l’accès des femmes au microcrédit dans le projet d’appui au développement du microcrédit au Gabon (PADMG)

(1)

(2)

Avertissement

La diffusion de ce mémoire se fait dans le’ respect des droits de son auteur, qui a signé
le formulaire Autorisation de reproduire et de diffuser un travail de recherche de cycles
supérieurs (SDU-522 – Rév.ü1-2ÜÜ6). Cette autorisation stipule que «conformément

à

l’article 11 du Règlement no 8 des études de cycles supérieurs, [l’auteur] concède

à

l’Université du Québec

à

Montréal une licence non exclusive d’utilisation et de
publication oe la totalité ou d’une partie importante de [son] travail de recherche pour
des fins pédagogiques et non commerciales. Plus précisément, [l’auteur] autorise
l’Université du Québec à Montréal à reproduire, diffuser, prêter, distribuer ou vendre des
copies de [son] travail de recherche à des fins non commerciales sur quelque support
que ce soit, y compris l’Internet. Cette licence et cette autorisation n’entraînent pas une
renonciation de [la] part [de l’auteur] à [ses] droits moraux ni à [ses] droits de propriété
intellectuelle. Sauf entente contraire, [l’auteur] conserve la liberté de diffuser et de
commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.»

(3)

mots. Je tiens particulièrement à remercier ma directrice de recherche, Chantal
Rondeau, d’avoir accepté de superviser mon travail et de m’avoir prodiguée des
conseils avisés afin de mener à bien mon projet de recherche. Sa patience et son
soutien ont été très précieux.

Sur le terrain, au Gabon, mes recherches n’auraient pas été possibles sans la
contribution de personnes qui ont gracieusement mis l’information nécessaire à ma
disposition. Sans elles, mes visites dans les bibliothèques, les ministères et les
établissements de microfinance n’auraient pas été fructueuses. Je remercie Mr.
Fabrice Ngoyi du Projet d’appui au développement du microcrédit au Gabon
(PADMG), de m’avoir accueillie et guidée dans cette belle ville qui m’était inconnue.
Je ne saurais oublier les femmes de Tchibanga qui se sont montrées très
collaboratrices et très enthousiastes lors de nos rencontres. Mon souhait est de
pouvoir illustrer conectement leur dynamisme et leurs réalisations à travers ce
mémoire.

Je décerne une palme à ma mère, Brigitte Fanguinovény pour son appUI
indéfectible. Par la même occasion, j’offre des lauriers à toute ma famille d’ici et
d’ailleurs pour son soutien tout au long de mon parcours canadien.

Ma reconnaissance va à Dieu pour Sa faveur dans ma vie.

Je n’y suis pas parvenue parce que c’était facile, mais bien parce que même
lorsque cela était difficile, j’ai toujours cru que je pourrais yarriver!

(4)

Liste des tableaux v

Liste des abréviations et sigles vi

Résumé

viii

Introduction 1

Chapitre 1 – Cadre conceptuel, éléments méthodologiques

et femmes dans la société gabonaise 5

1.1 – Le cadre d’ analyse 5
1.1.1 – La microfinance 8
1.1.2 – Le microcrédit 10
1.1.3 – Le genre 13
1.1.4 – L’empowerment 13
1.1.5 – Le secteur informel 15
1.1.6 – Les tontines 16
1.1.7 – Le capital social. 17

1.1.8 – Le renforcement des capacités 18

1.2 – Le choix de l’étude de cas 20

1.3 – La méthodologie de recherche 20

(5)

1.3.2 – Les entrevues 21

1.3.3 – L’observation 24

1.3.4 – L’échantillonnage 25

1.4 – Les femmes dans la société gabonaise 27

1.5 – Le statut juridique des femmes gabonaises 35

1.6 – La représentation politique des Gabonaises 37

1.7 – La vie associative au sein de la société gabonaise 42

Chapitre II – Contexte économique et social du Gabon et promotion de la

microfinance

45

2.1 – Profil du pays 45

2.1.1 – Situation économique 46

2.1.2 – Situation sociale 49

2.2 – La microfinance au Gabon: état des lieux 52

2.2.1 – Réglementation et promotion des activités de microfinance 54

2.2.2 – L’évolution du secteur. 55

2.2.3 – Les établissements de microfinance (EMF) 61

2.2.4 – La microfinance pour les femmes au Gabon 64

Chapitre

III – L’accès des femmes au microcrédit à travers le PADMG

66

3.1 – Contexte local de la province de la NYANGA 66

3.1.1 – Cadre et objectifs du projet 69

3.1.2 – La structure organisationnelle du PADMG 74

3.2 – Les caractéristiques socio-économiques des bénéficiaires 74

3.3 – Évaluation de l’impact du microcrédit sur les bénéficiaires 89

(6)

3.4 – L’évolution et la critique du PADMG 101

Conclusion 105

Annexes 107

Annexe 1 – La carte du Gabon 108

Annexe 2 – Le questionnaire 109

Annexe 3 – Éléments d’observation 111

Annexe 4 – Les locaux du PADMG 112

Annexe 5 – Image du bar d’une bénéficiaire de Tchibanga 112

Annexe 6 – Agricultrices dans une plantation de manioc 113

Annexe 7 – Plantation de manioc 113

Annexe 8 – Étal d’une bénéficiaire au grand marché de Tchibanga 114

Annexe 9 – Vente de vivres à domicile 114

Annexe 10 – Atel ier de couture d’une des premières bénéficiaires 115

Annexe Il – Restaurant Le Semeur. 115

(7)

Tableau 2 : Classification des établissements de microcrédit.. 55

Tableau 3 : L’évolution des activités de microfinance 57

Tableau 4: Les phases de financement

du

PADMG 72

Tableau 5 : L’intervalle d’âge 75

Tableau 6 : La situation matrimoniale des femmes 76

Tableau 7 : Nombre d’enfants 77

Tableau 8 : Le niveau d’instruction des répondantes 78

Tableau 9 : La structure des associations 80

Tableau 10 : Domaines d’activités des bénéficiaires 82

Tableau 11 : Les difficultés rencontrées par les bénéficiaires 85

(8)

AGAPF : Association pour le planning familial

ALUCAF : Association nationale pour la lutte contre les cancers féminins

APEMG : Association professionnelle des établissements de microfinance du Gabon
AREC: Associations rotatives d’épargne et de crédit

BAD: Banque africaine de développement
BGD : Banque gabonaise de développement

CAMCCUL: Cameroon Cooperative Credit Union League
CEA : Commission économique des Nations unies pour l’Afrique

CEDEF: Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à
l’égard de la femme

CEMAC : Communauté des États de l’Afrique centrale

CENAF: Centre d’appui aux organisations des femmes du Gabon
CFEC : Caisse FEMO d’épargne et de crédit

CECAG: Caisse d’épargne et de crédit de l’association des assistants de services
sociaux du Gabon

CGAP: Consultative Group to Assist the Poor
CNM : Comité national de la microfinance

CNPM : Cellule nationale de promotion de la microfinance
COB AC : Commission bancaire de l’Afrique centrale
CORFEM : Coordination des ong et associations féminines

DGSEE: Direction générale de la statistique et des études économiques
DIF : Direction des institutions financières

DSCRP : Document de stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté
EDSG : Enquête démographique de santé Gabon

(9)

EPP : Enquête sur la perception de la pauvreté
FED: Femmes et développement

FAGA : Fonds d’aide et de garantie

FIDA: Fond international de développement agricole
FNUAP : Fonds des Nations unies pour la population

FODEX: Fonds d’expansion et de développement des petites et moyennes
entreprises

GAD: Gender and Development
GED : Genre et développement

IFD : Intégration de la femme au développement

MFPEPF: Ministère de la famille, de la protection de l’enfance et de la promotion de
la femme

