
microfinance, permet d’engager une réflexion au sein des IMF sur leur mission sociale.
A l’aide de l’outil SPI, les institutions de microfinance peuvent évaluer leurs intentions,
leurs actions et les mesures correctives implantées afin de savoir si elles se donnent les
moyens de réaliser leurs objectifs sociaux.

Il se présente sous la forme d’un questionnaire (accompagné d’un guide) réparti
en quatre dimensions: le ciblage des pauvres et des exclus, l’amélioration du capital
social, l’adaptation des services et des produits envers la clientèle, la responsabilité
sociale de l’institution. A date l’ outil SPI est utilisé à titre pédagogique, permettant de

9 Définition élaborée par Social Performance Taskforce au CGAP Donor working Group sur les performances

sociales.

(28)

définir la notion de responsabilité sociale. Des IMF de différents types institutionnels et
dans différents contextes y ont recours.

2.2.2 Le projet Fordfoundalion Social Indicators- CGAP

En élaborant le projet Ford foundation social indicators, le CGAp l1 cherche à
développer des indicateurs d’impact qui puissent évaluer les performances sociales des
IMF selon les 5 dimensions principales des Objectifs de Développement du Millénaire,
c’est à dire proportion de clients en dessous du seuil de pauvreté, amélioration des
conditions économiques des clients, augmentation de la présence à l’école des enfants et
réduction de l’analphabétisme, amélioration de l’accès aux services de santé, progrès en
termes de responsabilisation / « empowerment

»

des femmes. Le CGAP propose alors
que les IMF puissent communiquer le niveau de pauvreté de leurs clients et l’impact des
services financiers sur leur niveau de vie. A date, 34 IMF (dont 5 en Asie, 9 en Amérique
Latine, 7 en Afrique, 3 en Europe de l’Est) ont participé à la première phase de
l’élaboration du projet. Une seconde phase a débuté depuis mars 2007.

2.2.3 SOCIAL – ACCION

Pour participer au processus de mIse en oeuvre d’outils d’évaluation de
performances sociales, ACCION a élaboré l’outil SOCIAL dont l’acronyme signifie en
anglais : S pour social mission, 0 pour outreach, C pour client service, 1 pour
information transparency and consumer protaction, A pour association with the
community , L pour labor climate. L’outil SOCIAL est considéré comme un diagnostic
permettant d’évaluer le succès d’une institution de microfinance dans la réalisation de sa
mission sociale. SOCIAL complète ainsi l’évaluation financière fournie par la
méthodologie CAMEL que nous avons présentée auparavant. Il devrait permettre à
l’institution d’améliorer ses performances organisationnelles en décelant ses forces et ses
faiblesses en matière de performances sociales. Par ailleurs, l’IMF pourrait avoir de
l’information sur la manière dont elle est perçue par ses clients, son personnel et sa

(29)

19

communauté. A date cinq projets pilotes ont été complétés (dont quatre en Amérique
Latine et un autre en Inde). L’outil est encore en élaboration.

2.3 Relation PF-PS

Nous avons recensé très peu de travaux qUi portent spécifiquement sur la
relation entre les performances financières et les performances sociales d’une institution
de microfinance. Cela peut s’expliquer par le fait que les praticiens de la MF comme les
donateurs ne s’intéressaient pas aux PS auparavant. Ces derniers trouvaient qu’elles
faisaient partie intégrante des performances financières de l’ IMF. Nous allons donc
présenter les recherches sur la relation PF-PS d’une entreprise, de manière générale.
Néanmoins, les résultats trouvés restent ambigus malgré toutes les études empiriques
menées. Aucune réponse définitive n’a été énoncée.

