Le rôle de la microfinance dans l’autonomisation et la participation active des femmes au développement local du Rwanda

(1)

UNIVERSITÉ DU QUÉBEC

À

RIMOUSKI

LE RÔLE DE LA MICRO FINANCE DANS L’AUTONOMISATION

ET LA PARTICIPATION ACTIVE DES FEMMES AU

DÉVELOPPEMENT LOCAL AU RWANDA

Mémoire présenté
comme exigence partielle

de la maÎtrise en développement régional

Par Marie-Grâce Ikirezi Ngabonzima

(2)

UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À RIMOUSKI
Service de la bibliothèque

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conserve la liberté de diffuser et de commercialiser ou non ce travail dont il possède un
exemplaire.

(3)

Dédicaces

A toi ma chère maman;
A toi Athanase, mon bien aimé mari ;

A toute ma précieuse famille;
A vous mes fidèles amis,

(4)

Avant propos

La problématique abordée dans ce mémoire m’a accompagnée tout au long de mes
expériences de travail sur le terrain ~u Rwanda. A.cette époque située autour des années
2000, j’étais fascinée par quelques changements visibles apportés par certains
programmes de développement dans la vie des femmes. Le tout nouveau secteur de la
microfinance qui avait acquis une grande renommée faisait partie de ces programmes.
Ainsi, en tant qu’agent de développement, je m’interrogeais sur les liens entre la
microfinance, l’autonomie des femmes et le développement. Mais mes questions restaient
sans réponse.

Cette· étude a tenté de répondre à ces interrogations en utilisant la méthodologie
qualitative avec comme outils l’observation directe et les entrevues en profondeur auprès
de neuf femmes membres des institutions de microfinance, de trois employés de ces
institutions et de trois autorités locales des villages d’où proviennent les femmes
interrogées. Avec les résultats obtenus, nous espérons avoir contribué à l’éclaircissement
du rôle de la microfinance dans l’autonomisation et la participation active des femmes au
développement local au Rwanda.

Mais, sij’y suis parvenue, c’est grâce au soutien de certaines personnes à quije voudrais
expnmer ma profonde gratitude. De prime abord, j’aimerais vivement remercier ma
directrice de mémoire, Madame Danielle Lafontaine, qui, par ses compétences, sa
disponibilité et ses qualités humaines m’a prodigué des conseils et des encouragements
d’une importance inestimable dans l’accomplissement de ce travail.

A tous les professeurs du programme de maîtrise en développement régional qui m’ont
accompagnée tout au long de ma fornlation durant les deux dernières années, je dis
sincèrement merci. Merci également à l’Agence Canadienne de Développement
International qui, à travers le Programme Canadien des Bourses de la francophonie, m’a
assuré un soutien financier pour mes études et la réalisation de cette recherche. Je tiens
aussi à exprimer toute ma reconnaissance aux responsables des institutions de

(5)

microfinance pour leur accueil chaleureux ainsi qu’à toutes les personnes qUl ont
participé aux entrevues sans lesquelles ce travail n’aurait pas été possible.

Un profond merci et une infinie reconnaissance vont à mon mari Athanase Kagina pour
son affection, sa compréhension et son amour inconditionnel. J’espère que ce travail sera
à la hauteur de ses sacrifices pendant toute la durée de mes études. A ma mère, à mes
frères et sœurs, à toute ma grande famille de la Communauté de l’Emmanuel, pour leur
assistance aussi bien morale que matérielle; que chacun trouve dans ce travail la joie de
sa contribution.

Qu’il me soit, enfin, permis d’adresser ma gratitude à Isabelle Lavoie, Prosper Habimana
et Jonas Niyonzima pour m’avoir aidée dans le processus de mon intégration à mon
arrivée à l’Université du Québec à Rimouski et assistée par des conseils judicieux chaque
fois que j’en avais besoin, qu’ils soient assurés de ma reconnaissance. A tous mes amis et
à toutes les personnes, nommés ou non, qui m’ont épaulée d’une façon ou d’une autre
tout au long de ce travail, j’adresse mes sincères remerciements. Puisse le Seigneur les
bénir tous.

(6)

Table des matières

Dédicace … -… .i

Avant Propos … ~ … .ii

Tables des Inatières … .iv
Liste des tableaux … vi

Liste des figures … vii

Liste des sigles … viii

INTRODUCTION … 1

.

CHAPITRE 1 : PROBLÉMATIQUE ET MÉTHODOLOGIE. … 3

1.1 Cadre général. … 3

1.1.1 Position du problème … 3

1.1.2 Les intentions de recherche … 13

1.2 Cadre conceptuel. … 14

1.2.1 La participation active des femmes au développement locaL … 15

1.2.2 Le concept d’autonomie … 26

1.2.3 La microfinance … 31

1. 3 Les questions et hypothèses de recherche … .47

1.3.1 La question principale … .48

1.3.2 Les questions spécifiques … .48

1.3.3 Les hypothèses de recherche … .48

1.4 La méthodologie de recherche … .49

l.4.1 La population et l’échantillon d’étude … .49

1.4.2 Le terrain de recherche … 51

1.4.3 La procédure de collecte des données … 53

1.4.4 Le schéma d’entrevue … 55 _
. 1.4.5 Les questions éthiques … 57

1.4.6 La procédure d’analyse des données … 58

CHAPITRE 2: RÉSULTATS DE RECHERCHE. … 60

(7)

2.1.1 L’organisation administrative du Rwanda … 60

2.1.2 Les aspects socio-économiques … 63

2.1.3 Les politiques de développement au Rwanda … 66

2.2 La présentation des Institutions de Microfinance (IMF) … 75

2.2.1 Coopérative d’Épargn,e et Crédit Duterimbere Kigali (COOPEDU) … 75

2.2.2 Vision finance Company S.A. (VFC) … 78

2.2.3 Réseau lnterdiocésain de Microfinance S.A. (RIM S.A.) … 80

2.3 Analyse et présentation des résultats de l’entretien … 83

2.3.1 Analyse descriptive: Le portrait des participants à l’enquête … 83

2.3.2 Analyse thématique … 97

2.4 Synthèse globale et discussion des résultats … 157

CONCLUSION GÉNÉRALE. … 164

BIBLIOGRAPHIE … 169

ANNEXES … 176

(8)

Liste des tableaux

Page

Tableau n01 : Outil de mesure de l’impact socioéconomique … 40

Tableau n02 : Tableau des indicateurs … 46

Tableau n03 : Calendrier de la collecte des données … 55

Tableau n04 : Tableau des principaux thèmes et sous-thèmes … 56

Tableau nOS: La part de l’homme et de la femme dans la gestion
du patrimoine familial. … -… 64

Tableau n06 : La vision 2020 pour le développement au Rwanda et les OMD … 67

Tableau n07 : COOPEDU : Catégories de crédits … 76

Tableau n08: COOPEDU : La situation des dépôts et des crédits à la fin 2007 … 78

Tableau n09 : VFC S.A. : Les types de crédits … 79

Tableau nOlO : RIM S.A. : Les types de crédits … 81

Tableau n011 : Les caractéristiques des femmes participantes à l’enquête … 91

Tableau n012 : Les caractéristiques du personnel des IMF … 94

Tableau n013 : Les caractéristiques des autorité$ locales … 96

Tableau n014 : Les raisons d’adhésion des femmes aux IMF … 99

Tableau n015 : Procédures de demande de crédits …•… 112

(9)

Liste des figures

Page
,Figure nOI : Les objectifs stratégiques d’une IMF … 39

Figure n02 : Schéma opératoire… 49
Figure n03 : La structure administrative au Rwanda… 62

(10)

Liste des sigles

ACDI: Agence Canadienne de Développement International
ASSOFI : Association de’solidarité financière

BIT: Bureau International du travail
BNR: Banque Nationale du Rwanda

CAPMER: Centre d’Appui aux Moyennes et Petites Entreprises au Rwanda
CGAP: Consulative Group to Assist the Poorest

COOPEDU : Coopérative d’épargne et de crédit Duterimbere
FENU: Fonds d’Équipement des Nations Unies

