HUMANITAIRE: Les vœux 2021 du père François Ponchaud

Nous publions ici une lettre du père François Ponchaud, MEP

Je vous présente mes meilleurs vœux de Noël, bien qu’en réalité je ne sais pas quand va partir mon courrier pour ceux qui le reçoivent par la poste: avec le coronavirus, la poste bloque tous les départs et les arrivées. J’ai du courrier qui attend depuis plus de six mois…

L’ombre du coronavirus          

J’espère que vous-même ou les vôtres n’ont pas eu à souffrir du coronavirus. Au Cambodge nous n’en avions pas, du moins chez les Cambodgiens. Le soleil détruit le virus. Seuls les gens venant de l’Étranger l’apportent. Cependant, depuis une quinzaine de jours, les premiers cas chez les Khmers sont apparus, par l’infection de la femme du directeur des prisons…Depuis c’est une panique irrationnelle…à croire que tous ont perdu la raison !!! C’est cependant un excellent moyen pour attirer des fonds. Le Japon vient d’allouer 270 millions de dollars au Cambodge pour les dégâts causés par le virus.

L’économie de la région

Cependant la crise du coronavirus influe sur l’économie de la région qui ralentit les investissements et les ventes à l’Étranger. Plusieurs usines (110 au moins) avec leur patrons chinois ont fermé leurs portes, laissant plus de 55.000 personnes se retrouvent au chômage …

La France qui après les accords de Paris sur le Cambodge a menacé de fermer ses aides au Cambodge si les droits de l’homme n’étaient pas respectés. Mais comme l’ex-khmer rouge converti Hun Sen tente de rester au pouvoir par tous les moyens, plusieurs militants se sont retrouvés en prison ou carrément tués…Donc, en février dernier l’Union Européenne a menacé de geler les allocations prévues. Cette mesure est effective depuis septembre.

Reporters sans frontières

Reporters sans frontières, place le Cambodge à la 144 place sur 180 pour la liberté de la presse, qui a été restreinte encore par le Covid-19. En 2019 Transparency International plaçait le Cambodge au 162ème rang des pays corrompus sur 198 pays. Les forêts cambodgiennes continuent à être saccagées.

Comme fait marquant de ces derniers mois, est la signature d’un traité de libre échange concernant 19 pays d’Asie, dont la Chine, et le Cambodge, qui regroupe plus d’un tiers du commerce mondial. Il y aura sûrement des retombées que nous ne pouvons encore prévoir.

La microfinance, aspirateur à dettes

Dans la société cambodgienne, durant les années d’abondance passées, la microfinance a beaucoup prospéré.  On compte environ 3.800 $ de dettes par habitant dues à la microfinance. Cela engendre beaucoup de misère et de tension dans les familles.

Je viens de terminer le commentaire en khmer du Nouveau Testament. J’avoue que je suis assez fier de l’explication des Épîtres de Paul et j’espère que ce travail portera des fruits. Je ne fais plus grand-chose sinon des présentations des textes de chaque dimanche, qui apparemment sont appréciées. C’est pourtant pas très compliqué. Pour nous, Occidentaux, nous voulons comprendre, les Asiatiques se contentent de la récitation, même sans comprendre … aussi même les prêtres n’avaient pas l’idée de présenter les textes. En réalité, il faudrait changer beaucoup de choses, si on voulait être compris des Khmers !…Leur Ancien Testament serait peut être inspiré du Bouddhisme…

Et puis je commence à passer mon temps à prier, non réciter des prières, mais union avec le Père…Bonne occupation direz-vous. Oui, jusqu’ à présent j’ai fait passer le travail avant la prière : il faut changer de cap.

Vivre avec des moines bouddhistes

Un prêtre de Cahors, actuellement décédé, a vécu une grande partie de sa vie avec les moines bouddhistes et les membres de sa société ont écrit un livre passionnant sur lui et les bouddhistes, comment il retrouve en eux l’expérience spirituelle de Jésus. J’avais lu ce livre il y a cinq ou six ans, mais je le retrouve très actuel, et me suscite une vocation d’aller finir mon séjour dans une pagode. Je retrouve dans son livre une critique assez violente qui a été parfois la mienne de toute la mythologie gréco-romaine transformée en dogme de foi par les Occidentaux…Alors les Bouddhistes khmers, n’y comprennent plus rien. Mais dans la région, je n’ai trouvé aucune pagode ou l’on pratique la méditation. D’autre part, ma santé me le permettra sûrement pas.

Un de mes amis. Yann Defond, vient d’écrire un livre pas tellement long sur les ouvriers et ouvrières du Cambodge, qui pour un certain nombre gagnent moins que le minimum vital… Il va sortir en France. J’en ai fait la préface il y a plusieurs années. …

Takéo et ses paysans

Cependant, le glaucome commence à me gêner, à m’empêcher de lire. A Phnom Penh, je suis relégué dans un studio appartenant à Mme Petit, une voisine de Rue du Bac, à Paris. Je ne vois plus grand monde. Heureusement je vais maintenant à Takéo où je rencontre des paysans. Cette année, la culture du riz me sidère : on moissonne dans 50 cm d’eau. Quand on connaît la valeur du riz à la moisson (5 centimes le kilo) on ne voit pas trop pourquoi les gens travaillent encore…

Objectifs humanitaires

J’ai achevé presque tous les objectifs humanitaires que je m’étais fixés pour les dernières années de ma vie. La semaine dernière je suis retourné à Chamlak, où réside un nouveau missionnaire qui apprend le khmer…Beaucoup de choses ont changé…J’ai eu beaucoup de joie à rencontrer les villageois, spécialement le maire de Puthéa avec lequel, j’ai été photographié jadis, pour une couverture du Pèlerin. Il m’a conduit sur le terrain, et m’a demandé de l’aider à creuser 2.500 m d’un canal de 10 m de largeur et de 3m de profondeur, qui alimenterait tous les autres canaux et permettrait des cultures d’appoint de saison sèche… Il estime la dépense à 35.000 euros.

Si certains d’entre vous voudraient aider, ils sont les bienvenus. (envoyer de l’argent à MEP 128 rue du bac 75007 PARIS). Je me suis rendu à Chamlak avec Thann, mon adjoint, qui était très proche des Khmers et a reçu un accueil triomphal…

Parmi les différentes œuvres humanitaires, après une dizaine d’années, il me semble que ce sont les travaux d’irrigation qui continuent à servir le plus…Les écoles sont reprises pour la plupart par l’Éducation nationale. C’était une excellente aide il y a 10 ans, un peu moins maintenant, à part celle du secteur de Phum Kulen, dans le Nord du pays, qui restent la base de l’Education du secteur… École de Snoul (province de Takéo) vient d’être achevée : c’est une petite merveille qui relève la dignité de ces gens TRÈS pauvres parmi lesquels je vis…

Je vous dis joyeux Noël et Bonne Année.

François Ponchaud

Chaque semaine, recevez Gavroche Hebdo. Inscrivez vous en cliquant ici

Source
Date de publication : 2020-12-23 05:15:00