Certains chercheurs comme Mc Guire Sundgren et Schneeweis ,1998; Coffrey et
Fryxell, 1991; Waddock et Graves, 1997b; Bernard et al. , 1999; Hillman et Keim, 2001,
ont décelé une association positive entre les PF et les PS qui peut s’expliquer comme
suit:

«

Proponents of this 1ine of reasoning predict better financial results for
companies which avoid claims of primary stakeholders and are able to anticipate
their satisfaction. This argument makes sense in the long-term because good
relations with employees, suppliers and customers are essential for the survival
of the firm. Actions which support the community can improve the reputation
and have a positive impact on sales. An environnemental protection research
plan can also help to anticipate future norms and avoid sanctions and taxes. »12

D’autres travaux par contre ont donné une relation plus ou moins ambiguë VOIre
négative (Aupperle, Caroll et Hatfiel, 1985). Cette relation négative entre les
performances financières et les performances sociales peut avoir lieu lorsque les coûts
engendrés pour la responsabilité sociale de l’entreprise excèdent les bénéfices à en tirer
et vont même jusqu’à remettre en cause la compétitivité de l’entreprise. Ce point de vue
renvoie à la pensée néoclassique (Friedman, 1970) selon laquelle la responsabilité

(30)

sociale de l’entreprise est une charge que l’on doit veiller à éliminer dans un
environnement de type capitaliste.

« When costs engaged to improve corporate social performance (CSP) exceed
advantages, finnancial performance can be impaired. Firms which go far beyond
their legal duties can then be handicapped in tenns of international competitivity.
Conversely, firm which neglect celtain stakeholders such as employees or the
environment, resulting in a lower CSP, can enhance their financial
performance. »13

Pour finir, c’est un lien PF-PS neutre qui a été trouvé par certains spécialistes: il
n’existe aucune relation qu’elle soit positive ou négative entre les performances
financières et les performances sociales. Ullman (1985) l’un des tenants de cette
approche explique que le grand nombre de variables intervenant dans l’analyse du lien
PF-PS rend difficile une éventuelle relation directe entre les deux types de

performances: un éventuel lien proviendrait du pur hasard. Mc Williams et Siegel
(2000) ont prouvé à leur tour que lorsqu’on introduit des variables de précision (accurate
variables) comme l’ampleur de la recherche et du développement (research and
development intensity) dans les modèles économétriques, tous les signes d’une

quelconque relation PF-PS disparaissent.

A titre récapitulatif, on dénombre « 127 études sur le sujet, publiées sous forme
d’articles ou de livres depuis les premiers travaux de Moskowiltz (1972). Dans 109 des
127 études, les performances sociales ont été traitées comme une variable indépendante
prédisant les performances financières.» (Margolis et Walsh, 2003). Margolis et Walsh
(2003) ont concluent que parmi les 109 des 127 études, la moitié (54) détermine la
relation PF-PS comme positive, 20 montrent des résultats mixés et 28 études reportent
des relations non significatives. Seulement 7 études ont noté une relation négative.
Comme on peut le constater la majorité des résultats ont tendance à déceler une relation
PF-PS plutôt positive. Néanmoins Garcia-Castro, Arifio et Canela (2006b) expliquent
que cette relation reste loin d’être parfaitement établie dans la littérature et ne fait pas

(31)

21

encore l’objet d’un consensus. Selon eux, cette hétérogénéité des résultats s’explique
tout d’abord par une hétérogénéité des mesures de performances sociales difficiles à

évaluer. Ces derniers expliquent par la suite que le changement de la relation PF-PS
selon les circonstances n’est pas toujours évident à traduire au moyen de variables de
contrôle. Pour finir, ils pointent du doigt la différenciation entre le court – terme et le
long – terme qui n’est pas toujours prise en compte dans l’analyse de la relation entre les
PS et les PF. 14

Une fois la question du signe de la relation entre les performances sociales et les
performances financières posée, il est important de s’interroger sur le sens de sa
causalité. Deux principales théories s’opposent à ce sujet. La première est la théorie des
ressources supplémentaires

«

slack resources theory» et l’autre celle de des bonnes
pratiques de gestion

«

good management theory» comme les appellent Waddock et
Graves (1997). Selon la

«

slack resources theory », la corrélation positive entre les PF et
les PS se traduit comme suit: ce sont les bonnes performances financières qui ont un
impact positif sur les performances sociales de l’entreprise. Lorsqu’elle a de bonnes
performances financières, l’entreprise peut décider d’investir les ressources
supplémentaires qu’elle a générées dans sa responsabilité sociale ce qui permet
d’améliorer ses performances sociales.