GED : Genre et Développement
G W A : Gender and Water

IF AD: International Fund for Agricultural Development
IFD : Intégration des Femmes au Développement
IMF: Institution de Microfinance

IWACU : Centre de Formation et de Recherche Coopératives au Rwanda
MIGEPROF: Ministère du Genre de la Promotion de la Famille

MINALOC : Ministère de l’Administration Locale

MINECOFIN: Ministère des Finances et de la Planification Économique
ONAPO : Office Nationale de la Population

ONG: Organisation Non-Gouvernementale
ONU: Organisation des Nations Unies
RDC : République Démocratique du Congo
RIM : Réseau Interdiocésain de Microfinance

(11)

S.A. Société anonyme

UNESCO: Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture
USAID: United States Agency for International Development

VFC : Vision Finance Company

(12)

Introduction

Comme tant de pays en voie de développement, le Rwanda fait face aujourd’hui à un
sérieux défi: celui de revoir son système économique par la mise en place de politiques
et programmès de développement visant la réduction de la pauvreté qui frappe la majeure
partie de la population. Dans cette optique, aucune piste n’a été négligée. C’est ainsi que
le nouveau système financier de la micro finance considéré, sur le plan mondial, comme
un véritable moteur de développement, occupe une place prépondérante dans le
développement national.

En effet, avec son objectif de fournir des services financiers aux pauvres (hommes et
femmes), la micro finance apparaît comme une stratégie essentielle dans l’atteinte des
objectifs de la vision 2020 pour le développement au Rwanda. Le mérite de la
microfinance dans ce contexte est d’intégrer dans le processus de développement la
population vulnérable composée majoritairement par les femmes en leur donnant un
pouvoir d’action.

En même temps, rejoignant la perspective du «genre et développement» dont il sera
question plus loin dans ce travail, nous observons une prise de conscience nationale de la
nécessité de considérer les femmes comme des agentes économiques dans un double
objectif. D’une part, il yale souci de mettre en valeur toutes les ressources humaines
disponibles pour maximiser les résultats. D’autre part, cela se situe dans le cadre d’une
tentative de promouvoir le droit des femmes d’accéder à tous les secteurs de la vie
nationale.

Ce regain d’intérêt porté aux femmes au Rwanda est ainsi lié à la mise en place de la
politique nationale du genre qui suggère que le genre doit apparaître dans les objectifs
prioritaires de tous les programmes de développement. Beaucoup de programmes, dont
celui de la micro finance, font un réel effort pour répondre à cette exigence en ciblant
principalement les femmes.

(13)

C’est dans ce cadre, que compte tenu des statistiques impressionnantes Issues de
plusieurs coins du monde qui attestent le succès de la microfinance en ce qui concerne le
renforcement du pouvoir d’action des femmes et le soutien au développement des
régions, cette étude pose la ‘question du rôle de la microfinance dans l’autonomisation’et
la participation active des femmes au développement local au Rwanda. Celle-ci est
divisée en deux chapitres.

Le premIer chapitre concerne la problématique et la méthodologie de la présente
recherche. Il présente le cadre général et le cadre conceptuel de l’étude, les intentions de
recherche et les différents aspects de la démarche méthodologique. Le deuxième chapitre
porte sur les résultats de l’étude. Il donne d’abord les pn§cisions sur le lieu de recherche,
en l’occurrence le Rwanda, pour se consacrer ensuite à l’analyse et la présentation des
résultats de la recherche. Enfin, il présente une synthèse globale des données de la
recherche incluant la discussion des résultats. Nous terminerons avec une conclusion
générale qui retracera en peu de mots les aspects essentiels et les résultats de l’étude.

(14)

Chapitre 1 : Problématique et méthodologie

Dans ce chapitre, nous allons présenter, dans un premier temps, la principale question de
cette étude en la plaçant dans le contexte dans lequel elle a émergé et en définissant les
principaux concepts de l’étude. Dans un deuxième temps, nous aborderons les aspects
méthodologiques de l’étude.

1.1 Cadre général

Le cadre général de la recherche comporte deux parties. La première porte sur la position
du problème et décrit l’état de la situation et de la recherche ainsi que la pertinence
sociale et scientifique de l’étude. La deuxième partie quant à elle, présente les intentions
de la recherche.

1.1.1 Position du problème

Cette partie va présenter le problème central de ce mémoire. Il sera question d’analyser la
situation où il se situe et l’état de la recherche par rapport à ce problème afin de montrer
l’apport de l’étude dans sa résolution et de justifier ainsi sa pertinence sociale et
scientifique.

1.1.1.1 État de la situation

Depuis la déclaration universelle des droits de l’homme, adoptés par 48 États membres
des Nations Unies, le 10 décembre 1948 avec pour fondement les principes d’«égalité» et
de «la non-discrimination», la conscience de l’égale dignité entre les hommes et les
femmes s’est accrue. Le respect de la dignité de la personne humaine, la protection. des
droits humains et la lutte contre les inégalités sont au centre des préoccupations de la
communauté internationale. Cela n’empêche pas cependant que les inégalités subsistent
dans toutes les communautés humaines. Parmi les inégalités les plus frappantes, il ya les
inégalités entre les genres qui se retrouvent partout dans le monde, comme l’affirme
Kabeer (2005 : 9-10) :

Les inégalités des genres existent dans toutes les sociétés mais aussi à tous
les niveaux de ces sociétés ( … ) L’inégalité des genres est instaurée et

(15)

confirmée par les lois et les règlements officiels de la société, mais aussi par
ses normes non écrites et par les clichés et les consensus, même implicites
qui la parcourent. Si elle est extrêmement présente entre les sociétés, elle
constitue aussi la forme la plus répandue de désavantage social à l’intérieur
de chaque société.

Les inégalités des gemes affectent spécialement les femmes. En effet, ces dernières sont
les plus défavorisées dans plusieurs sociétés et dans divers domaines de la vie. C’est ce
que souligne Massard (1992), en montrant que les discriminations contre les femmes se
manifestent par les problèmes d’accès à la scolarisation, aux biens fonciers et à l’emploi,
par l’exclusion du domaine public et des ressources économiques et par la tendance à
constituer deux mondes distincts: celui des femmes qui est relatif aux travaux
domestiques et à la reproduction et celui des hommes lié à la production économique et
aux relations sociales. En vue de mettre l’accent sur l’accès limité à l’emploi rémunéré
pour les femmes et les problèmes de revenus qui en sont la conséquence directe, Halimi
(1995 : 23) insiste sur les écarts entre le travail réalisé par les femmes et leurs revenus
dans le monde:

Les femmes représentent 52% de la population du monde. Elles constituent
le tiers de la main-d’œuvre, tout en exécutant les deux tiers de travail, avec
le fameux cumul (à la fois à l’intérieur et à l’extérieur quand elles ont un
emploi). Pour cela elles touchent seulement un dixième du revenu mondial
et quant au patrimoine immobilier, elles n’en possèdent qu’un centième. .

Remarquons que dans les pays en voie de développement, le principal travail des femmes
est la production des produits vivriers dans les propriétés familiales. Selon Halimi (1995 :
30), «elles créent la moitié des produits alimentaires dans le monde ». Pourtant, les
femmes n’ont pas accès à la production agricole et aux autres ressources familiales étant
donné de nombreux facteurs socioculturels qui avantagent les hommes au détriment des
femmes. Les hommes quant à eux, profitent bien de cette situation car d’après Kabeer
(2005 : XXI), «ils exploitent leur accès privilégié aux ressources à l’intérieur du ménage
et dans le domaine public élargi pour défendre et privilégier leurs propres intérêts,
souvent aux dépend des femmes et des filles ».

(16)

Cette difficulté d’accès à l’emploi rémunéré et aux ressources économiques met les
femmes dans une situation de dépendance et de pauvreté qui se dégrade de plus en plus.
Bisilliat (2000 :81), donne certains chiffres qui indiquent la gravité de cette situation.
Pour elle, «un des indicateurs de ces dégradations est le chiffre toujours croissant des
femmes chefs de familles: 30% et parfois 45% ou 50%,. qui comptent parmi les plus
pauvres des pauvres».