MGBEF: Mouvement gabonais pour le bien-être familial
UMAC : Union monétaire de

l’Afrique

centrale

ODEFPA : Observatoire national des droits de la femme et de la parité
OMD : Objectif du millénaire pour le développement

ONG : Organisation non gouvernementale
ONU: Organisation des Nations unies

OPEP: Organisation des pays exportateurs de pétrole

PADMG: Projet d’appui au développement du microcrédit au Gabon
PNUD : Programme des Nations unies pour le développement

RGPH : Recensement général de la population et de l’habitat
RNDHG : Rapport national sur le développement humain au Gabon
SEWA : Self Employed Women’s Association

TBE : Tableau de bord de l’économie

UEMOA: Union économique et monétaire ouest africaine
WAD: Women and Development

(10)

Programme d’appui au développement du microcrédit au Gabon (PADMG)
d’améliorer leurs conditions de vie. Notre démarche tente de répondre à la question
suivante: comment se développe la microfinance au Gabon, et quel est son rôle dans
la promotion de la condition des femmes, en particulier les bénéficiaires du
PADMG? Dans cette optique, nous dressons un portrait de la microfinance au Gabon
et présentons des éléments clés du contexte économique, social et politique. À partir
d’une analyse du concept d’empowerment, ainsi que d’une recherche terrain qui a

permis de recueillir des données qualitatives, notamment grâce aux entrevues menées
dans la ville de Tchibanga, cette étude est parvenue à mieux cerner l’impact du
projet sur les femmes.

Certains éléments socio-économiques sont présentés dans le but de mieux
comprendre le contexte local, particulièrement la dynamique entrepreneuriale des
Gabonaises. Il est également mis en évidence, l’émergence et la structuration
récentes du secteur de la microfinance. Les différentes mutations de la société
gabonaise, introduisent des comportements nouveaux chez les populations et
entraînent un essor de l’ entrepreneuriat féminin.

À partir d’une analyse des principaux établissements de microfinance (EMF) et
de la situation des bénéficiaires du PADMG, ce travail fait ressortir deux principaux
résultats. Les initiatives de microfinance menées au Gabon, ne permettent pas encore
d’assurer la couverture du territoire en matière de services financiers décentralisés.
Ensuite, les bénéficiaires de Tchibanga parviennent à entreprendre des activités
rémunératrices, sur lesquelles plane un risque de saturation notamment à cause de
l’étroitesse du marché, la concurrence et des difficultés d’écoulement vers d’autres
centres urbains. Ainsi, les possibilités de rentabilité à long terme et de pérennité s’en
trouvent compromises.

(11)

sans précédent de ses activités, au point que certains auteurs la qualifient de
«révolution de la microfinance» (Robinson, 2001). En effet, elle permet aux
populations exclues du système bancaire traditionnel, d’avoir accès à des services
financiers dont elles sont privées par manque de garantie, ou parce qu’ils ne sont pas
adaptés à leurs besoins (Yunus, 1997 ; Khandker, 1998; SaIT ,1998; Nowak, 2005).

L’accroissement des inégalités dans le monde représente un défi majeur pour les
institutions internationales ainsi que les acteurs du développement, car les inégalités
entravent «la participation effective des populations locales au développement de
leurs pays» (ONU, 2007 :34) , plus précisément celle des femmes, dont la situation
est particulièrement préoccupante, parce qu’elles sont victimes des inégalités de
genre et majoritairement privées de l’accès au capital ainsi que des ressources
productives (Yunus, 1997; Khandker,1998 ;Rahman, 1999; SaIT, 1998 ; Kabeer (b),
2005). Les femmes sont plus vulnérables face à la pauvreté, laquelle se manifeste
avec plus d’acuité dans leur vie, car non seulement elles ne bénéficient pas des
mêmes droits que les hommes, mais en plus elles en prennent conscience plus
difficilement (notamment à cause de la hiérarchisation de la société et du carcan
culturel) et éprouvent des difficultés à les faire valoir (Guérin (c), 2002). Leur
situation est d’autant plus difficile que la pauvreté qu’elles affrontent « résulte de
phénomènes économiques, politiques et sociaux interagissant, et souvent se
renforçant les uns les autres, aggravant ainsi le dénuement» (Banque mondiale,
2008 :1).

La mise à l’agenda des questions liées à la problématique de la pauvreté se
traduit par l’adoption, en 2000, par les pays membres de l’ONU de l’objectif 3 visant

(12)

Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) (PNUD, 2005). Le
microcrédit est présenté comme un outil efficace pouvant contribuer à l’atteinte de
cet objectif et les projets de microfinance destinés aux femmes se sont multipliés.

Le succès de la Grameen Bank’, au Bangladesh, a révélé la fiabilité de la moitié
de la population jusque là peu considérée ou encore ignorée par les banques: les
femmes (Yunus, 1997 ; Khandker, 1998 ; Gilbert, 2008). En effet, les emprunteuses
de cette banque sont parvenues à financer leurs activités, et ainsi améliorer leurs
conditions de vie, ainsi que celles de leurs familles (Kabeer (a), 2005). Observant le
comportement des femmes bénéficiaires de microcrédits et la transformation qui
s’opérait dans leur vie, Muhammad Yunus (1997) affirma que «le crédit lorsqu’il
passait par les femmes, amenait plus rapidement des changements que lorsqu’il
passait par les hommes» (Yunus, 1997 :114). En outre, les taux de remboursement
élevés emegistrés auprès de la clientèle féminine ont démontré sa rentabilité (Yunus,
1997; Nowak, 2005 Gilbert, 2008). Cette expérience de microfinancement des
femmes, porteuse d’un changement dans les rapports sociaux, a trouvé écho auprès
des différents acteurs de développement et explique leur engouement à promouvoir
l’accès des femmes aux microcrédits.

Il existe des disparités dans le développement de la microfinance au sein de la
Communauté des États de l’Afrique centrale. Certains pays, notamment le Gabon,
ont connu une émergence tardive de ce secteur (Banque de France, 2003). Toutefois,
au regard des changements économiques et des mutations sociales qui sont survenus
dans ce pays, le contexte actuel est favorable au développement des activités de

La Grameen Bank est une institution fondée au Bangladesh par Muhammad Yunus, récipiendaire du
Prix Nobel de la Paix en 2006. Ses premières activités ont débuté en 1976 dans le village de Jobra,
et elle a développé une approche innovatrice car elle est la première institution à avoir instauré un
système de prêts bancaires destiné aux pauvres, et particulièrement les femmes (Yunus, J997 ;
Gilbert, 2008)

(13)

microfinance, particulièrement à l’égard des femmes. Dans cette optique, le
Ministère de la famille, de la promotion de la femme et de la protection de l’enfance
(MFPFPE) en partenariat avec le Programme des nations unies pour le
développement (PNUD), a initié le Programme d’appui au développement du
microcrédit au Gabon (PADMG), dont la première phase a été lancée en 2005 dans la
province de la Nyanga.

Il apparaît donc judicieux de s’intéresser à l’émergence de la microfinance au
Gabon, précisément pour les femmes gabonaises. Ce mémoire de type descriptif
poursuit un double objectif: établir un portrait de la microfinance au Gabon et
analyser de façon spécifique l’impact du projet de microcrédit destiné aux femmes de
la ville de Tchibanga. La question qui le sous-tend est la suivante: comment se
développe la microfinance au Gabon, et quel est son rôle dans la promotion de la
condition des femmes, en particulier les bénéficiaires du PADMG?

La pertinence de ce travail réside dans le fait que les travaux portant sur l’accès
des femmes au microcrédit sont nombreux (Guérin, 2002 (b) ; Mayoux 1998,2000 ;
Kabeer(a), 2005). Cependant, compte tenu du développement récent de la
microfinance au Gabon, peu de recherches sont disponibles pour y illustrer l’impact
du microcrédit. Il nous est apparu nécessaire de procéder à une recherche sur les
activités de microfinance, plus spécifiquement sur la contribution du microcrédit au
financement d’activités génératrices de revenus pour les femmes gabonaises. Par
ailleurs, le foisonnement de programmes de promotion de la condition féminine,
parmi lesquels s’insère le PADMG, est un élément propice à l’analyse du rôle de
transformation du microcrédit dans la vie des femmes gabonaises.