« [..]

Prior corporate financial performance (CFP) is directly associated with
subsequent corporate social performance (CSP). Prior high levels of CFP may
provide the slack resources necessary to engage in corporate social responsibility
and responsiveness (Ullmann 1985; Waddock and Graves 1997). Because CSP
often represents an area of relatively high managerial discretion, the initiation or
cancellation of voluntary social and environ mental policies may, to a large
extent, depend on the availability of excess funds (McGuire et al. 1988).»15

Par contre, dans la théorie des bonnes pratiques de gestion, c’est plutôt une bonne
responsabilité sociale qui engendre de meilleures performances financières. Cette
perspective provient de la

«

instrumental stakeholder theory» de Jones (1995). En effet,

,. Voir en annexe un tableau récapitulatif des résultats empiriques trouvés.

(32)

une entreprise socialement responsable aura des relations privilégiées avec ses parties
prenantes et améliora ainsi ses PF. Cette dernière peut accéder facilement à une main
d’œuvre qualifiée et réduire par conséquent ses coûts d’exploitation d’où une
amélioration de sa rentabilité (signes de meilleures PF). Pour faire référence à McGuire
et al. (1988), on peut citer une panoplie d’avantages que procurent de bonnes actions
sociales: la hausse de la productivité des employés, une bonne réputation auprès des
clients, un accès facile aux bailleurs de fonds.

Comme nous venons de le voir, la relation PF-PS ne fait pas encore l’objet d’un
consensus. Elle peut être soit positive, négative ou neutre. Dans les deux derniers cas
cela peut se traduire par un éventuel arbitrage auquel doit faire face les entreprises. Les
IMF peuvent être évidemment confrontées à ce problème. Avant de vérifier de
J’existence de cet arbitrage (trade-afJ), nous allons nous attarder sur un débat, propre au

(33)

CHAPITRE III

LE «SCHISME DE LA MICROFINANCE»

Le débat ouvert sur la manière dont la microfmance contribue à éradiquer la
pauvreté dans les pays en développement va donner lieu à une opposition contrastée
entre deux courants de pensée que Jonathan Morduch va qualifier de « microfinance
schism

»

16. Chaque position diffère sur la manière de fournir les services de microfinance

(ONG versus banques commerciales), sur la technologie à être utilisée (approche de
service financier ou minimaliste versus approche de service intégrée), et pour finir sur les

méthodes d’évaluation des performances. L’objet de ce chapitre est d’exposer ce débat
en présentant chacune des différentes théories.

D’un coté, on a ainsi les

«

Welfaristes » composés essentiellement d’institutions
solidaires comme des ONG ou des coopératives et qui considèrent la MF comme étant
un moyen clé pour réduire la pauvreté des plus pauvres. On retrouve ici des IMF
comme la célèbre Grameen Bank dont le succès a été souligné par l’octroi du Prix Nobel
de la Paix 2006, conjointement avec son créateur Mohammad Yunus. On peut citer

également les programmes de bancarisation des villages élaborés par FlNCA
(Foundation of International Community Assistance) en Amérique latine, et plus
récemment en Afrique et en Asie.

De l’autre côté, on retrouve les «Institutionnalistes », principalement des
institutions commerciales qui considèrent la microfinance comme un produit financier
visant à renforcer le rôle du secteur financier des PED. Comme exemple, on peut citer la
Bancosol en Bolivie (ancienne ONG qui s’est revêtue d’un caractère à but lucratif) amSI
que la Banque Rakyat d’Indonésie (la BRl).