Il importe de prendre note que ces chiffres confirment ce que dit Halimi (1995 : 29) à
propos des résultats d’une enquête menée une décennie avant, en 1988, dans 99 pays où
vivent 92% de la population féminine du monde qui ont montré que « les femmes les plus
pauvres sont de plus en plus pauvres, qu’elles sont sans ressources propres, qu’elles n’ont
aucun pouvoir ». Ce qui est donc déplorable est que, dans le monde entier, la situation
socio-économique des femmes ne s’améliore pas avec le temps. En effet, comme le
montre Kabeer (2005 : 19), le Rapport Mondial sur le Développement Humain présenté
en 1995, c’est-à-dire sept ans après l’enquête ci-haut citée, met en évidence le fait que «
les femmes représentent 70% des quelques 1,3 milliard de personnes vivant dans la
pauvreté ». Cela a pour conséquence une certaine «féminisation de la pauvreté» au niveau
mondial dont les causes seraient, pourtant, différentes dans le Nord et dans le Sud. Citant
le dit rapport, Kabeer (2005 : 19) présente certaines origines de la pauvreté féminine au
Nord et au Sud:

Dans le Sud, elle est la triste conséquence d’un accès inégalitaire à la vie
économique. Dans le Nord, elle est liée plutôt aux conditions inégalitaires
sur le marché du travail, aux systèmes de prestations sociales, au statut
qu’elles occupent et au pouvoir qu’elles exercent dans la famille.

Pour ce qui concerne spécialement le Sud, cette auteure souligne qu’une analyse de la
pauvreté réalisée au cours des années 1990 dans 22 pays de l’Afrique subsaharienne a
montré que les conséquences de la pauvreté frappent plus les familles dirigées par les
femmes dans certaines régions d’Afrique dont le Rwanda, le Bénin, le Kenya et la Sierra
Leone. (Kabeer, 2005) Mais, même dans les ménages dirigés par les hommes dans cette
partie du continent africain, les femmes ne sont pas dans de meilleures conditions de vie

(17)

faute d’avoir accès au revenu familial. Pour le cas du Rwanda, 32% des ménages sont
dirigés par les femmes et 62,1% des femmes rwandaises vivent dans la situation
d’extrême pauvreté d’après les données du MIGEPROF ‘(2005).

En fait, selon Ryckmans (1995 : 66), le fait que seuls les hommes ont le droit de gérer les
biens familiaux a des conséquences néfastes sur les autres membres de la famille. Elle le
dit en ces termes «la séparation des budgets largement répandue en Afrique
subsaharienne autorise le mari à disposer seul des revenus des cultures commercialisées
( … ) la santé et la nutrition des femmes et des enfants peuvent s’en trouver affectées

».

De
son côté, Kabeer (2005) affirme que la pauvreté rabaisse sensiblement la position sociale
des femmes, accroît les violences conjugales, le déséquilibre au niveau de la prise de
décision et de la répartition des tâches et entraîne l’assimilationdes femmes à des outils
servant à surmonter des obstacles et des crises . . /

Dans ces conditions, les charges et le temps de travail des femmes africaines augmentent
considérablement. Elles doivent tout faire pour mettre à profit chaque moment et mener
de front plusieurs activités. Ceci parce qu’elles ont beaucoup de charges à supporter. A ce
propos, Bisilliat (2000 :81) affirme que les femme~ ont «à la différence des hommes,
l’essentiel de la charge des enfants et depuis peu, celle des vieilles personnes

».

Or,
l’augmentation du temps de travail des femmes a des incidences négatives sur leur vie
sociale et leur santé en général et sur le bien être de leurs enfants. C’est ce que souligne
(Kabeer 2005 :45) en montrant que le travail domestique des femmes nuit à leur santé car
« il s’effectue soit au détriment de leur sommeil, de leurs loisirs et à long terme de leur
santé, soit au détriment de l’éducation et le loisir de leurs filles >~.

Ce qui aggrave cet état des choses est que l’augmentation des tâches et du temps de
travail n’entraine pas nécessairement l’amélioration des conditions de vie. Ceci parce que
comme nous l’avons ci-haut mentionné, pour la plupart des cas, les femmes s’occupent
des travaux domestiques non rémunérés et, quand elles ont des emplois rémunérés, leur
salaire n’égale pas celui des hommes pour le même travail. Pour Bisilliat (2000 :81), le

1 MIGEPROF: Ministère du (Jenre de la Promotion de la Famille

(18)

salaire des femmes représente la moitié de celui des hommes car «elles ont un salaire qui
équivaut, en moyenne à travers le monde, à 50% de celui des hommes».

Dans le but d’illustrer ce qu’avance cette auteure, nous pouvons, sans être très
exhaustive, citer certains cas des pays africains présentés par Kabeer (2005) à partir des
études faites en 1990. En Afrique du Sud dans la catégorie des travailleurs autonomes, le
revenu de·s femmes représentaient 44% de celui des hommes. A des conditions de travail
équivalentes, dans la catégorie des travailleurs marginaux (qui n’ont pas de capital), le
revenu féminin équivaut à 50% du revenu masculin au Burkina Faso, 30% au Cameroun,
38% en Coté d’Ivoire, 68% au Mali. D’après Kaba (2007 : 151), en Guinée, la situation
est encore plus grave car comme l’affirme cet auteur, «qu’elles déploient leurs activités
dans le secteur informel ou comme salariées, le travail des femmes est sous-évalué ou
tout simplement nié

»

.

Pour le cas du Rwanda, il n’y a pas d’inégalités salariales car
d’après la loi qui régit le travail, à des conditions de travail égales, le salaire est égal pour
les hommes et pour les femmes. Mais il ya des inégalités d’accès à l’emploi rémunéré car
selon le MIGEPROF, (2005), seules 32% des femmes accèdent à un emploi rémunéré.
Il faut noter que cette situation socio-économique des femmes en générale et des femmes
africaines en particulier constitue l’objet de nombreuses études. Dans le Sud, c’est avec
la crise économique qu’ont traversé les pays en voie de développement depuis les années
1970-1980 qu’une attention particulière fut accordée à la condition des femmes. A partir
de cette époque, beaucoup d’économistes mobilisés pour mettre en place des mesures
destinées à faire face à cette crise ont commencé à réfléchir sur le rôle que peuvent jouer
les femmes pour relever l’économie.

Ester Boserup dans son modèle d’équité économique proposé en 1970, fut la première à
soulever les questions de la participation des femmes au développement en soutenant que
ces dernières devraient être des agentes économiques et non des bénéficiaires passives du
développement. Certes, son point de vue n’a pas été immédiatement adopté par tous, mais
il a éveillé la conscience mondiale quant à la contribution des femmes au développement
économique. Par la suite, il y a eu beaucoup d’initiatives qui traduisent le souci de
prendre en considération la situation socio-économique des femmes ainsi que leur

(19)

contribution au développement. C’est le cas des projets de développement qUI ont
proliféré au cours des années soixante-dix dans les pays en voie de développement.
Malheureusement, comme le souligne Kabeer (2005: 16) ces proj ets n’auraient pas atteint
l’objectif qui leur avait été assigné de «donner aux femmes les moyens d’accroître leurs
revenus».

Dans les années 1980, les organismes internationaux d’aide au développement mettent de
l’avant les programmes dits «d’ajustement structurel» (PAS) définis par Tadesse (1990 :
62), comme étant «des programmes ayant pour seule idée d’adapter les économies
nationales aux nouvelles conditions internationales, par un rééquilibrage des balances des
paiements, un accroissement des exportations et un relèvement des taux de croissance».
Un point important à souligner par rapport aux PAS est qu’avec la mise en application de
leurs exigences comme celle de la réduction des dépenses de l’État et la compression des
services sociaux et des subventions, la situation des femmes dans les pays en voie de
développement aurait empirée. A ce propos, Tadesse (1990 :63) affirme que « les PAS
ont accéléré et amplifié les problèmes comme la dégradation des conditions de vie de la
femme, la mortalité maternelle et infantile, le chômage et les ravages de la pauvreté et
qu’ils en ont créées de nouveaux». On voit d’emblée que les femmes ont été doublement
affectées: dans leurs activités de production et de reproduction.

