Le Nouvelliste | La BRH aide à amortir le choc économique du séisme du 14 août 2021

Au cours d’une conférence de presse conjointe avec le ministre de l’Économie et des Finances Michel Patrick Boisvert, donnée le lundi 30 août 2021 au centre de convention et de documentation Antonio André, le gouverneur Jean Baden Dubois a rendu publics des éléments de la stratégie de réponse de la Banque de la République d’Haïti (BRH) pour faire face au choc économique causé par le séisme du 14 août 2021. Il a donné davantage de détails le dimanche 5 septembre en participant à l’émission Rendez-vous économique de notre confrère Kesner Pharel sur radio Métropole.


 La stratégie de réponse au séisme de la BRH comprend quatre principales mesures : la mise en œuvre d’un programme de recapitalisation pour le secteur de la microfinance, d’un fonds de recapitalisation des micro, petites et moyennes entreprises (MPME), d’un fonds de reconstruction et le renforcement du fonds de soutien aux caisses populaires.


Le programme de recapitalisation pour le secteur de la microfinance


Ce programme rendra disponibles des ressources financières aux institutions de microfinance qui leur permettront de couvrir les dépenses d’aménagement ou de construction de locaux et de rétablissement d’infrastructures technologiques. Dans plusieurs communes et sections communales du grand Sud, les services financiers sont offerts uniquement par les institutions de microfinance. Il y a donc une urgence que ces institutions soient rendues opérationnelles assez rapidement afin de servir leur clientèle et de faciliter la distribution de l’aide financière et les transferts de la diaspora.


Le programme aidera les institutions de microfinance à éviter un manque de liquidités qui découlerait des risques de crédit des débiteurs frappés directement ou indirectement par le séisme. Ces risques ont été exacerbés par les locaux détruits, fissurés ou partiellement endommagés, par les pertes de marchandises et l’incapacité d’écouler des marchandises à cause d’une baisse de l’activité économique dans la zone. Des prises de participation au capital de ces institutions peuvent être favorisées en mettant l’accent sur un renforcement de la gouvernance.


La BRH promet de mettre en place un fonds de recapitalisation des institutions de microfinance (IMF), lequel sera institué avec l’aide des bailleurs de fonds internationaux qui souhaitent appuyer la recapitalisation des institutions financières locales. Le montant total sera déterminé après l’évaluation des pertes subies par les IMF sur le plan infrastructurel et l’estimation du portefeuille de crédit devenu à risque à la suite du séisme du 14 août 2021. Une partie du fonds pourra être utilisée comme fonds de garantie partielle de crédit pour répondre aux pertes éventuelles résultant de la défaillance des portefeuilles de prêt des IMF.


La banque centrale renforcera le fonds de soutien aux caisses populaires qui jouent également des rôles proches des IMF mais avec une structure de capital différente. L’objectif est de permettre à ces caisses populaires, établies dans les départements affectés par le séisme du 14 août 2021, de mettre en œuvre des projets et d’accompagner leurs sociétaires. Il est important de noter que pour des raisons de résilience et pour la protection des clients et des employés des institutions financières, la BRH exigera de bénéficiaires l’assurance que les bâtiments sont à même de résister aux prochaines catastrophes naturelles.


Fonds de reconstruction et de recapitalisation des MPME


Le fonds de récapitulation des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) vise à les aider à restructurer leur prêt et accéder à des liquidités en vue de leur développement sur le moyen et le long termes. Toutes les institutions financières sont éligibles : banques, caisses populaires, institutions de microfinance, systèmes financiers décentralisés et les sociétés de crédit-bail. Le fonds dont le montant reste à déterminer permettra aux MPME des zones affectées d’avoir accès à du financement à des conditions particulières sur le moyen et le long termes, tout en leur fournissant un accompagnement en vue de leur permettre de continuer à fournir des services à leur clientèle et à se développer. Ce fonds sera alimenté à la fois par les bailleurs et la BRH.


La BRH envisage également la création d’un programme spécial de reconstruction en faveur des départements des Nippes, de la Grand’Anse et du Sud. Ce programme devra permettre à tous ceux évoluant dans les zones frappées par le séisme du 14 août 2021 de se financer à moindre coût en vue de la reconstruction ou de la réparation de leur maison et de leur espace commercial suivant les normes parasismiques et paracycloniques. Ce programme comporte deux principales composantes : la reconstruction/réparation en zone rurale et celle en milieu urbain.