Notre travail est divisé en trois parties. Dans le premier chapitre nous
présenterons: les outils conceptuels et les éléments théoriques qui permettront

(14)

d’analyser les informations recueillies. Cette partie traitera entre autres du concept de

l’empowermenr et définira les principaux termes qui seront utilisés dans ce travail.
Enfin. elle explorera la situation des femmes gabonaises.

Le deuxième chapitre précise le contexte de la recherche, il dresse un portrait
économique et social du Gabon, puis décrit le processus d’évolution du secteur de la
microfinance, et en identifie les principaux acteurs.

Le troisième chapitre décrira plus spécifiquement le PADMG et présentera les
résultats de notre enquête terrain. Il s’attellera aussi à évaluer l’impact de l’accès des
femmes de Tchibanga au microcrédit et

à

mesurer le niveau d’empowerment atteint.
L’analyse de la situation mènera ainsi à la conclusion de ce mémoire.

2 Il existe plusieurs traductions en français de ce terme anglais, mais nous avons préféré l’utiliser dans

(15)

Cette section présente le cadre d’analyse adopté pour répondre à notre question
de recherche. La définition des concepts clés est essentielle afin de mettre en
évidence la compréhension que nous en avons et la signification qu’ils prennent dans
notre travail. Ensuite, la méthodologie, le choix des techniques et outils de recherche
sont présentés. Enfin, nous dressons un état des lieux de la situation des femmes dans
la société gabonaise.

1.1- Le cadre d’analyse

La principale caractéristique des nombreux projets de microcrédit financés par les
acteurs internationaux et locaux de développement, est qu’ils ciblent majoritairement
la clientèle féminine (Mayoux, 2000; Falquet (c), 2003;Kabeer, 2005; Leblanc
Dominguez, 2005). Il s’agit d’une tendance qui entre dans l’approche genre et
développement et a pour but de renforcer le pouvoir et l’autonomie des femmes en les
amenant à être plus indépendantes.

Le cadre d’analyse utilisé dans ce mémoire a été développé par Linda Mayoux
(1998), dans son article intitulé «L’empowerment des femmes contre la viabilité?
Vers un nouveau paradigme dans les programmes de micro-crédit». L’auteure y fait
ressortir les trois paradigmes sous-jacents à la microfinance, il s’agit: du paradigme
de la viabilité financière (jinancial self-sustainability), de la réduction de la pauvreté

(poverty alleviation) et de l’empowerment des femmes (jeminist empowerment).

Chacun d’eux correspond à une définition distincte de l’empowerment, et Linda
Mayoux présente les changements qui s’opèrent dans la vie des femmes, au niveau

(16)

économique, individuel, social et politique. Dans la pratique, un cercle vertueux peut
se mettre en place en agissant sur les différents volets en même temps, dans la
mesure où les trois approches sont fortement liées entre elles.

Nous présentons ICI un tableau synthétisant les caractéristiques des trois
paradigmes:

Tableau 1 – Les trois paradigmes dominants en microfinance
Paradigmes

Objectifs

Caractéristiques

Motifs du choix des
femmes comme
groupe cible
Viabilité
Définition de
l’empowerment
Viabilité financière

-Mettre en place des pro­
grammes de microfinance
viables – Améliorer l’accès
aux services de microcrédit
pour un grand nombre de
démunis.

Prépondérant actuelle­
ment dans la plupart des
agences donatrices, sous­
jacent dans les modèles de
micro-finance défendus
dans les publications d’US­
AID et de CGAP.

Les considérations d’effica­
cité grâce au haut taux de
remboursement des fem­
mes.

La viabilité financière du
programme.

Empowerment économique,
plus grandes possibilités de
choix individuel et plus
grande capacité.

Réduction de
la pauvreté

La microfinance comme partie
d’un programme intégré de
lutte contre la pauvreté et la
vulnérabilité et pour l’améliora­
tion du bien-être pour les
fo-Vers les plus pauvres
Programmes intégrés de lutte
contre la pauvreté par le déve­
loppement communautaire.

Le taux de pauvreté est plus
grand parmi les femmes, et
celles-ci sont responsables du
bien-être du foyer.

La mise en place d’institutions
participatives au niveau local,
dans un but d’autonomie com­
munautaire à long terme et
d’autodétermination pour les
démunis

Bien-être accru, développe­
ment communautaire et auto­
nomie (financière)

Empowerment
des femmes

-Utiliser le micro-crédit
comme point de départ pour
l’ empowerment économique

Prend naissance dans le
mouvement international
des femmes (Sen & Grown,
1988) et est sous-jacent
dans les politiques de genre
de nombreuses ONG. Ce
paradigme n’a pas été
imposé par le Nord. Il
caractérise les premiers
programmes de micro-crédit
dans le Sud, en particulier
SEWA en Inde.

La recherche de l’égalité
entre hommes et femmes,
et les droits de l’homme.
Le développement d’organi­
sations participatives et in­
dépendantes de femmes,
en relation avec un mouve­
ment plus large des lem­
mes, dans le but d’une
transformation des relations
entre les genres.

La transformation des
relations de pouvoir dans
toute la société.

Source: Tableau constitué à partir du texte de Linda Mayoux( 1998) : «L’empowerrnent des femmes
contre la viabilité? Vers un nouveau paradigme dans les programmes de micro-crédit».

(17)

Nous avons choisi d’utiliser le paradigme de la réduction de la pauvreté comme
cadre d’analyse parce qu’il justifie le recours au microcrédit comme étant un moyen
de lutter contre la pauvreté féminine et d’engendrer des améliorations au niveau du
bien-être familial (Mayoux, 1999; Kabeer (b), 2005). Les femmes étant
majoritairement victimes de la pauvreté, elles ont besoin d’accéder aux ressources
financières dont elles sont privées (Yunus, 1997; Mayoux, 1998, Rahman, 1999).
Ainsi, «by providing access to financing for income-generating activities,
microfinance institutions can significantly reduce women’s vulnerability to poverty»
(Cheston et Kuhn, 2002 dans Leblanc Dominguez, 2005:22).

Le projet de microcrédit destiné aux femmes de Tchibanga, s’inscrit dans une
optique de lutte contre la pauvreté, ce qui explique le choix du deuxième paradigme
de Mayoux (1998). Les femmes sont identifiées comme groupe cible car en leur
donnant un accès plus large au microcrédit cela entraine des effets importants au
niveau cognitif, au sein du foyer et de la communauté (Yunus, 1997; Mayoux,
2000;Guérin (c), 2002, Kabeer (b), 2005). Le cadre d’analyse proposé par le
paradigme de réduction de la pauvreté est donc pertinent en ce qui concerne le sujet
étudié.

Toutefois, l’auteure mentionne que le paradigme de la réduction de la pauvreté et

celui de l’empowerment des femmes sont complémentaires. En effet, selon

l’approche de l’empowerment féministe, l’empowerment est «vu comme un

processus de changement individuel interne (le pouvoir en), d’augmentation des
capacités (le pouvoir de) et la mobilisation collective des femmes, et des hommes
quand c’est possible (le pouvoir avec), dans le but de remettre en cause et de changer
la subordination liée au genre (le pouvoir sur) » (Mayoux, 1998 :76). Il dépasse le
domaine économique, et s’attaque à des enjeux plus importants, tels que la remise en
question des inégalités de genre. Le microcrédit est donc perçu comme un outil
permettant aux femmes de transformer les rapports de pouvoir au sein de la société.