Concernant cette double conséquence des PAS sur la vie des femmes, Kabeer (2005 :16)
explique qu’en diminuant les services publics, les PAS ont accru la charge des femmes
dans le domaine reproductif ce qui alourdit, en conséquence, leurs tâches domestiques et
freine leur accès au domaine économique. Selon cette auteure, la condition des femmes
n’a pas positivement évoluée car « ces projets n’améliorèrent guère leur statut de
marginalisées dans le processus de développement ».

Heureusement, c’est au cours de cette même période que les premières tentatives de
conciliation entre l’égalité de genres et le développement étaient réalisées en réponse aux
discours sur les femmes dans le développement des années 1970. Bien qu’il nous faille
revenir sur ce point plus loin, il semble important de signaler, dès

à

présent, que ces
8

(20)

discours ont conduit à deux approches utilisées depuis plus de trente ans pour améliorer
les conditions de vie des femmes:’ l’Approche de l’Intégration des femmes dans le
Développement (IFD) datant des années soixante-dix et l’approche Genre et
Développement (GED) qui est apparue dix ans plus tard,

A partir de cette époque, la contribution des femmes au développement commence à être
,
considérée comme un des facteurs de la modernisation aussi bien sociale qu’économique.
Selon IF AD2 (2005), l’accroissement de la participation des femmes devient un des
aspects ciblés de leur intégration. Suivant cette perspective, le rapport entre les femmes et
le développement commençait à devenir une préoccupation au niveau mondial. Les
mouvements des femmes très actifs, à ce moment, dans les pays développés ont apporté
une grande contribution à la réflexion sur le rôle des femmes dans le développement.
Certaines actions soutenant la reconnaissance de la contribution des femmes au
développement ont suivi cette réflexion aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord.

En Afrique subsaharienne, au lendemain de leurs indépendances, beaucoup de pays
s’engagèrent aussi dans cette voie. Ils furent ainsi parmi de nombreux pays qui adoptèrent
le plan d’action pour l’intégration des femmes dans le développement élaboré au cours de
la conférence internationale des Nations Unies à Mexico en 1975. De la sorte, les pays
africains ont ouvert leurs portes aux initiatives de développement commanditées par
l’USAID3 dans le but d’exécuter ce plan d’action sur leurs territoires. Dans la plupart des
pays, beaucoup de résolutions en faveur des femmes ont suivi cet engagement. Ce fût
aussi le cas du Rwanda. En effet, ce dernier ratifia, en novembre 1981, la Convention des
Nations Unies de 1979 sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des
femmes. Par cette convention, le Rwanda prenait la ferme résolution de supprimer les
discriminations faites aux femmes comme le précise le Ministère du Genre et de la
Promotion de la Famille (2007 : 5), , en ces termes:

Le Rwanda s’engageait à prendre toutes les mesures appropriées, y compris
les dispositions législatives pour combattre tout acte ou pratique

(21)

discriminatoire à l’égard des femmes,
disposition réglementaire, coutume
discrimination à l’égard des femmes.

modifier et/ou abroger toute loi,
ou pratique favorables à la

Par la suite, le pays a soutenu les organisations de promotion des droits des femmes qui
ont vu le jour au lendemain de la troisième conférence des femmes qui s’est tenue à
Nairobi au Kenya en 1985. Durant cette même période, en 1992, le gouvernement
rwandais créa le ministère de la promotion de la femme et de la famille actuelle~ent
dénommé « Ministère du Genre et de la Promotion de la Famille». D’après Kanakuze
(2004), le mandat de ce ministère a été redéfini en 1999 dans une nouvelle vision
consistant à promouvoir l’égalité et l’équité entre les genres par l’intégration de la
dimension genre dans le processus de développement et le renforcement du pouvoir des
femmes dans tous les domaines.

‘Par ailleurs, sur la base du constat que malgré toutes les dispositions prises, les femmes et
les filles n’ont pas le même accès que les hommes et les garçons aux opportunités de
développement, le Gouvernement du Rwanda, à travers le Ministère du Genre et de la
Promotion de la Famille, a développé la politique nationale du genre. Selon le
MIGEPROF (2007: 5), cette politique se fonde sur le principe de l’équité entre les
genres, c’est-à-dire «le principe selon lequel les femmes et les hommes sont des citoyens
égaux qui doivent contribuer pleinement au processus de développement et en tirer les
mêmes avantages ». Ainsi, elle recommande que le genre soit une question transversale·
dans tous les secteurs de développement.

Étant donné que le Rwanda est classé parmi les pays qui comptent un nombre élevé de
femmes vivant dans l’extrême pauvreté (61,2 %) d’après le MINECOFIN4 (2002), l’une
des stratégie de la politique nationale du genre est de s’assurer que les femmes et les
hommes ont les mêmes chances d’accès et de contrôle des ressources, des biens et
services et cela à travers tous les programmes et projets de tous les secteurs de

4 MINECOFIN: Ministère des Finances et de la Planification Économique

(22)

développement. Par conséquent, . différents responsables des programmes de
développement au Rwanda font des efforts dans ce sens.

Dans cette optique, conformément à la politique nationale du genre et pour différentes
raisons certainement liées à ses visées, la microfinance en tant qu’un des nouveaux
secteurs de développement local au Rwanda, s’est vivement intéressée à l’intégration du
genre dans son programme d’action. Celle-ci a parmi ses objectifs celui d’augmenter les
capacités d’action des pauvres économiquement actifs constitués en majorité par les
femmes pour leur permettre de participer au processus de développement de leur milieu.
Sous cet angle, en ciblant principalement les femmes qUI constituent 52,8% de la
population rwandaise, la micro finance semble porter en elle la promesse d’une
autonomisation des femmes qui soutiendrait de façon significative le développement
local.

En fait, il apparaît de plus en plus à ceux qui se préoccupent de la situation des femmes
que par sa double vocation de catalyseur de développement et d’outil d’intégration des
femmes au développement, la micro finance devrait permettre aux femmes de devenir
économiquement autonomes et de participer activement au développement de leurs
milieux. Dans cette étude, il s’agit justement de déterminer le rôle de la micro finance
dans l’ autonomisation des femmes rwandaises et leur participation active au
développement local.

1.1.1.2 État de la recherche

A l’heure actuelle il est difficile voire impossible de trouver la réponse à la question qui
vient d’être soulevée pour ce qui concerne le rôle de la microfinance dans
l’autonomisation des femmes rwandaises et leur participation au développement parce
que les études qui ont été faites sur la micro finance au Rwanda n’ont pas encore abordé
cet aspect du problème.

Il est vrai, en effet, que si dans le cadre de la politique nationale du genre, la
représèntativité des femmes à tous les niveaux de l’administration nationale a été évaluée

(23)

pour montrer les progrès substantiels atteints en matière d’intégration des femmes dans la
gouvernance, leur contribution au développement n’a pas été analysée. De même, leur
participation au développement local au Rwanda à travers la microfinance en tant que
programme de développement ainsi que les impacts que la micro finance a pu avoir sur
leur autonomie ne sont pas connus. C’est pour cela que les questions du rôle de la
microfinance dans l’ autonomisation des femmes et leur participation au développement
local se trouvent au centre des préoccupations de notre étude.

1.1.1.3 La pertinence sociale

Comme nous l’avons souligné précédemment, en Afrique et ailleurs dans le monde, il ya
un triste constat que l’exclusion des femmes du domaine économique les met dans une
situation d’extrême pauvreté. Au Rwanda en particulier, les données du Recensement
Général de la Population et de l’Habitat selon le MINECOFIN (2002) montrent que la
majorité des femmes, soit, 62,1%, vit sous le seuil de la pauvreté. D’après, Bisilliat
(2001 : 2), l’accroissement de la pauvreté des femmes et de leur marginalisation est une
conséquence du fait que « les projets de développement restent encore difficiles d’accès
aux femmes ».