(34)

3.1 L’approche du «bien-être» (wel{arist approach)

On l’appel1e aussi Approche de

«

crédit dirigé» (Directed Credit Approach). Les
partisans de ce courant de pensée perçoivent la MF comme faisant partie d’un
programme intégré de lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité et d’amélioration du
bien être des populations pauvres. En plus de fournir des services financiers, cette
approche favorisait l’octroi de services non financiers comme la formation et l’assistance
technique aux micro- entrepreneurs, l’alphabétisation etc. C’est cette vision qui prévalait
dans les années 80.

Basée sur une logique de dons (les taux d’intérêt étaient même inférieurs à ceux
du marché) et de dépendance des bénéficiaires, cette approche a engendré des taux
d’arriérés ainsi que des coûts de fonctionnement très importants conduisant à la
disparition progressive de nombreux programmes de micro-crédit. Paral1èlement à ces
problèmes de mauvaises performances financières, un renouveau de pensée économique
et financière apparaît, caractérisé par une volonté de libéralisation des marchés
financiers. Face à cette double évolution, la

«

Welfarist approach» a fait l’objet de
nombreuses critiques à partir des années 70 et surtout dans les années 1980 pour devenir
peu à peu minoritaire.

Les tenants de l’approche de bien-être utilisent des

«

welfare studies » (également
dénommées

«

household studies ») pour évaluer l’efficacité des programmes de micro­
crédit. Le but recherché est de mesurer l’impact du micro-crédit sur les conditions de vie
des populations cibles. On veut évaluer la situation avant et après l’adhésion à l’IMF.
On s’intéresse alors à l’évolution du niveau de revenus, de nutrition et d’éducation des
pauvres ainsi qu’à l’accès des services de santé et d’assurance. Cependant les
Institutionnalistes reprochent à ce type d’études d’être trop subjectives et d’engendrer
des coûts trop élevés en plus des difficultés méthodologiques qu’ el1es peuvent
rencontrer.

(35)

25

3.2 L’approche« institutionnaliste » (institutionalist approach)

Cette approche qu’on qualifie également d’ « approche de marché financier»
fait son apparition en réponse aux critiques émises sur la précédente. Elle inscrit les
programmes de micro-crédit à l’intérieur d’une logique de marché. Conscients de la
capacité limitée des donateurs à répondre à la demande massive de micro-crédits, les
tenants de ce courant basent leurs initiatives sur deux caractéristiques essentielles: une
volonté de massification du crédit ainsi qu’une volonté de pérennisation des institutions.

Dans le but de développer des IMF pérennes et commerciales, ces programmes prônent
l’autosuffisance et la viabilité financière des institutions. Cela se traduit par des taux
d’intérêts parfois très élevés qu’on impose aux clients, justifiés par les coûts élevés de
transaction relatifs à tout micro-crédit.

L’objectif recherché n’est pas focalisé sur l’amélioration du bien être en général
des pauvres, mais plutôt sur l’amélioration de l’accès aux services financiers de la
catégorie des pauvres spécifique que constituent les exclus du secteur bancaire
tradi tionnel.

À

l’intérieur de ce nouveau courant, on distingue deux grandes tendances:

D’un coté, on a le processus d’upgrading des programmes de micro-crédit: un

processus de réglementation des organisations spécialisées dans le micro-crédit apparaît
dans certains pays comme le Pérou, la Bolivie. Des ONG abandonnent progressivement
leur statut d’ «Organisation Sans But Lucratif» au profit de celui de

«

Société
Anonymes» (S.A). Elles deviennent ainsi de véritables institutions financières
réglementées. D’un autre, on a le processus de downgrading des programmes de micro­

crédit: des banques commerciales traditionnelles à la recherche de nouveaux clients
octroient directement du crédit aux micro-entrepreneurs ou prennent des participations
dans les IMF.