(18)

Dans l’évaluation du niveau d’empowerment atteint par les femmes bénéficiaires
du PADMG, nous utiliserons les éléments issus de ce cadre d’analyse pour
déterminer les changements qui s’opèrent dans la vie des emprunteuses à savoir: le
bien-être accru, le développement communautaire et l’autonomie financière.

Il est nécessaire de définir les concepts clés que nous utiliserons, afin de les
circonscrire dans le cadre de notre mémoire. Les différentes approches dominantes en
microfinance font référence à plusieurs notions. Nous présenterons entre autres les
concepts suivants: le microcrédit, l’ empowerment, le capital social, et le
renforcement des capacités.

1.1.1 – La microfinance

La microfinance, souvent confondue avec le microcrédit, s’impose de plus en
plus comme un outil d’inclusion financière des personnes exclues du système
bancaire (Robinson 2001 ; Mayoux, 2001 ; Nowak, 2005). En effet, en septembre

2005, durant l’année internationale du microcrédit, le Groupe consultatif d’assistance
aux pauvres (CGAP) définissait la microfinance de la façon suivante:

«On entend par microfinance l’offre de services financiers (microcrédit, micro assurance,
etc.) aux populations pauvres, exclues du système bancaire, sans ressource ni droit de
propriété. Les gens vivant dans la pauvreté, comme tous les autres, ont besoin d’une gamme
diverse d’instruments financiers pour diriger leurs affaires, stabiliser leur consommation et se
protéger contre des risques. Les services financiers dont les pauvres ont besoin incluent des
prêts de fonds de roulement, le crédit à la consommation, l’épargne, l’assurance, et des
services de transfert d’argent» (CGAP dans Sine, 2008 : p.152)

Une autre définition plus large est proposée par Gentil (2004) :

«La microfinance constitue[ … ]actuellement un secteur financier entre le secteur bancaire et
le secteur endogène!«informel» (tontines, banquiers ambulants, prêts personnels à taux nul
ou «usuraires»,gardes-monnaie,[ … ]11 assure des services financiers de proximité, crédit,
épargne et un peu d’assurance pour les exclus du système bancaire[ … ]Les montants du
crédit sont le plus souvent de faibles montants (entre 50 et 100 dollars) et ils sont destinés
principalement à des populations pauvres» (Gentil, 2002, dans Leblanc Dominguez,
2005 :15).

(19)

On entend aussi par microfinance «un ensemble très diversifié de dispositifs
offrant des capacités d’épargne, de prêt ou d’assurance à de larges fractions des
populations rurales, mais aussi urbaines, n’ayant pas accès aux services financiers des
établissements soumis à des contraintes de rentabilité immédiates et à certains ratios
prudentiels» (Servet et Gentil :2002). Cette offre de services financiers (crédit,
épargne, assurances, etc.) est ainsi accessibles aux exclus, précisément les femmes, à
travers les institutions de microfinance (IMF).

La définition d’Hofmann et Marius-Gnanou (2003 :5) est celle que nous retenons
dans le cadre de notre travail. Selon ces auteurs, la microfinance désigne: «l’octroi
de services financiers (généralement du crédit et/ou de l’épargne), à des personnes
développant une activité productive, le plus souvent de l’artisanat ou du commerce,
et n’ayant pas accès aux institutions financières commerciales en raison de leur profil
socio-économique ».

L’engouement suscité par la microfinance et les performances sociales qui lui
sont attribuées résident dans le fait qu’elle comporte un idéal d’inclusion financière
des populations les plus pauvres (Roy, 2006; Jégourel, 2008). Selon Servet
(2006 :225) trois critères caractérisent le secteur de la microfinance: « le faible
montant des opérations, la proximité non seulement spatiale, mais aussi mentale et
sociale entre l’organisation et sa population cible, et la pauvreté supposée des
client(e)s ou l’exclusion qu’elles ou ils subissent».

Il ne s’agit pas d’un mouvement local, mais bien international, dans la mesure où
la microfinance connaît un véritable essor et est considérée par les gouvernements,
les bailleurs de fonds ainsi que les ONG, comme un des leviers importants de lutte
contre la pauvreté (Mayoux, 2001 ; Gentil et Servet, 2005). Aussi, dans les pays en
développement, les structures de microfinance sont devenues de plus en plus
attrayantes par leur proximité, et leur flexibilité. Il ressort que ce secteur al’ avantage

(20)

d’élargir le champ de possibilités offertes aux populations car «d’un point de vue
économique et financier, la microfinance permet de desserrer une contrainte
fondamentale: l’absence de services financiers de qualité pour la majorité des
populations, a priori considérée comme dénuée de projet rentable par les banques»
(Gentil et Servet, 2002 : 759).

1.1.2 – Le microcrédit

Le microcrédit est l’outil de microfinance le plus répandu mais aussi le plus
populaire, car il répond aux besoins des populations, en ressources financières. Il a
pris son essor dans les années 70 sous la houlette de Muhammad Yunus, un
économiste bangladais, qui créa la Grameen Bank, en 1983, dans le but de répondre
aux besoins en ressources financières des populations locales, et particulièrement des
femmes bangladaises. Son initiative a commencé par le prêt d’une sonune d’environ
27$ de l’argent à des personnes a priori insolvables selon les banques. Le taux de
remboursement fut de 100% et cette expérience révélatrice des capacités
entrepreneuriales des femmes, mais aussi de leur fiabilité, est devenue une source
d’inspiration ainsi que le symbole d’un succès qui suscite un engouement
international pour le microcrédit. Les expériences de microfinancement se multiplient

à travers le monde, et elles ont en commun de cibler de la clientèle féminine dont il
s’agit généralement d’un premier accès au «crédit productif» (Guérin et Palier,
2007 :28), pouvant améliorer leurs revenus et leur productivité (Khandker, 1998).
Considérant les nombreuses réussites enregistrées, plusieurs le voient comme la
solution pour éradiquer la pauvreté; au point que Kabeer (a) (2005 :1) ait utilisé
l’expression magic bullet (balle magique).

Le microcrédit désigne une somme d’argent, dont le montant est variable, prêtée
de façon individuelle ou collective pour le démmTage ou l’expansion d’activités
génératrices de revenus. Les femmes investissent généralement cet emprunt dans le

(21)

développement d’activités artisanales, agricoles ou commerciales. Elles sont
devenues les clientes privilégiées des IMF, premièrement à cause de l’exclusion
bancaire dont elles sont couramment victimes, ensuite à cause de la pauvreté qui les
frappe de façon plus accrue, et enfin parce qu’elles se sont révélées être fiables dans
le remboursement de leurs emprunts (Yunus, 1997 ; Mayoux, 1998 ;Kabeer, 2005).

Au-delà du simple prêt d’un montant d’argent, dans notre mémoire, nous
abordons le microcrédit comme une assistance financière et technique permettant le
renforcement des capacités des femmes, en leur procurant les outils nécessaires pour
mettre en valeur leur capital humain (Mayoux, 2001) de même que leur potentiel
entrepreneurial.

Le microcrédit revêt une double fonction: économique et sociale; il traverse les
barrières culturelles et transforme la hiérarchisation de la société (Yunus, 1997;
Mayoux, 2001 ; Nowak, 2005). Les auteurs (Yunus, 1997; Mayoux, 1999,2001 ;
Robinson, 2001 ; Kabeer(a), 2005 ; Guérin, 2005) s’accordent à reconnaître que le
microcrédit permet: d’augmenter les revenus des femmes et faciliter leur

indépendance financière, de stabiliser et professionnaliser leurs activités

entrepreneuriales, d’améliorer leur statut au sein de la famille et de renforcer l’estime
qu’elles ont d’elles-mêmes.