Ela Bhatt cité par Losier (1997: 17) affirme pour sa part que des microcrédits seraient
une solution adéquate à cette situation des femmes. Elle dit que «les microentreprises est
l’une des seules façons par lesquelles les femmes du Tiers-Monde peuvent obtenir de
l’empowerment afin de minimiser la domination, l’oppression et l’exploitation». Il est
important de savoir si cela s’applique à la microfinance au Rwanda. Nous cherchons alors
à vérifier si l’accès des femmes rwandaises à la micro finance les mène à développer des
microprojets leur permettant d’acquérir une certaine autonomie en vue de l’amélioration
de leurs conditions de vie et de celles de leurs familles et du développement de leurs
milieux.

1.1.1.4 La pertinence scientifique

Tel que le souligne Bérubé «l’analyse du développement passe par celle de l’action des
12

(24)

groupes des femmes à tous les niveaux territoriaux». (Bérubé, 1996 : Il tiré d’Andrew et
Sokoloff, 1993) Or, l’état actuel des connaissances sur le développement au Rwanda ne
permet pas d’identifier la contribution des femtnes au développement local. Quant au rôle
de la micro finance dans le développement local, il reste un terrain non encore défriché.
Pourtant, quelques études analytiques ont été réalisées sur le secteur de la microfinance
au Rwanda. Elles ont toutes abordé des aspects administratifs et les performances
organisationnelles des institutions de microfinance sauf une seule qui s’est intéressée
spécifiquement 1 à l’impact de la microfinance. Il s’agit de l’étude faite par Ari UOTILA
en 2005 sur l’impact de la micro finance sur les ménages:

«

Livelihood impacts of
micro finance access for the poor: The case of Vision Finance Company, Rwanda ». Mais,
elle aussi s’est limitée à l’influence de la microfinance sur les entreprises et non sur les
individus, comme l’affirme l’auteur. Ce qui reste donc à être étudié est l’influence de la
micro finance sur la participation des femmes au développement local et son incidence sur
leur autonomie. C’est l’objet de cette étude.

1.1.2 Les intentions de la recherche

Cette partie concerne les intentions de la recherche qui portent sur les objectifs poursuivis
par l’étude ainsi que ses retombées potentielles .

. 1.1.2.1 Les objectifs de recherche

Les objectifs de notre étude sont les suivants:

1. Analyser le rôle de la microfinance dans l’autonomisation des femmes sous trois
angles: personnel, familial et social.

2. Examiner l’influence de la micro finance sur la participation active des femmes au
développement local au Rwanda.

3. Dégager l’influence réciproque entre l’autonomie personnelle, familiale et sociale
des femmes et leur participation au développement local au Rwanda.

1.1.2.2 Les retombées potentielles

(25)

développement au Rwanda n’est pas très rassurante pour son avenir car la durabilité d’un
programme dépend de la connaissance des résultats et des impacts de ses actions. Cette
étude souhaite alors apporter de nouveaux éclairages sur l’impact de la microfinance au
Rwanda au profit des acteurs du développement et des autres chercheurs.

D’une part, étant dOlmé que la micro finance est considérée comme une stratégie du
développement «par le bas»5, la connaissance de l’influence qu’elle exerce sur
l’autonomie et la participation des femmes au développement local peut lui confirmer une
mission de càtalyseur de développement local au Rwanda. Les acteurs du développement
local au Rwanda pourraient ainsi, à l’avenir, avoir recours à cette stratégie de
développement en toute confiance. D’autre part, ces connaissances pourront aider les
autres chercheurs à étudier l’impact de la microfinance sur l’autonomie et la participation
des acteurs de développement local autres que les femmes. Cela permettrait d’avoir aussi
une image beaucoup plus complète des impacts de la microfinance. Dans ces conditions,
la présente recherche contribuerait à l’avancement des connaissances sur les femmes, la
micro finance et le développement local.

Par ailleurs, nous espérons pouvoir apporter des éclaircissements sur le rôle des femmes
rwandaises dans le développement local afin que celles-ci puissent être considérées
comme des actrices, à part entière du développement de leur milieu, comme le suggère la
politique nationale du genre. Les responsables du développement pourront ainsi se rendre
compte qu’ils peuvent compter aussi bien sur les femmes que sur les hommes dans le
processus de développement local.

1.2 Cadre conceptuel

Dans cette section, il sera question de la précision terminologique et de la mise en
contexte des principaux concepts de cette étude. Pour commencer, la première
sous-section sera consacrée au concept de la participation active des femmes au
développement local. Ensuite, la deuxième sous-section portera sur l’analyse du concept
d’autonomie pour dégager ses différentes dimensions. Enfin, dans une troisième

sous-5 Développement par le bas: Par opposition au ,développement «par le haut», Type de
développement misant sur le rôle des actrices et des acteurs locaux et régionaux. 14

(26)

section, nous tenterons de dégager les différents aspects du concept de micro finance : sa
définition, son historique, ses objectifs, ses pratiques et ses impacts sur sa clientèle. En
même temps, notre attention portera sur les liens entre les trois concepts tout en ayant le
soin de les placer dans le champ du développement local.

1.2.1. La participation active des femmes au développement local

Plusieurs auteurs définissent le concept de participation en faisant un rapprochement avec
la racine «part» et le terme «participer» dont il dérive. Ainsi pour Meister Albert (1977 :
128), participer signifie «prendre part, posséder une part de quelque chose, ce quelque
chose pouvant être une propriété ou un pouvoir». Abondant dans le même sens, Saint
Pierre (1975 : 356), montre que participer c’est « avoir part, mais surtout prendre une part
active à quelque chose». De ces deux définitions ressort l’idée de la possession par
quelqu’un d’une part déterminée dans une œuvre commune, ce qui sous entend
l’existence d’un groupe d’individus qui se partageraient les parts d’un bien collectif.
Dans ces conditions, le participant est considéré comme un co-acteur comme le souligne
Labelle (1972 : 75) pour qui, participer revient à « être co-acteur, responsable et
co-bénéficiaire d’une œuvre». Mais, pour montrer que la participation va au delà de la
simple possession des parts dans une œuvre commune, le même auteur ajoute que « dans
cette perspective (de participation), les sujets actifs par leur coopération sont des
partenaires, solidaires et parties prenantes de l’œuvre à laquelle ils participent». (Labelle
1972: 75) En parlant des sujets actifs, Labelle met l’accent sur l’aspect «activité» qui
devrait être central dans toute forme de participation comme le dit Saint-Pierre (1975).
En fait, si les avis des différents auteurs divergent sur les formes de participation, tous
reconnaissent que l’activité est le point central de toute sorte de participation. Cela
implique que la notion de participation est opposée à la notion de passiveté même si
certains auteurs identifient la forme passive parmi les types de participation. C’est le cas
de Leduc et Raymond (2000 : 302) qui, en, parlant de la participation publique trouvent
que cette dernière peut être « soit cantonnée dans une relative passiveté, soit promue à

(27)

une contribution active dans le processus de décision». Mais, même ici, il faut remarquer
que les deux auteurs parlent d’une relative pas~iveté et non d’une passiveté totale qui
serait en contradiction avec ce qu’est, en réalité, la participation.

A cet effet, dans le but d’enlever toute ambigüité sur le vrai sens du concept de
participation plusieurs auteurs lui collent le substantif «actif» et parlent de la participation
active. A cet égard, la thèse de Saint-Pierre (1975) qui rattache la participation active à
l’engagement responsable des participants est intéressante. Il montre, en fait, que la
participation active dépasse une simple main mise sur les biens et le pouvoir pou~ arriver
à une véritable prise en charge de ces mêmes biens et du pouvoir. A son avis, la
participation active «implique le pouvoir, la conscience et l’engagement» (Saint-Pierre
1975 : 4). Cet auteur explique son opinion en mettant l’accent sur la contribution
effective que chaque acteur doit apporter, en toute conscience, à l’élaboration et
l’exécution d’un projet social commun qui peut influencer la destinée du groupe. Dans le
même ordre d’idées, Labelle (1972 : 75) considère la participation comme:

Une collaboration active de chacun, en rapport avec ses compétences et ses
responsabilités, à l’élaboration des objectifs de l’œuvre commune et à la
mise en œuvre des moyens aptes à les atteindre ( … ) La participation fait
donc de l’homme dans l’entreprise un sujet conscient et un agent de l’œuvre
commune et non un moyen ni une exécutant passif.