(36)

En ce qui concerne l’évaluation des programmes de micro-crédit les
institutionnalistes trouvent qu’il est préférable de recourir à des proxys17. Par

conséquent, ils procèdent plutôt à des « institutional studies ». Comme selon eux, bonne
santé financière et intérêt pOlté aux pauvres (ainsi qu’un impact positif sur ces derniers)
vont de pair, ils vont s’intéresser essentiellement à des variables de marché à savoir le
nombre de pauvres touchés, le degré d’autosuffisance financière, la rentabilité, la qualité
des services offerts, etc. L’accent est ainsi mis sur l’institution elle-même au détriment
de sa clientèle. Les Welfaristes à leur tour émettent des critiques sur la non- prise en
compte de l’effet du micro-crédit sur les pauvres.

De nos jours, ce modèle préconisé par les Institutionnalistes semble s’imposer
mais ne fait pas encore l’unanimité. Il est soutenu par des organisations internationales
telles que la Banque Mondiale, les Nations Unies, le CGAP (Consultative Group to
Assist the Poorest), pour ne citer que ceux-là.

Comme nous pouvons le constater, le débat entre Welfaristes et
Instittutionnalistes est loin d’être clos malgré leur objectif commun qui est de réduire la
pauvreté «en incluant les exclus» (Bhatt, 1997). On aurait dit deux nations divisées
par une langue commune (Woller, Gary et Dunford ,1999). Si les Welfaristes, soucieux
de servir les populations les plus démunies mettent l’accent sur la profondeur de la
portée (depth of outreach), les institutiormalistes, à la recherche de la viabilité financière
vont préférer plutôt s’attarder sur la grandeur de la portée (breath ofoutreach).

Dès lors on se demande si cette vision dichotomique de la microfinance a sa
raison d’être. Est-ce que les « best practices » préconisées par le camp institutionnaliste
sont les seules et uniques méthodes de gestion de ces systèmes financiers décentralisés.
Selon M. Otero et E. Rhyne, praticiermes de la MF, ces deux approches constituent les
deux extrémités d’un spectre à l’intérieur duquel différentes modalités de programmes
de micro-crédit s’inscrivent (Otero & Rhyne 1994). Par conséquent, Il n’y aurait pas un
modèle unique de microfinance qui est susceptible de résoudre les différents problèmes

(37)

27

de développement des populations pauvres à travers le monde, pour reprendre les mots
de N. Bhatt. Bhatt poursuit d’ailleurs en soulignant qu’il existe bel et bien une place
pour les différentes sortes de programmes de micro-crédit [… ]. Ce point de vue est
également partagé par Woller, Dunford et Warner (Woller, Dunford et Warner, 1999).

Une chose est certaine, le défi actuel des IMF (qu’elles soient à tendance
commerciale ou sociale) consiste à trouver un juste équilibre entre rentabilité financière
satisfaisante et le maintien de la mission sociale de l’organisation qui constitue leur
raison d’être. C’est de ce sujet dont il sera question dans la prochaine section.

(38)

Nous allons clore notre revue de littérature avec ce chapitre qui dévoile les
éléments stratégiques que doivent adopter une IMF pour atteindre ses objectifs aussi
bien financiers que sociaux.

Comme nous l’avons déjà mentionné, une IMF se caractérise par la dualité de ses
objectifs: sociaux, dans la mesure où elle veut contribuer au développement, à la lutte
contre la pauvreté et financiers car elle veut atteindre une certaine rentabilité afin de
pouvoir continuer ses activités. On peut définir la stratégie d’une IMF, comme un
équilibre à trouver entre ces objectifs, lequel équilibre peut différer d’une institution à
une autre. On peut ainsi caractériser deux pôles de la manière suivante: à une extrémité,
on trouve les IMF qui mettent l’accent sur la mission sociale, en faisant abstraction des
« concessions» que peuvent entraîner la recherche de l’équilibre financier. À l’autre
extrémité, on a plutôt des IMF dont la logique est la suivante: il n’y a de sens à fournir
des services financiers que si l’on peut le faire de manière durable, sans quoi on ne
saurait gagner la confiance des clients, Boyer et Hajdenberg (2006). En raison de cela,
elles s’apparentent plus à des banques commerciales qu’à des programmes sociaux.