Le microcrédit s’octroie généralement par différentes institutions pouvant être
classées selon trois grands types:

-Les caisses locales et réseaux d’épargne et de crédit (Pamecas au Sénégal, Nyesigiso
et Kafo Jiginew au Mali, CAMCCUL au Cameroun … );

-Les banques de microfinance (Grameen Bank au Bangladesh, Bancosol en
Bolivie … );

(22)

Guérin (2002) (a) propose deux catégories de microcrédit: individuel et
collectif:

Le crédit individuel

Il est accordé à une personne à faible revenu, ou à un entrepreneur disposant déjà
d’une entreprise. L’emprunteur est le seul responsable du remboursement du prêt
contracté. En y accédant il peut créer une microentreprise, agrandir une entreprise
déjà existante ou augmenter le volume de ses affaires. Le crédit individuel est
généralement accordé à des personnes qui n’ont pas d’épargne et ne présentent pas de
garanties suffisantes pour que les banques classiques leur accordent un prêt.

Le crédit collectif

Contrairement au crédit individuel, le crédit collectif est accordé à un groupe de
personnes qui font office de caution solidaire. Cette formule consiste à octroyer un
microcrédit, non pas individuellement à chaque demandeur, mais à un groupe dont
les membres sont solidairement responsables du remboursement du prêt par
l’ensemble du groupe (Guérin, 2003). Le crédit collectif s’adresse à des groupes,
d’environ cinq personnes et plus, dont les membres se portent mutuellement garants
du crédit contracté. En cas de défaut de paiement de l’un des membres, les autres
membres doivent endosser la responsabilité du remboursement. Cet engagement
collectif fait office de garantie ou encore de caution solidaire (Yunus, 1998; Guérin,
2003).

À

l’inverse du crédit individuel, le crédit collectif présente davantage de
garanties car le groupe représente une pression sociale sur chacun de ses membres.
De nombreux groupes de femmes se sont formés dans plusieurs pays pour bénéficier
de cette forme de crédit.

(23)

1.1.3 – Le genre

Le genre est un concept fondamental pouvant être défini comme la construction
sociale et culturelle de la catégorie masculin et féminin par comparaison au sexe qui
ne comprend que les aspects physiologiques différenciant les hommes des femmes
(Dagenais et Piché, 1994 ; Falquet, 2003). Il est plus global car il tient compte de la
construction identitaire et des rôles sociaux, plutôt qu’aux simples questions
biologiques (Bisiliat et Verschuur, 2000, Kabeer, 2003). Sa compréhension permet
d’identifier les aspects socioculturels qui engendrent des inégalités dans les relations
de pouvoir et bloquent la participation effective des femmes au développement.

1.1.4 – L’empowerment

L’utilisation du concept d’empowerment a commencé dans les pays du Sud,

précisément en Inde, au sein du réseau DAWN3 (Bisilliat, 2002 ; Hofmann et Marius­
Gnanou, 2002) et fait aujourd’hui l’objet de nombreux débats (Mayoux, 1998). Il
s’insère dans l’approche genre et développement4, et est intégré dans un nombre
croissant de programmes créés par les ONG ainsi que les organisations
internationales.

Depuis la Conférence de Pékin, en 1995, l’ empowerment s’est imposé comme

une stratégie clé de développement. La déclaration de Pékin affirmait dans son
paragraphe 13 que: «l’empowerment des femmes et leur pleine participation dans des

3 Le DAWN est un réseau d’ «alternatives pour le développement avec les femmes à l’aube d’une ère

nouvelle» créé par un groupe de sociologues et d’économistes à Bangalore en Inde (Hofmann,
2003: 1)

4 Depuis les années 70 trois paradigmes dominants ont marqué les recherches sur le thème des femmes

et du développement. Il s’agit des approches Intégration de la femme au développement (IFD ou
WID) ; femmes et développement (FED ou WAD) ; et genre et développement (GED ou GAD).
Cette dernière vise à assurer une répartition égale des opportunités, et des ressources à travers une
intervention de l’État. Elle favorise l’implication des femmes dans le développement, ainsi que leur
empowerment.

(24)

conditions d’égalité dans toutes les sphères de la société, incluant la palticipation aux
processus de décision et l’accès au pouvoir, sont fondamentaux pour l’obtention de
l’égalité, du développement et de la paix».

L’utilisation de l’empowerment est devenue courante mais aucune définition ne
fait l’unanimité (Mayoux, 1998). La traduction en français de ce terme anglais

propose plusieurs termes: «attribution de pOUVOir» (Bisilliat, 2003),

l’ «autonomisation» ou l’ «émancipation», lesquels ne sont pas assez clairs (Hofmann
et Marius-Gnanou, 2007), ni complets pour représenter les changements entraînés par

l’empowerment .Ce concept qui fait l’objet de débats «regroupe un vaste éventail
d’idéologies et de disciplines qui en font une notion difficile à cerner» (Leblanc
Dominguez, 2005 : 33). Il s’agit d’un concept central dans l’étude du microcrédit et
des femmes, dans la mesure où il est utilisé comme un indicateur pour évaluer les
transformations qui s’opèrent dans leur vie, suite à leur accès à cette ressource
financière.

Isabelle Guérin (2007 :28) définit l’ empowerment comme étant le « processus
d’accès à plus de pouvoir, la notion de pouvoir étant entendue au sens large
économique, social et politique». Dans ce mémoire, nous utiliserons donc

l’empowerment selon la définition suivante: le processus par lequel les personnes
privées de ressources accèdent à plus de pouvoir de décision et d’action dans leur vie.
Il se caractérise par un contrôle des ressources matérielles et non matérielles.

Les auteurs s’accordent à reconnaître que l’une des caractéristiques essentielles
de l’ empowerment est l’appropriation du pouvoir de décision par les femmes
bénéficiaires de microcrédit (Mayoux, 1998 ; Kabeer, 2005).

(25)

Les niveaux d’empowerment

En analysant les programmes et la littérature sur la microfinance, nous constatons
qu’il n’existe pas d’unanimité au sujet de la nature de l’empowerment visé. Linda

Mayoux (1998) en distingue trois niveaux:

-L’ empowerment économique individuel : on suppose que faciliter l’accès des

femmes aux programmes de microcrédit financièrement viables leur permettra
d’augmenter leur revenu et d’accroître leur contrôle sur le revenu et les ressources
impliquées;

-L’empowerment par l’amélioration du bien-être : l’accès plus large à la

microfinance permettrait aux femmes d’augmenter le bien-être de leur foyer et par la
suite d’améliorer leur statut au sein du ménage et de la communauté. C’est pourquoi
on postule que l’empowerment des femmes et la réduction de la pauvreté se

renforcent mutuellement et nécessairement;

-L’empowerment social et politique implique la capacité de changer et de remettre en

cause la soumission des femmes. Cette dimension d’empowerment va au-delà de

l’essor économique et de l’amélioration du bien-être.

1.1.5 – Le secteur informel

La notion de secteur informel a été employée pour la première fois en 1971, dans
une étude de Keith Hart sur le Ghana. Elle fut reprise par le Bureau international du
travail (BIT) dans un rapport, publié en 1972, sur la situation de l’emploi urbain au
Kenya. Le secteur informel ou l’économie informelle est lié au développement
spontané de petits métiers urbains, d’ « activités des travailleurs pauvres qui exercent
un travail pénible mais dont les activités n’étaient ni reconnues, ni enregistrées, ni
protégées, ni réglementées par les pouvoirs publics» (OIT, 2004 :1). Le terme secteur
informel, évoluera très vite, désignant des activités hétérogènes, parmi lesquelles
apparaissent des stratégies collectives qui ont permis de créer des groupes (SELF­

(26)

Help’s group, en Inde), des associations, telles que les Associations rotatives
d’épargne et de crédit (ARECi au Cameroun et au Sénégal (Lelart, 1990), ainsi que
des coopératives, des mutuelles et des réseaux d’entraide, encore appelés tontines. La
finance informelle (les prêts usuraires, les tontines …) est une réponse à
l’inadéquation des systèmes financiers formels et occupe aujourd’hui une grande
place dans les pays en développement, et est organisée en dehors de toute
réglementation et de tout contrôle (Lautier, 2006).