Dès lors qu’on a établi que l’activité est le moteur de toute participation, la question qui
se pose est de savoir quel est le lien entre la participation et le développement afin de
comprendre à quoi consiste la participation active au développement. A ce propos,
Bessette (2004: 18), nous apporte un élément de réponse en affirmant que « la
participation a été le concept central du développement dans les dernières décennies». Au
fond, la participation n’est pas seulement une notion capitale dans le processus de
développement mais aussi un principe du développement comme le disent Lazarev et
Arab, (2002 : 21) en ces termes: «l’option participative constitue un autre des grands
principes d’action des nouvelles politiques de développement».

(28)

Mais, en même temps qu’on reconnaît la participation comme un élément essentiel du
développement, il est important de ne pas perdre de vue qu’il s’agit là d’un concept
complexe ayant plusieurs dimensions. Les dimensions de la participation correspondent à
un certain nombre de facteurs socioculturels et aux comportements des acteurs qui
exercent une influence sur le processus de participation. A cet égard Saint-Pierre (1975)
affirme qu’en grande partie les facteurs socioculturels ayant trait ,au milieu social et
familial dans lequel évolue l’individu déterminent ses comportements au processus de
participation. Pour cet auteur, l’âge et le sexe des personnes jouent aussi un rôle
important sur les comportements des individus dans un groupe. Concernant des
comportements qui favorisent la participation active des individus, l’engagement et le
sens de responsabilité occupent une place prépondérante comme le précise Bessette
(2004 : 19), en ces mots:

Un bon indicateur est donné lorsque les gens prennent la responsabilité de
mener à bien une initiative de développement. C’est-à-dire que le,s membres
de la communauté prennent non seulement part aux activités, mais sont
engagés directement dans le processus décisionnel et dans la planification de
l’initiative de développement.

De l’avis de cet auteur, l’engagement personnel est le point de départ de la participation.
C’est ce que souligne aussi Saint-Pierre (1975 : 137) en affirmant que l’engagement est
«un mot clé de la participation». Remarquons d’ailleurs qu’en matière de développement
on parle de l’engagement public pour signifier la participation publique. En effet, d’après
André et al. (2003 : 207), la participation publique est assimilée à « l’engagement du
public dans le processus de prise de décision d’une organisation ». Ils montrent par là que
la participation et l’engagement sont indissociables.

Mais, l’engagement personnel implique à son tour un certain nombre de conditions
préalables qui, selon Saint-Pierre (1975) vont de la disponibilité à la présence active et
consciente dans les activités et les décisions, et de la confiance en soi à l’indépendance. A
son avis, l’indépendance est déterminante dans la mesure où elle « amène à assumer son
rôle avec le maximum d’autonomie». (Saint-Pierre 1975 : 165) Ici, il faut noter avec cet

(29)

auteur que tous ces préalables à la participation active au développement deviennent;
après la pratique, des effets de la participation au développement. Il en est ainsi de
l’autonomie qui est, en même temps, une condition indispensable de l’engagement du
participant au développement et une conséquence directe de la participation au processus
. de développement.

Cette réflexion générale sur la question de la participation active au développement nous
amène à un double questionnement en rapport avec l’objet de cette étude: qu’en est-il de
la participation des femme~ au développement et quel est le type développement dont il
est question?

Pour mieux répondre à cette double interrogation, il est important d’effectuer un bref
historique de l’évolution des réflexions sur les rapports entre les femmes et, le
développement. Comme le montre SaIT (1998), c’est l’ouvrage de Boserup paru en 1970
intitulé «La femme face au développement» qui a déclenché les premiers questionnements
sur la participation des femmes aux programmes de développement. Dès lors, les
réflexions sur les femmes et le développement ont été nombreuses. Il convient, ici de
noter que les premiers discours sur les femmes et le développement des années 1970 ont
abouti à deux approches de la participation des femmes au développement: l’approche de
l’intégration des femmes dans le développement (IFD) dans le années 1970 et l’approche
«genre et développement » (GED) au cours des années 1980.

1.2.1.1 Approche de l’intégration des femmes dans le développement (IFD) 1970
L’approche de l’intégration des femmes dans le développement (IFD) est apparue avec la
décennie internationale de la femme (1975-1985) qui a entrainé une représentation
positive et une prise en considération de l’importance des femmes dans le
développement. Il y avait un constat que les femmes représentent une main d’œuvre non
négligeable comme le montre (Ryckmans, 1995 :52), en insistant sur le fait qu’on se
rendait enfin compte «qu’il y a du gaspillage à ne s’adresser qu’aux hommes adultes
valides et qu’une considération meilleure des femmes engendrera sans nul doute une
18

(30)

efficacité accrue de la coopération au développement». L’approche IFD est ainsi basée
sur le principe d’équité dans le développement qui se rapporte, selon Massard, (1992) et
St-Hilaire (1995) à la valorisation du potentiel de la main-d’œuvre que représentent les
femmes, à la lutte contre la discrimination dont les femmes sont victimes et à la
reconnaissance de leur contribution économique à la société.

Pour ce qui concerne particulièrement la participation des femmes des pays du Sud au
développement, St-Hilaire (1995 : 41), précise que l’approche IFD consiste « à intégrer
les femmes du tiers-monde dans les économies nationales de façon à relever le statut des
femmes et à favoriser le développement dans son ensemble; ( … ) à donner aux femmes le
plein accès au marché du travail et à l’indépendance économique qui en découle ». C’est
suite à la conférence de Mexico en 1975 que beaucoup de pays adoptèrent l’approche
IFD dans leurs programmes de développement.

Pourtant, il faut remarquer que l’approche IFD fut l’objet de nombreuses critiques selon
lesquelles elle serait basée sur une idéologie sexiste qui renforcerait la marginalisation
des femmes à travers les projets faits uniquement pour les femmes. C’est ce que montrent
Weekes-Viagliani et Grossat (1980 :7), en disant que «c’était une erreur tactique que de
mettre en œuvre des programmes destinés exclusivement aux femmes». Pour eux, il
aurait fallu que les femmes participent activement aux projets conçus pour tous (les
hommes et les femmes) sans qu’elles soient traitées comme un groupe à part. Pour
Myrdal (1978) cité par (Weekes-Viagliani& al, 1980 :7), « … distinct ne serait être égal.»
La conférence de Copenhague tenu en 1980 aurait mis en évidence l’échec de
l’intégration des femmes au développement. De ce fait; St-Hilaire (1995 : 43) souligne
que «du coté des Nations Unies, les responsables admettent que malgré les efforts
déployés dans plusieurs pays, les progrès ont été insuffisants pour relever de façon
significative le statut des femmes ». Ce qui est plus déplorable pour certains auteurs, c’est
que les programmes de développement auraient abouti aux résultats tout à fait contraires
à ceux qu’on attendait d’eux. Bisilliat (2000 :81), trouve même qu’ils ont été un échec car
à son avis, «ils ont contribué à l’échec du développement et plus précisément ont eu un
impact largement négatif sur les femmes, les appauvrissant économiquement et les

(31)

fragilisant socialement.» En fait, l’auteure déplore le fait que certains projets de
développement typiquement féminin mettent les femmes dans une situation plus
désastreuse que celle dans laquelle elles se trouvaient avant qu’ils n’arrivent. Elle cite le
cas des projets consacrés aux productions d’exportation au Mali qui expulsent les femmes
de leur terre, les privant de leur moyen de subsistance alors qu’ils étaient destinés à
promouvoir les conditions de vie des femmes en créant l’emploi.

Pour l’auteure, ces programmes de développement ignorent la réalité soCiale dans

laquelle ils s’inscrivent. Par exemple, leurs concepteurs pensent que les familles
disposent d’un même budget familial et. que les femmes ne peuvent pas être des agentes
économiques à part entière. Ainsi comme le soutiennent Weekes-Viagliani et Grossat
(1980) la création des emplois réservés exclusivement aux femmes envenimerait leur
situation familiale et sociale.