Si jusque là, on a mentionné essentiellement deux objectifs auxquels sont
confrontées les IMF, il existe néanmoins un troisième qui est l’impact que peuvent avoir
ces banques des pauvres, Zeller et Meyer (2006).Selon ces derniers, la meilleure
stratégie que puisse avoir une institution de microfinance est de concilier ses trois grands

(39)

29

objectifs stratégiques à savoir la portée (atteindre un nombre important de clients), la
viabilité financière (construire une organisation viable pour être apte à continuer dans la
durée) et pour finir l’impact (apporter à chaque client un service correspondant à ses
besoins et lui donnant satisfaction, tout en maintenant un ciblage spécifique). Ils
illustrent ce fait par un « triangle de la microfinance ».18 Le concept derrière ce triangle
est que l’institution de microfinance doit essayer d’atteindre simultanément ses trois
objectifs qui peuvent faire l’objet de complémentarités comme de tensions.

4.1 Complémentarité et renforcement mutuels entre les trois objectifs.

Il peut exister une synergie entre ces trois objectifs propres à la microfinance. Par
exemple, si l’impact sur les clients est bon, de plus en plus de personnes seront
désireuses de devenir clientes d’où une augmentation de la portée. Un impact satisfaisant
sur les clients montre que leur demande de crédit à été porteuse et génératrice de
revenus, par conséquent il y aura de fortes volontés et capacités de rembourser les micro­
crédits. Cette croissance permettra des économies d’échelle, renforçant la viabilité
financière. La bonne santé financière séduit les bailleurs de fonds et permet d’acquérir
davantage de financement, ce qui renforcera encore plus la croissance. Plus l’IMF
montrera de bons signes de pérennité, plus les clients voudront y adhérer (surtout les
épargnants). De bons résultats financiers permettre d’avoir suffisamment de fonds pour
lancer par exemple de nouveaux produits, et donc renforcer l’impact.

Si on part plutôt d’une bonne viabilité financière, les potentiels clients peuvent
percevoir ces résultats satisfaisants comme un indicateur de pérennité de l’IMF. Par
conséquent, ils seront influencés à prolonger leur utilisation des services de l’institution.
Une meilleure viabilité peut avoir ainsi un impact positif sur la portée. Cet impact est
d’autant plus amplifié dans la mesure où les potentiels clients, rassurés et confiants
peuvent épargner davantage en toute sécurité. D’un autre coté, en recherchant la
viabilité financière, les IMF se voient forcer de prêter attention aux exigences de leurs
clients, par ricochet, elles chercheront donc à améliorer leurs produits, leurs opérations et

18 The triangle ofmicrofinance:finatlcial stlstaitlability, otltreach atld impact, ZeUer M. and R. Meyer. John Hopk.ins University Press,
Baltimore and London (2002). Voir l’annexe B pour de plus amples détails.

(40)

leur portée. De meilleurs produits financiers vont générer à leur tour de meilleurs
bénéfices économiques pour les clients et par conséquent un meilleur impact.

4.2 Tension entre les objectifs, risques majeurs

Bien que les dits objectifs stratégiques puissent être complémentaires, dans
certains cas ils entrent en contradiction et peuvent être source de conflits et de risques.
C’est à ce moment qu’apparaissent des arbitrages (trade -off) auxquels sont confrontées
les institutions.