Les femmes sont très impliquées dans ce secteur (Rondeau, 1995), mais l’absence
de chiffres sur l’économie informelle ne permet pas d’en mesurer l’implication.
Guérin (a) (2002) fait d’ailleurs remarquer la souplesse des modes de financement
informels.

1.1.6 – Les tontines

La forme la plus courante de la finance informelle est l’association rotative
d’épargne et de crédit (AREC), plus souvent désignée par l’expression tontine. Il
s’agit d’ «une association de personnes qui, unies par des liens familiaux, d’amitiés,
de profession, de clan ou de religion, se retrouvent à des périodes d’intervalle plus ou
moins variables afin de mettre en commun leur épargne en vue de la résolution des
problèmes particuliers ou collectifs» (Bouman dans Yanga Ngary, 2008 :87).

Très développées dans les pays africains, surtout en Afrique de l’ouest (SaIT,
1998) et au Cameroun (Mayoux, 2000), les tontines sont une pratique informelle
d’épargne et de crédit formées par des regroupements de femmes qui s’engagent de
manière rotative, à verser une somme prédéterminée à une fréquence donnée. Le
phénomène tontinier est en pleine expansion au Gabon, particulièrement chez les
femmes. Chaque membre touche à son tour, les dividendes du capital investi et la

(27)

tontine prend fin lorsque chacune des participantes a perçu sa part. Il existe des
tontines pour tous les montants d’argent et fonctionnant hebdomadairement,
mensuellement ou selon la période fixée par ses membres.

Par ailleurs, «ces tractations sont basées sur la confiance et les réseaux informels
qui sont par ailleurs très bien organisés et structurés dans les milieux locaux »
(Provost, 2006 :91). D’une manière générale, il s’agit d’un financement utilisé pour
faire face aux dépenses courantes (alimentation, habillement), pour subvenir aux
dépenses sociales (mariages, enterrement, baptêmes … ) (Sarr, 1998), ou pour
s’assurer le capital nécessaire au démarrage d’une activité rémunératrice (Yanga
Ngary, 2008). Au Gabon, les deux formes de tontines principalement utilisées sont la
tontine commerciale et la tontine mutuelle, cette dernière étant le modèle auquel les
populations adhèrent majoritairement (Mezui Me Sima, 1997).

La discipline et les eXigences de ce mode d’accumulation, est aussi un bon
prétexte pour échapper aux sollicitations familiales, dans le mesure où une femme
engagée dans une tontine, peut invoquer ce motif pour ne pas répondre aux demandes
financières. Cependant, « la tontine reste un intermédiaire financier imparfait dont le
caractère informel n’en permet pas une étude exhaustive» (Mbouombouo Ndam:
27). Il est donc difficile de déterminer les montants qui transitent par ces réseaux
d’épargne et de crédit.

1.1.7 – Le capital social

Le capital social fait référence à la structure des relations entre les personnes
issues d’un ou de plusieurs groupes d’organisation sociale, tels que les réseaux ou
encore les associations (Ndeye, 2001). «L’existence du capital social dans la forme
de réseaux informels ou de normes associatives est perçue comme un substitut des
garanties financières au moment de la sélection des bénéficiaires, du déboursement et

(28)

du recouvrement des prêts» (Mayoux, 2001 :438). Dans le secteur de la
microfinance, les tenants des courants institutionnalistes et welfaristes, reconnaissent
le rôle du capital social dans la constitution du capital financier, mais surtout en tant
que garantie de remboursement des emprunts. Il est présenté comme un moyen de
mutualiser les risques, de renforcer les liens entre les individus, mais surtout de
garantir une pression intragroupe, peer pressure, laquelle favorise le remboursement
d’un prêt octroyé à l’un des membres (Yunus,

1997;

Mayoux 2001; Kabeer (b),
2005). Ainsi «les membres partagent l’obligation du remboursement des emprunts,
de sorte que le capital social se substitue à la richesse en tant que garantie» (Banque
mondiale, 2008 : 172).

Toutefois, il y a des débats sur les inconvénients potentiels du capital social et
trois dimensions principales en ressortent:

-Les réseaux sociaux basés sur la connaissance ou la réputation de leurs membres
risquent d’exclure de nouvelles personnes;

-Les traditions peuvent être des facteurs d’étouffement de la croissance individuelle
et la pression de la communauté peut entrainer des problèmes aux personnes qui
n’observent pas les règles de fonctionnement;

-Les communautés, ethniques ou religieuses, au sein desquelles le capital social est
important peuvent être nuisibles à la société.

1.1.8 – Le renforcement des capacités

Le soutien apporté aux emprunteurs est très important dans la mesure où il
favorise «le renforcement des capacités humaines, le renforcement des capacités
organisationnelles collectives, et finalement, le renforcement des capacités
économiques. Les populations seront ensuite mieux disposées à prendre part
activement à leur développement» (Roy, 2006 :125). Les définitions de la notion de
renforcement des capacités diffèrent selon les organisations. Selon le Réseau sur la

(29)

Gouvernance du CAD-OCDE, le renforcement des capacités a trait aux processus par
lesquels les individus, les organisations et la collectivité dans son ensemble libèrent,
créent, renforcent, adaptent et préservent les capacités au fil des ans. Le soutien au
renforcement des capacités recouvre trois dimensions : les capacités humaines, les
capacités organisationnelles et les capacités institutionnelles en général.

Danny Roy (2006) souligne le caractère multidimensionnel des institutions de
microfinance (lMF), et leur rôle dans le renforcement des capacités des femmes. À

travers les programmes élaborés pour la clientèle féminine, certains IMF et projets de
microcrédit, à l’instar du Projet d’appui au développement du microcrédit au Gabon
(PADMG), visent à favoriser une approche pmticipative des femmes au
développement, de même qu’un renforcement de leurs compétences. Le terme
capacités est utilisé pour désigner les compétences et les ressources, pouvant être

individuelles ou organisationnelles (alphabétisation, formation, ressources

financières, etc.) (Djerareou, 2006).

La définition que nous retenons du renforcement des capacités est celle qu’en
donne Ian Smillie (dans Ndeye, 2001), c’est-à-dire le processus par lequel une
organisation ou un individu parvient à améliorer sa performance dans la gestion de
ses ressources et à mieux exploiter son potentiel. Dans cette optique au-delà du
simple prêt d’un montant d’argent, dans notre mémoire, nous abordons le microcrédit
comme une assistance financière et technique permettant le renforcement des
capacités des femmes, en leur procurant les outils nécessaires pour mettre en valeur
leur capital humain ainsi que leur potentiel entrepreneurial.

(30)

1.2 – Le choix de l’étude de cas

Notre recherche est basée sur l’étude du projet pilote du Programme d’appui au
développement du Microcrédit au Gabon (PADMG), ayant pour cadre la province de
la N yanga, et précisément le cas des femmes bénéficiaires de microcrédits dans la
ville de Tchibanga. L’utilisation de l’étude de cas se justifie parce qu’elle permet de
se pencher sur une unité particulière. En outre, Gauthier (2002: 160) la définit

« comme étant une approche méthodologique qui consiste à étudier une personne,
une communauté, une organisation ou une société individuelle ».

Ce choix nous apparaît plus pertinent, dans la mesure où il favorise l’étude de
l’accès des femmes gabonaises au microcrédit, dans le cadre d’une initiative majeure
menée dans un pays où la microfinance est encore peu développée. De plus, compte
tenu de la rareté des données à ce sujet il est apparu nécessaire de procéder à une
étude terrain.

1.3 – La méthodologie de recherche

La démarche méthodologique à laquelle nous avons eu recours s’est faite en
utilisant trois techniques: la recherche documentaire, l’entrevue semi-dirigée et
l’observation. Ce mémoire comporte un volet analytique qui devrait nous permettre
de répondre à notre question de recherche.

