les défis qui attendent la Régionale S.A

Charles Rollin Ombang Ekath peut être fier de lui. Le fondateur et Directeur général de La Régionale d’Epargne et de crédit va franchir un nouveau palier dans l’écosystème financier camerounais. Il s’agit du passage du statut de microfinance à celui de Banque pour cette structure qui a démarré ses activités en 1993 en tant que coopérative. Le préalable pour cette opération est de disposer d’un capital social minimum de 10 milliards ; ce qui n’est pas encore le cas pour cet EMF de 2eme  catégorie. Afin de franchir ce palier, La Régionale a opté pour une offre publique de vente d’actions à la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique Centrale(Bvmac) basée à Douala.

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Elle espère mobiliser un montant de 8,2 milliards de F CFA pour renforcer ses fonds propres, portant ainsi son capital de 8,04 milliards à plus de 16 milliards de FCFA. La Commission de surveillance du marché financier d’Afrique centrale (Cosumaf), a donné son feu vert le 8 décembre 2020 pour cette opération dont la souscription va du 9 au 21 février prochain. Dans les détails, 196 000 actions nouvelles à raison de 42 000 FCFA l’unité seront proposées au public. Le minimum de souscription étant de 5 actions, apprend-on de source officielle. L’opération sera arrangée par la société de bourse Financia Capital, que dirige le camerounais Serge Eric Nana.

Défis structurels

Selon les spécialistes, l’opération de la microfinance camerounaise devrait plutôt se dérouler sans anicroche au vu de ses performances. L’établissement affiche une croissance soutenue et une solidité financière depuis au moins 10 ans. Avec 110 000 clients actifs, son total bilan s’élevait à 25 milliards de F CFA en 2019, pour un produit net bancaire de plus de 4 milliards et un bénéfice de 1,8 milliards de F CFA. En 2020 et malgré la crise sanitaire du coronavirus, la microfinance a dégagé des fonds propres nets d’environ 10 milliards et un résultat net positif de 1,5 milliards de FCFA. Si elle réussit son passage en banque, La Régionale devra ajuster son organisation interne pour l’arrimer aux exigences de la Cobac. Il lui faudra par exemple disposer du Conseil d’administration de qualité ainsi que de tous les comités opérationnels que sont le comité d’audit, de risque et de rémunération entre autres.

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S’agissant de l’organisation de l’entité opérationnelle (la Direction générale) elle devra mettre en place toutes les procédures requises pour tous les métiers (contrôle interne, audit interne, contrôle de risque, conformité…). Par ailleurs, la future banque devra se doter d’un outil informatique lui permettant de générer dans les délais ses états réglementaires qui doivent être disponibles tous les mois, et non plus trimestriellement comme pour les microfinances. « L’avantage de la Régionale, c’est qu’elle dispose déjà d’une machine administrative bien en place. Il lui faudra juste améliorer compte tenu du niveau d’exigence requis dans le secteur bancaire. Pour y arriver, il lui faudra recruter des ressources humaines de qualité et former ceux qui ne sont pas à niveau » commente un spécialiste.

Stratégie

En passant à la catégorie supérieure, La Régionale doit se préparer à une compétition des plus rudes. 16 banques sont déjà implantées dans le pays et figurent parmi les plus performantes dans la zone Cemac. A titre d’illustration, elles ont, au second semestre 2019, octroyé 58 % de l’enveloppe global des nouveaux prêts dans la zone Cemac. Pour s’affirmer dans le financement de l’économie camerounaise, la structure que dirige Charles Rollin Ombang Ekath a le champ libre sur les crédits à moyen, voire à long terme qui offrent plus de marge de manœuvre aux entreprises dans le développement de leurs activités. Au 2e semestre 2019, la répartition des nouveaux crédits en fonction de leur maturité révélait une prédominance des prêts à court terme, qui représentent 86,02 % du total des concours bancaires au Cameroun.

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En revanche, les prêts à maturité moyenne et longue, essentiellement dédiés au financement des investissements, ne constituaient que 13,17 et 0,33 %. La banque peut également se déployer sur l’activité de crédit-bail. Il s’agit d’une opération de crédit destinée au financement de l’acquisition ou de l’utilisation des biens meubles ou immeubles à usage professionnel. Au Cameroun, ce mode de financement, pourtant adapté pour les PME reste très peu vulgarisé. Il représente moins de 1 % des volumes de crédits octroyés en une année. Détenue par Charles Rollin Ombang Ekath (64 %), le fonds suédois Nordic Microcap Investment (14 %) et d’autres actionnaires (22,07 %), La Régionale est présente au Cameroun à travers un réseau de 42 agences, et au Gabon où elle en a implanté quatre. Elle deviendra ainsi la deuxième microfinance locale à se transformer en banque, après le Crédit communautaire d’Afrique (CCA Bank) en 2017.

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Date de publication : 2021-02-08 17:15:00