Il se pourrait que la priorité donnée à la portée et donc à la croissance quantitative
puisse se faire au détriment de la qualité des services rendus et donc affecter l’impact. Si
les efforts sont mis également sur la croissance et qu’ils ne s’accompagnent pas d’une
bonne structuration de l’institution (formation du personnel, formalisation des
procédures), cela peut créer un effet inverse: une crise de croissance qui s’accompagne
d’une perte de contrôle de l’organisation et une dégradation des taux de remboursements.
Enfin, si la priorité est donnée à l’atteinte de la viabilité financière, la tentation risque
d’être forte de privilégier les prêts des montants de plus en plus élevés à des clients de
moins en moins pauvres. Il y a là un risque de dérive par rapport à la mission originale
de l’IMF et de plus un risque d’échec de stratégie qui pourrait ne pas correspondre au
savoir- faire de l’IMF. Ce point illustre parfaitement le type d’arbitrage qu’on retrouve
au cœur des débats du secteur de la microfinance et que nous essayerons d’élucider dans
ce papier de recherche.

Il peut exister aussi un compromis à faire entre l’impact et la portée. En fait les
IMF peuvent choisir de mettre l’accent sur le nombre des personnes qu’elles veulent
toucher plutôt que le type de personnes. Ces dernières vont alors cibler un plus grand
nombre de bénéficiaires, mais à condition qu’ils ne soient pas très démunis. Ainsi, ces
banques des pauvres adapteront leurs services à une clientèle faisant partie de la
catégorie des moins pauvres voire dans certains cas une clientèle constituée de
propriétaires de petites et moyennes entreprises. Par conséquent, elles délaissent une fois
de plus les plus nécessiteux. Ce choix pourrait s’expliquer par le fait qu’il existe encore

(41)

31

des doutes sur le pouvoir de la microfinance de sortir les plus pauvres des pauvres de
leur extrême précarité.

Nous venons ainsi d’achever la revue de littérature inhérente à notre sujet. Les
chapitres qui vont suivre vont faire l’objet de notre analyse de la relation qui lie les
performances financières au degré de portée sociale. Cela nous donnera les éléments
pour répondre à la problématique posée dans ce mémoire.

(42)

CADRE DE LA RECHERCHE

La question de savoir si les institutions de microfinance peuvent atteindre la
« double bottom line » (double objectif de résultat, financier et social) donne lieu à un
débat polarisé qui ne cesse de se cristalliser au fil des années. En effet, un « degré de
portée sociale» élevé qui fait référence à une clientèle très pauvre (à priori peu rentable)
tendrait à mettre un frein à de bonnes performances financières et à la pérennité des IMF.
Ces dernières peuvent donc être confrontées à un arbitrage (trade-off) entre les
performances financières et le degré de portée sociale qui peut engendrer une dérive de
mission.

Dans ce chapitre, nous débutons notre analyse de la relation qui lie les
performances financières et le degré de portée sociale des institutions de microfinance
afin de vérifier l’existence de ce fait. Nous présentons ainsi notre contexte
méthodologique qui est celui de la zone UEMOA (Union Économique et Monétaire
Ouest Africaine).

5.1 Cadre d’analyse

Le cadre d’analyse que nous avons choisi pour effectuer notre étude est celui de
l’Afrique de l’Ouest, plus précisément la zone UEMOA I9 (Union Économique et
Monétaire Ouest Africaine) qui se compose de huit états membres à savoir le Bénin, le
Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.
Ces huit pays ont une monnaie commune, le franc CFA2D d’où le nom «Zone Franc»
pour désigner cette partie de l’Afrique.

Nous avons choisi ce cadre d’analyse car il se compose de PED. Comme nous
l’avons mentionné en introduction la microfinance est un secteur porteur d’espoir dans

19 L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) est une organisation sous-régionale (créée en janvier
1994) qui a comme mission la réalisation de l’intégration économique des États membres, à travers le renforcement de
la compétitivité des activités économiques dans le cadre d’un marché ouvert et concurrentiel et d’un environnement
juridique rationalisé et harmonisé.

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Date de publication : 2021-05-30 20:44:36