1.3.1 – La recherche documentaire

La première étape a été de procéder

à

une recherche documentaire, grâce à

laquelle nous avons rassemblé des informations sur le secteur de la microfinance et
précisément le lien entre les femmes et le microcrédit. Les sources utilisées sont
essentiellement des monographies, des articles scientifiques et des rapports

(31)

institutionnels. Elles comprennent certains textes incontournables de la littérature sur
le microcrédit et l’empowerment, notamment ceux portant sur la Grameen Bank.

Compte tenu de l’éclosion récente de la microfinance au Gabon, la
documentation spécifique à ce secteur est essentiellement constituée de rapports
d’activités produits par les établissements de microfinance (EMF), ou par les
différentes structures de promotion de ce secteur. Il est nécessaire de souligner que
l’obtention de certains documents a été difficile et cette situation confirme les propos
de Jean-Ferdinand Mbah (2000 :123): « le problème de la documentation au Gabon
constitue, sur ce plan, un réel handicap autant qu’une difficulté pour le chercheur».
Néanmoins, nous devons nuancer cette affirmation en soulignant la collaboration,
appréciée, de plusieurs acteurs du secteur de la microfinance, lesquels ont mis à notre
disposition les documents dont ils disposaient au moment de notre séjour au Gabon.

L’information disponible sur la microfinance dans ce pays étant majoritairement
quantitative, il était plus approprié d’utiliser des méthodes qualitatives pour recueillir
des informations. Dans cette optique nous avons effectué une enquête-terrain qui
s’est déroulée en deux étapes, la première étant caractérisée par un stage effectué, en
2008 au Gabon, au sein de la Cellule nationale de promotion de la microfinance
(CNPM). Nous avons ainsi pu accéder

à

des données internes du Ministère de
l’économie et des finances, et avons rencontré différents acteurs de la microfinance.
Par la suite nous avons entrepris un séjour à Tchibanga afin de compléter nos
recherches, en rencontrant les emprunteuses de microcrédit.

1.3.2 – Les entrevues

Il s’agit d’un outil direct et efficace dans la collecte d’informations sur des sujets
humains. Les entrevues permettent une interaction avec les acteurs d’une situation
donnée, Elles sont également un moyen d’obtenir, de compléter ou de clarifier des
données. Dans cette optique, nous avons retenu deux styles d’entrevues: libres et

(32)

semi-dirigées. Les premières, faites auprès des professionnels de la microfinance
nous ont donné l’opportunité de mieux cerner l’évolution et la structuration de ce
secteur. Ensuite, les entretiens menés auprès des femmes bénéficiaires du PADMG
visaient principalement à : déterminer les différents changements qui sont survenus
dans leur vie et les difficultés auxquel1es elles sont confrontées dans l’exercice de
leurs activités génératrices de revenus.

Les entrevues libres font référence à toutes les rencontres organisées par le
chercheur et dont le contenu n’est pas analysé de manière scientifique. Dans le but
d’obtenir des informations sur l’évolution de la microfinance au Gabon et pour
comprendre les réalités locales dans le secteur, nous avons sol1icité des rencontres
auprès des principaux acteurs des IMF. Ces rencontres ont été utiles pour obtenir des
documents ayant servi de SUPPOlt à ce travail.

Une autre source importante de renseignements provient des diverses entrevues
semi-dirigées menées dans la ville de Tchibanga auprès des emprunteuses du
PADMG. En effet, « on ne peut plus étudier les transformations sociales et les
microsystèmes sociaux avec un instrument qui mise uniquement sur la régularité, la
stabilité et le grand nombre: il faut s’approcher du terrain, se faire plus inductif et se
laisser imprégner de l’air du temps» (Des lauriers ,1991 :5).

L’entrevue a donc été la méthode la plus indiquée car elle permet d’avoir un
contact direct et personnel avec les répondants. Savoie-Zajc (dans Gautier,
2003 :296) la définit comme suit:

« une interaction verbale animée de façon souple par le chercheur […] dans le but d’aborder,
sur un mode qui ressemble à celui de la conversation, les thèmes généraux qu’il souhaite
explorer avec le participant à la recherche. Grâce à cette interaction, une compréhension
riche du phénomène à l’étude sera construite conjointement avec [‘ interviewé».

(33)

Il était impératif de se rapprocher de notre sujet d’étude, en nous rendant à la
source de l’information. En outre, la démarche participative était appropriée pour
comprendre les transformations qui se sont opérées chez les emprunteuses. La
deuxième étape de cette enquête s’est ainsi déroulée durant notre séjour à Tchibanga,
de février à mars 2009. À l’aide d’un questionnaire pré-établi (voir annexe 2) divisé
en trois thèmes: le profil des bénéficiaires, la description des activités et l’usage du
prêt, ainsi que l’impact du microcrédit; nous avons procédé à des entrevues semi­
dirigées, d’une durée d’environ 30 minutes chacune, auprès d’une vingtaine de
femmes. Par la suite nous avons sélectionné les données fournies par les bénéficiaires
qui ont eu accès au microcrédit lors des deux premières phases de financement.

Sur le terrain, nous avons dès le départ dû définir notre statut de chercheur et
clarifier les ambigüités qui apparaissaient chez certaines femmes, qui pensaient que
nous faisions partie de l’équipe du PADMG. D’ailleurs lors de notre première visite
au grand marché de Tchibanga, plusieurs d’entre elles voulaient être interrogées,
pensant que cette démarche leur permettrait de bénéficier d’un microcrédit. Dès lors,
nous leur avons expliqué le but de notre présence et l’orientation de nos entrevues
vers les bénéficiaires et non les postulantes. Toutes nos répondantes savaient que
nous venions de l’étranger et manifestèrent un certain enthousiasme à répondre aux
questions, tout en partageant leur histoire de vie.

Les femmes s’exprimaient couramment en français et nous n’avons donc pas eu
besoin d’interprète. Il a fallu souligner dès le début l’objet de la recherche et
l’importance que revêtait leur participation. En fonction de chaque interlocutrice,
nous devions parfois adapter notre langage et utiliser des termes pouvant faciliter leur
compréhension, mais aussi favoriser notre échange. Cette étape correspond

à

l’étape
d’ouverture que Savoie-Zajc (dans Gautier, 2003 : 307) décrit comme étant une
tentative « d’établir un climat propice pour stimuler la description riche de

(34)

l’expérience de l’interviewé». Les entretiens se sont déroulés principalement sur les
lieux d’activités des femmes: le marché de la ville, leurs restaurants, bars et
échoppes. Certaines rencontres ont eu lieu à leur domicile, notamment pour celles qui
travaillent à la maison. Notre recherche s’est également portée sur la structure

organisationnelle du PADMG, son offre de services et les éléments

d’ opérationnalisation du projet. De ce fait, nous avons fait de l’observation directe
lors des rencontres entre les responsables du programme et les femmes. De même, en
côtoyant les populations locales nous avons été un témoin privilégié de leur mode de
vie, ce qui a favorisé l’interaction dans le milieu de notre étude. En vivant au
quotidien à Tchibanga, nous avons réussi à comprendre les réalités locales et cerner
la dynamique socio-économique.

Le profil des bénéficiaires est varié, mais l’unité d’analyse retenue est la période
de l’emprunt. En effet, le PADMG a accordé des crédits en trois phases et nous avons
jugé qu’il était pertinent de retenir les bénéficiaires des deux premières phases, soit
2006 et 2007, dans la mesure où l’impact du microcrédit paraissait plus évaluable
auprès d’elles. Cela se justifie aussi par le fait que les empnmteuses sont plus
susceptibles d’avoir évolué dans leurs activités et d’avoir fini de rembourser leur
crédit.