Le respect des normes de construction parasismique et paracyclonique est obligatoire pour toutes les institutions financières évoluant à travers le territoire national. Afin de favoriser la construction d’une expertise régionale, des firmes de construction locales devraient être impliquées dans l’offre technique, préconise la BRH. Comme il est difficile de donner une maison en milieu rural comme garantie dans le cadre d’un plan de financement, le fonds de reconstruction dédié à ce milieu devrait être nécessairement un fonds de garantie qui jouerait le rôle d’hypothèque à la maison financée. La procédure prévoit un mécanisme clairement défini incluant la signature d’un protocole d’accord qui devrait être signé entre la BRH et les IMF pour le financement de la reconstruction de l’habitat rural dans les zones affectées par le séisme.


Une mise de fonds de 10% du coût de la maison doit être fournie par le propriétaire à l’institution de microfinance alors qu’une avance de fonds à des taux d’intérêt préférentiel sera accordée par la BRH à l’IMF pour le financement de 90% du coût de la construction. Une garantie pour les 90% financés par la BRH sera donnée à l’IMF par le fonds de reconstruction. Le propriétaire aura à payer un taux d’intérêt de 6% l’an sur le prêt sur une durée ne dépassant pas 15 ans. Ce fonds de reconstruction en milieu rural devrait être alimenté par les bailleurs de fonds, des organisations non gouvernementales (ONG), la diaspora et d’autres philanthropes et serait géré par la BRH selon une procédure à établir.


Le programme de reconstruction en milieu urbain comprend deux principales composantes : un incitatif à la reconstruction et un fonds de garantie partielle de crédit. Le premier vise à faciliter la construction ou la réparation des résidences ou locaux de particuliers, d’entreprises, d’organisations et d’institutions scolaires. Il permettra d’accroitre la quantité de logements dans le pays, en particulier dans les zones touchées par le séisme du 14 août. À travers ce programme, les débiteurs devront verser une mise de fonds de 5 % au lieu du 30 % généralement demandé par les institutions financières. Les bénéficiaires devraient payer un taux d’intérêt de 10% sur une période de 20 ans.


Le fonds de garantie partielle de crédit vise à réduire la mise de fonds de tout débiteur participant au programme de reconstruction. Cette mise de fonds passera de 30 % à 5%. Il devra permettre de  partager avec l’intermédiaire financier les pertes issues de la défaillance éventuelle du bénéficiaire au cours des cinq premières années sur la balance des 25% que ledit intermédiaire a avancé de ses propres ressources pour le financement de la construction de l’immeuble. Les bailleurs de fonds désireux de participer au financement de ce programme, comme c’était le cas en 2010, pourront accompagner la BRH et aider les sinistrés des départements des Nippes, du Sud et de la Grand’Anse à construire leur maison, leur commerce, leurs écoles en leur permettant de se relever plus rapidement de ce traumatisme du 14 août 2021.


Ces programmes, selon la BRH, permettront aux développeurs locaux et étrangers de mieux s’impliquer dans le financement de la construction/reconstruction de logements, d’écoles privées, d’églises, d’hôpitaux et de dispensaires privés. La banque centrale en profite pour rappeler aux intéressés que les autres programmes incitatifs en vigueur demeurent à la disponibilité des départements ravagés par le séisme du 14 août 2021. Ces programmes comprennent le crédit octroyé à des conditions préférentielles aux entreprises exportatrices, au secteur de l’immobilier, au secteur touristique et hôtelier et à la construction et la mise en place des zones franches.


La BRH avait annoncé des mesures d’atténuation de choc après le séisme du 12 janvier 2010. Un document d’évaluation de ces mesures permettrait d’avoir une idée des résultats obtenus et de mieux apprécier l’impact des mesures annoncées pour le séisme du 14 août 2021. Il faut également un mécanisme de suivi et de surveillance qui puisse garantir que les fonds disponibles servent effectivement à financer les institutions financières et les personnes affectées par le séisme du 14 août 2021.


Thomas Lalime


thomaslalime@yahoo.fr


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Date de publication : 2021-09-07 04:03:05