Toutes ces critiques négatives dont l’approche l’IFD faisait l’objet entraînèrent des
doutes quant à son efficacité conduisant, par conséquent, à l’adoption d’une nouvelle
approche à la veille des années 1980 : Approche «Genre et développement» (GED).

1.2.1.2 Approche

«

Genre et développement» (GED) 1980

L’approche «genre ef développement» est née au cours des années 1980. Pinton (1992)
explique que son émergence coïncide avec les débuts de la substitution du concept
«sexe» par celui de «genre» dans les études socio-économiques liées à des projets de
développement. L’émergence du concept «genre» pendant cette même période est liée au
rejet du terme «sexe» accusé de déterminisme biologique par les féministes. En effet, si le
terme «sexe» se limite aux caractéristiques biologiques, le terme «genre» renvoie, de son
côté, à «l’organisation sociale des différences biologiques entre les hommes et les
femmes». (IWACU6, 1998 :3) Dans cette optique, Scott (1988) cité par Sarr (1998 :82)
insiste sur le fait que le genre est lié aux rapports humains car pour lui, «l’usage de genre
met l’accent sur tout un système de relations qui peut inclure le sexe mais il n’est pas
directement déterminé par le sexe ni ne détermine directement la sexualité». Le système
de relations dont il est ici question concerne en fait des rôles, tâches et responsabilités
6 IWACU : Centre de Formation et de recherche coopératives au Rwanda 20

(32)

impartis aux hommes et aux femmes par une société donnée. Il s’agit, en fait, selon le
Centre tricontinental (1999 : 5), de «ce qui distingue les hommes et les femmes dans
leurs rapports sociaux et culturels» . .

Il convient, toutefois, de remarquer que si les différences biologiques entre les hommes et
les femmes sont permanentes, leurs identités sociales et les rapports socioculturels dans
une communauté humaine changent continuellement. A ce propos, le Centre
tricontinental (1999: 5), précise que «les rôles féminins et masculins évoluent
différemment suivant les situations sociales, culturelles et économiques». Le genre revêt
donc un caractère dynamique qui fait qu’il soit comme le dit Bisilliat (2000:76) «variable
et sujet à d’innombrables changements». C’est cela qui fait d’ailleurs de lui un aspect du
développement parce que d’après la définition de Denieuil et Laroussi (2005), le
développement renferme, lui aussi, une idée d’évolution et de changement. En fait, pour
ces deux auteurs, le développement serait «un mouvement ou processus jalonné d’étapes
qui caractérise le passage d’un état à un autre». (Denieuil et Laroussi, 2005 :235)
Abondant dans le même sens, Bertin et al (2003: 13) qualifient, de leur côté, le
développement comme «un processus de transformations accompagnant la croissance
dans une évolution à long terme».

On peut donc noter qu’au fur et à mesure que le concept genre s’imposait, l’approche «
genre et développement » prenait de l’importance comme stratégie de développent. Elle a
pu se démarquer comme le montre Kabeer (2005 : 17), dans toutes

«

les tentatives de
conciliation de l’objectif d’égalité hommes-femmes» dans l’optique du développement
équitable. Ce qui donne cette importance à l’approche GED et qui constitue d’ailleurs sa
particularité par rapport à l’approche IFD est qu’elle ne vise pas les femmes uniquement.
En effet, l’approche GED est selon UNESCO:

Une stratégie d’intégrer les soucis et les expériences des femmes et des
hommes dans la conception, dans la mise en application et dans
l’évaluation des politiques et des programmes et à toutes les sphères
politiques, économiques et sociales de façon à ce que les femmes et les
hommes tirent profit de manière égale et de ne plus perpétuer les
inégalités. (UNESCO, cité par Gender and water(GWA), 2007 : 2)

(33)

L’approche GED envisage donc la participation équitable des hommes et des femmes au
développement car selon Kato (2005), l’approche en question privilégie les rapports
hommes-femmes pour répondre aux attentes socio-économiques des uns et des autres
dans la perspective d’une justice sociale équitable. Cela peut aboutir à de nouveaux
rapports entre les genres, lesquels rapports consisteraient, selon Moulay El Mokhtar
(2005 : 3-4) à « un nouveau partenariat entre femmes et hommes, respectant justement la
différence et assurant leur participation équitable, pleine et entière dans tous les
domaines». Dans le même ordre d’idées, Nyandwi (1999) montre qu’avec l’approche
GED les femmes passent de l’état de bénéficiaires passives des programmes d’aide à
celui des agentes autonomes de développement au même titre que les hommes. Dans un
même esprit, Bisilliat affirme que malgré certaines limites, l’approche GED peut ouvrir la
voie à plus d’égalité et de justice. A son avis,

La notion du genre n’est certes pas une panacée ni un sésame ouvrant sur des
lendemains qui chantent. C’est plus qu’un principe philosophique, un concept
opératoire pour une action visant à obtenir moins de malheur et plus de justice.
Et, c’est là justement le but du développement. (Bisilliat, 2000 :82)

Puisque les auteurs ci-haut cités établissent des liens entre le genre et le développement,
il nous semble important de souligner que le développement préconisé par l’approche
GED selon Williamson et al, (2007); Bisilliat (2000); Ryckmans (1995); Massard
(1992) ; Pinton (1992), est mis en œuvre à partir de la base. Ryckmans (1995) et Massard
(1992) considèrent même qu’une telle conception du développement constitue une
condition sine qua non de la réussite de la participation des femmes au développement de
leurs milieux. Pour Ryckmans (1995: 69), l’approche «Genre et Développement»
recommande «des projets de développement conçus à partir de la base, fondés sur des
actions collectives, permettant l’acquisition de nouveaux savoir-faire à partir de savoirs
locaux et accordant aux femmes des espaces d’autonomie ».

Ainsi, pour elle, les projets de développement réalisés à partir «du bas», c’est-à-dire
22

(34)

impliquant des acteurs locaux, sont les seuls qui peuvent permettre aux femmes
d’acquérir une certaine autonomie par la reconnaissance et la valorisation de leur travail
et de leur participation. Par ailleurs, comme le souligne Nyandwi(1999), les analyses qui
s’inspirent de l’approche GED sont multidimensionnelles. Elles appréhendent la
participation des femmes au développement et son impact sous différents angles des
rapports sociaux allant du niveau individuel au niveau social en passant par le niveau
familial.

La pnse en considération du nIveau social implique que, dans la perspective du
développement à partir «du bas», la participation des femmes ne peut être séparée de leur
collaboration avec les membres de leur communauté. Ceci parce que comme le montre
Bessette, il y a un rapport profond entre les concepts de participation et de communauté,
en d’autres termes, pour lui « le concept de participation implique directement celui de
communauté ». (Bessette, 2004 : 19) C’est ainsi que dans le développement par «le bas »
l’accent est constamment mis sur la participation des acteurs à un projet commun.

Dans cette logique d’idées, il y a lieu de revenir aux principales dimensions du concept
de participation active vues précédemment et d’envisager la participation active des
femmes au développement local en termes de leur engagement personnel et de leur
responsabilité dans les initiatives de développement de leur village en collaboration avec
les autres acteurs de leur communauté. Mais qu’est-ce que le développement local?
1.2.1.3 Le Développement local

Pour comprendre le concept du développement local il faut tout d’abord souligner les
circonstances de son émergence. D’après Boucher et Favreau, (2000 : 5), «la réalité tant
sociale qu’économique du développement local doit être située dans le contexte de crise
profonde du modèle de développement d’après-guerre». C’est donc dans le contexte de la
crise économique des années 70-80 qu’apparaît la notion de développement local qui par
le terme même de «local» exprime une opposition aux modèles d’intervention globaux,
centralisés et réalisés du haut vers le bas. Il s’agit ainsi, selon Jean (1997 :233), «d’un

(35)

développement auto centré , ascendant, endogène, par le bas».