1.3.3 – L’observation

L’observation «aide à crOlser et à confirmer les informations recueillies par
d’autres moyens, tout en ajoutant le cas échéant quelques détails ou de nouvelles
questions» (Wilde, 1997 :36 dans Leblanc Dominguez, 2005 :150). Il existe deux
types d’observation: directe et participante. La première est une technique de
perception d’un ensemble de comportements à analyser de façon objective. Tandis
que l’observation participante, plus complète, comprend selon Lapierre (dans
Gauthier, 2003) une immersion totale du chercheur dans le milieu de vie des

(35)

personnes étudiées, ou des objets d’analyse, ce qui facilite une réelle appréhension de
la réalité.

Il nous a donc paru judicieux d’opter pour l’observation directe parce qu’elle
laisse la place à une description objective des sujets observés. En effet, cette méthode
«dans l’étude des situations sociales, a été développée par l’anthropologie pour
déchiffrer la culture et les routines sociales de communautés sur lesquelles on ne
possédait pas de connaissances systématiques (Lapierre dans Gauthier, 2003: 269)>>.
Cette perspective épistémologique entrai ne une adaptation du chercheur à son milieu
d’observation, et lui confère un angle privilégié pour la description de faits, lieux,
personnes, environnements …

Notre présence quasi-quotidienne dans les bureaux du PADMG, et sur le terrain
avec le responsable local de ce projet a été l’occasion d’en comprendre le
fonctionnement, mais aussi d’être témoin des échanges avec les emprunteuses. Les
informations recueillies de même que les faits relevés tout au long du processus
d’observation directe ont été consignés dans notre journal de bord. Ce document
comprend l’ensemble de nos données, et nous y avons retracé l’essentiel des
entrevues accordées.

1.3.4 – L’échantillonnage

L’échantillon pour les entrevues semi-dirigées a fait l’objet d’une sélection
minutieuse, afin de ne conserver que les personnes représentatives de notre étude,
c’est-à-dire « que les caractéristiques mêmes de la population soient présentes dans
l’échantillon ou puissent y être retrouvées moyennant certaines modifications»
(Beaud dans Gauthier, 2003 :221). Il est composé d’un groupe de 23 femmes
bénéficiaires dont les caractéristiques spécifiques sont qu’elles sont membres d’une
association et bénéficient de microcrédit depuis au moins deux ans (2006-2007). Le

(36)

critère de la date de l’emprunt a été retenu parce que nous devions analyser les
résultats provenant de bénéficiaires dont l’expérience était beaucoup plus pertinente
pour notre étude. La traçabilité de ces emprunteuses a parfois été difficile, dans la
mesure où nous n’arrivions pas à rejoindre certaines bénéficiaires correspondant à
nos critères, principalement parce qu’elles avaient quitté la ville temporairement ou
indéfiniment, mais aussi pour cause de déménagement. Souvent, les femmes
suscepti bles de connaître d’autres bénéficiaires que nous recherchions, n’étaient pas
en mesure de les localiser.

Les femmes sont toutes d’origine gabonaise malS proviennent d’ethnies
différentes. Par ailleurs, leur lieu de résidence est la ville de Tchibanga mais certaines
d’entre elles n’en sont pas originaires, et y vivent pour des raisons professionnelles
ou familiales. Ce sont les femmes elles-mêmes qui constituent les associations en
fonction des critères de leur choix: l’appartenance ethnique, le type d’activités, leur
lieu de provenance ou encore sur la base d’une adhésion volontaire. Il est important
de souligner que certaines associations ont été créées sous l’impulsion du Ministère
de la famille, dans le cadre de la mise en place du PADMG, tandis que d’autres
existaient avant ce projet.

Nous avons choisi les femmes de Tchibanga, car elles ont bénéficié d’outils de
formation aux activités entrepreneuriales, ainsi que de microcrédits, mais aussi parce
que pour des raisons logistiques il était impossible de se rendre dans les autres villes
de la province. Compte tenu de la multitude de trajectoires observables, et aussi des
différences géographiques et sociologiques, il nous apparaît nécessaire de préciser
que cet échantillon n’est pas représentatif des femmes issues de toute la province de
la Nyanga et encore moins du Gabon.

(37)

1.4 – Les femmes dans la société gabonaise

Les femmes représentent 52% de la population gabonaise pour une population
féminine active s’élevant à 41,2% (DGSEE, 2001 ; MFPEPF, 2002 :2). Cette réalité
démographique octroyant aux Gabonaises une place prépondérante dans la société,
contraste néanmoins avec leur faible participation dans la prise de décisions
publiques. Selon la division traditionnelle de la société gabonaise, les femmes gèrent
les activités domestiques, s’occupent de l’éducation des enfants, et des activités
productrices (Yanga Ngary, 2008). Cependant, la structure de la famille se modifie
progressivement et l’on assiste à une croissance de la monoparentalité, ainsi qu’à un
alourdissement du poids des responsabilités familiales. Le premier rapport national
de progrès des OMD indique un taux élevé de célibat de l’ordre de 45 % (PNUD
Gabon, 2006 :43). L’interprétation de ces chiffres montre qu’il existe de plus en plus
de femmes célibataires qui sont chefs de famille et doivent élever seules leurs
enfants.

Les questions de genre sont des enjeux transversaux, dans la mesure où elles
mettent à l’agenda la nécessité d’assurer des opportunités égales, aux femmes et aux
hommes, en termes de droits et de contrôle des ressources. Elles sont largement
insérées dans des politiques nationales et des programmes de développement. Au
Gabon, l’institutionnalisation de l’approche genré est un processus qui se traduit
entre autres par l’élaboration d’une politique nationale d’égalité et d’équité du genre,
en cours d’élaboration par le MFPEPF en partenariat avec le PNUD. Ce document
servira de guide dans la définition des grandes orientations à adopter en matière de
genre et proposera des stratégies sectorielles adaptées. Son application permettra
aussi d’atteindre l’OMD 3 des Objectifs du Millénaire à l’horizon 2015.

6 L’objectif de la politique de genre est de créer un «environnement institutionnel, juridique et

(38)

L’accès à l’éducation

L’éducation est accessible à tous sans inégalités de genre, et le taux
d’alphabétisation des femmes s’élève à 66 % (DOSEE, 2001 :3). Selon une récente
étude démographique et de la santé réalisée avec la participation du Fonds des
Nations unies pour la population (FNUAP), plus de 31 % de filles atteignent le niveau
supérieur contre 49% de garçons (DOSEE, 2001: 19). Ces chiffres indiquent que les
filles ne sont pas défavorisées quant à l’accès à l’éducation, par contre elles sont plus
vulnérables au décrochage scolaire. En effet, les statistiques et les différentes études
sur ce sujet indiquent que le nombre de filles diminue des effectifs scolaires à mesure
que le niveau d’études augmente. Cette déperdition scolaire s’explique par trois
facteurs principaux: la pauvreté, le décrochage scolaire et les grossesses précoces.
Les filles, et les adolescentes ont plus de propension à arrêter leurs études; l’enquête
démographique sur la santé révèle que plus de 41 % des jeunes filles sont déjà
sexuellement actives à 17 ans, 52% le sont à l’âge de 19 ans alors que 46% des filles
ont déjà eu un enfant à cet âge (FNUAP, 2007:6). Dans le but de prévenir et
d’enrayer le fléau des grossesses précoces, plusieurs activités de sensibilisation sont
organisées à travers le pays. En outre, pour favoriser le maintien de la scolarisation
des filles mères 7le ministère de la famille a créé un réseau national de haltes

garderies, accueillant leurs enfants, afin de leur permettre d’alterner maternité et
études.

En dépit du fait que les Oabonaises sont présentes dans divers corps de métiers
(cadres, ingénieures, pilotes d’avion, chefs d’entreprise, militaires, députés … ),
notamment ceux généralement réservés aux hommes, l’analyse de l’orientation des
filles dans l’enseignement, montre que celles-ci sont majoritairement dirigées vers les
filières d’études littéraires, au détriment des filières scientifiques. Cela contribue à

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Date de publication : 2021-05-27 19:04:30