Comme le précise Joyal, (2002), cette nouvelle notion du développement fait suite à la
théorie des pôles de croissance adoptée au début des années soixante par beaucoup de
décideurs gouvernementaux comme stratégie de réduction d’importantes disparités
régionales constatées à cette époque, dans plusieurs régions du monde. Mais, puisque les
résultats de cette théorie n’ont pas pu répondre aux attentes des décideurs, le
développement local a été pensé comme une autre alternative de développement.

Toutefois, il convient de préciser que le développement local n’a pas ni de chemin
obligatoire ni de modèle unique car comme le montre Houée (2001 : 111), «il n’existe
pas de parcours unique ni d’étapes obligatoires à franchir, mais divers itinéraires où l’on
relève des carrefours, des convergences qui peuvent nourrir une certaine problématique
de développement local». C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles plusieurs
dénominations ci-haut citées sont employées pour désigner le développement local.
De même, diverses définitions s’appliquent au développement local compte tenu de
l’aspect mis en évidence par l’auteur. C’est ainsi qu’en insistant sur sa finalité de rendre
meilleure la situation des membres de la collectivité Bherer et al (2000 : 86) le définissent
comme étant « un processus, une démarche par laquelle une communauté par voie
d’initiatives, tente de maintenir ou d’améliorer, selon les valeurs qu’elle juge prioritaires,
les conditions de vie collectives et/ou individuelles».

De son côté Houée (2001: 108) met l’accent sur la synergIe des acteurs dans les
initiatives réalisées sur leur propre territoire et définit le développement local · comme:

Une démarche globale de mise en mouvement et en synergie des acteurs
locaux pour la mise en valeur des ressources humaines et matérielles d’un
territoire; du développement réalisé à partir des initiatives et des ressources
locales d’un territorial donné.

Ainsi défini, le développement local ouvre des perspectives aux initiatives locales et
24

(36)

-collectives auxquelles chaque membre de la communauté peut fournir sa contribution. Il
prend la forme d’une démarche partenariale associant les acteurs du milieu. Pris dans
cette optique de coopération et de solidarité· créatrice des populations d’une même
collectivité, le local devient, pour Klein, (1996: 191), «le symbole des espaces
d’autonomie associés aux identités et aux solidarités des citoyens».

La prise en compte des solidarités citoyennes et des autres ressources territoriales aussi
bien humaines que matérielles pour mener des expériences locales renvoie au
«développement territorial». C’est ce que pense Joyal (2002: 39 ) qui dit que «par
définition, le développement local se présente sous forme territorialisée». Le
développement territorial est lié aux actions mises en œuvre par le bas autrement dit,
toute action qui, d’après (Denieuil et Laroussi, 2005 :206) a pour but de «conduire un
projet ascendant de développement, lié à une mobilisation sociale». Il fait recours aux
dimensions identitaire, matérielle et organisationnelle du territoire et se construit sur base
des sentiments d’appartenance territoriale des acteurs de la communauté. Pour
comprendre la notion d’acteur qui occupe une place prépondérante en matière de
développement, il faut la lier à celle de l’action et du changement qui en résulte. Ainsi,
selon Duperré (2004 : 14), «l’acteur (actrice) est celui qui agit, c’est celui qui change son
environnement matériel et social». En conséquence, l’acteur (trice) du développement
local est celui qui travaille pour le changement de son milieu, et ce, pour des intérêts
individuels et collectifs.

A la lumière de ces précisions terminologiques sur les termes «participation active des
femmes», «genre et développement» et «développement local», nous appréhendons, pour
des fins de notre étude, la participation active des femmes au développement local sous
l’angle de l’approche GED. Rappelons-nous que cette approche aborde les questions de
la participation des femmes au développement en considérant les femmes comme les
actrices à part entière du développement réalisé par le bas.

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considérée comme une faveur qui leur est accordée mais comme une reconnaissance de
leur droit de contribuer activement au développement sans qu’elles soient traitées comme
un groupe à part. Il n’y a plus, dans ces conditions, des projets de développement
typiquement féminin ni des projets typiquement masculin mais des projets de
développement tout court, qui, d’après Rathgeber cité par Nyandwi (1999: 46),
répondent aux «attentes spécifiques des hommes et des femmes». Il faut également
rappeler que les analyses multidimensiOlmelles qui s’inspirent du GED appréhendent la
participation des femmes au développement et son impact à trois niveaux : individue!,
familial et social.

Il s’en suit que, comme il a été dit en haut, la participation des femmes au développement
local est ici envisagée sous l’angle de leur engagement responsable dans les initiatives
visant l’amélioration de leurs conditions de vie ainsi que celles des membres de leurs
familles et de leurs milieux. Soulignons ici, pour compléter cette réflexion que, comme le
dit Ryckmans (1995), par la reconnaissance de leur participation au développement, les
femmes acquièrent l’autonomie qui leur donne un statut social nouveau. Ceci n’est
d’ailleurs pas étonnant, si nous admettons avec Saint-Pierre (1975: 168) que «la
participation est proportionnée au bien que l’individu en retire en épanouissent personnel,
en amélioration, en perfectionnement de · soi». A quoi consiste alors cette
autonomie acquise par les femmes par le biais de leur participation au développement?
1.2.2 Le concept d’autonomie

Le concept d’autonomie se retrouve dans plusieurs domaines de la vie des êtres humains :
l’éducation, la psychosociologie, l’orthopédagogie, le développement, l’économie etc., où
il prend des sens qui diffèrent d’un domaine à l’autre. Ainsi, dans le domaine du
développement local qui intéresse cette étude, l’autonomie est vue dans l’optique de la
capacité de l’individu d’être maître de sa propre vie. Dans ce sens, Rocque et al. (1999 :
39), considère que l’autonomie est «la capacité d’une personne à décider, à mettre en
œuvre ses décisions et à satisfaire ses besoins particuliers sans sujétion à autrui».

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En insistant toujours sur cette capacité de ne pas toujours compter sur autrui, Verbunt
(2006 : 140), déftnit l’autonomie comme « la gestion de l’existence de l’individu et de la
société selon les règles établies par lui-même, par l’être humain et non par Une force
extérieure à l’humanité». Dans un ordre d’idées assez proche, Malu Muswamba (2006 :
12) dit que «le terme autonomie signifte fonctionner d’après ses propres lois. Lorsqu’il se
rapporte à un individu, il met en évidence la liberté d’action, et partant, l’indépendance de
cet individu».

Il découle de ces déftnitions que l’autonomie a un lien étroit avec la liberté et
l’indépendance de l’individu par rapport à autrui. Il convient toutefois, de remarquer
qu’il y a une relative flexibilité au niveau de l’indépendance et de la liberté envisagées
dans le cadre de l’autonomie qui fait que ces notions n’excluent pas totalement certaines
relations d’interdépendance. C’est ce que souligne Saint Pierre (1975 : 166) en montrant
que «l’indépendance dont il est question (dans l’autonomie) ne s’oppose pas à une
certaine interdépendance saine exigée pour un fonctionnement social adéquat».

Notons ici que l’interdépendance saine est tout le contraire de la subordination et de la
dépendance totale de l’individu à quelqu’un à qui il est assujetti. Pour Rocque et al.
(1999 : 43), «être assujetti à autrui pour réaliser Wle action ou encore pour prendre une
décision signifte être soumis à ce tiers, être sous sa domination ou encore être contraint
par sa volonté ou par son pouvoir». Dans ces conditions de sujétion, on ne peut pas
parler d’autonomie car, selon Verbunt (2006), l’autonomie est orienté vers
l’interdépendance. En vue de mieux expliquer la nécessité de l’interdépendance dans
l’autonomie, Rocque et al. (1999: 43), disent que «l’autonomie n’exclut en rien les
relations d’aide, de consultation d’entraide ou encore d’interdépendance.» Il ne s’agit pas
d’une autonomie totale.

A ce propos, beaucoup d’auteurs sont unanimes pour dire que l’autonomie totale n’existe
pas. Daniel Lebègue (1999 : 24) trouve que l’autonomie totale qu’il appelle
«autonomie-isolement» est «absurde et impossible». De son côté, Verbunt (2006) souligne le fait

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Date de publication : 2021-06-06 00:33:10