Explosion du port : lancement du fonds « B5 » pour les PME touchées

Comme annoncé mercredi par le président du Groupe de la Banque mondiale (BM), David Malpass, lors de la conférence internationale de soutien au Liban qui s’est tenue le jour du premier anniversaire de la terrible double explosion qui a ravagé Beyrouth et son port, le fonds B5 (pour « Building Beirut Businesses Back and Better ») est entré cette semaine dans sa phase d’exécution.

D’une durée de trois ans et doté d’une enveloppe de 25 millions de dollars, ce fonds doit « contribuer au relèvement des micro et petites entreprises directement touchées par l’explosion du port de Beyrouth et soutenir les activités des institutions de microfinance éligibles », a précisé l’organisation de Bretton Woods dans un communiqué publié jeudi soir. La majorité de l’enveloppe actuelle devrait être déboursée lors de la première année, les deux autres servant essentiellement à évaluer l’impact et les résultats, selon le service de communication de la BM que nous avons contacté. Néanmoins, l’organisation n’exclut pas que des fonds supplémentaires soient alloués par la suite pour augmenter le nombre de bénéficiaires.

Le montant déjà alloué avait été approuvé le 29 avril dernier par le conseil de partenariat du mécanisme de financement pour le Liban (Lebanon Financing Facility, ou LFF, le « Fonds fiduciaire multidonateurs » créé en décembre 2020), dans le cadre du plan de réforme, reprise et reconstruction (3RF) mis en place par la BM, l’Union européenne (UE) et l’Organisation des Nations unies (ONU). Selon le service de communication de la BM, la mise en œuvre du projet a nécessité plusieurs mois de préparation.

« Le fonds B5 représente une première étape urgente pour (assurer) un soutien vital aux entreprises et assurer leur pérennité, compte tenu des multiples crises qui touchent le pays. Grâce au soutien financier du Canada, du Danemark, de l’UE, de la France et de l’Allemagne, le B5 donne aujourd’hui le coup d’envoi à la mise en œuvre de projets prioritaires indispensables prévus dans le cadre du LFF », a déclaré le directeur régional de la BM pour le Moyen-Orient, Saroj Kumar Jha, cité dans le communiqué.

Plusieurs niveaux de contrôle

Ce sont en tout 4 300 entreprises – dont 30 % dirigées par des femmes ou leur appartenant – et jusqu’à cinq instituts de microfinance – soit les organisations qui fournissent des services financiers aux personnes exclues du système financier formel – qui sont ciblés par le fonds, avec l’objectif de les remettre sur pied. Pour être éligibles, les entreprises doivent, entre autres critères, être potentiellement viables malgré les dégâts, employer moins de 20 personnes et être localisées dans un rayon de 5 km de l’épicentre de la catastrophe. Les instituts de microfinance devront, eux, avoir été « autosuffisants financièrement » avant la crise qui frappe le pays depuis la fin de l’été 2019, ou encore respecter les standards de leur corps de métier en termes de performances et de « bonne conduite ».

L’institution Kafalat – qui garantit depuis 1999 des prêts contractés par des entrepreneurs locaux dans les secteurs productifs – a, elle, été chargée de piloter l’ensemble du processus de versement des aides (gestion, exécution, sélection des intermédiaires, suivi, etc.) avec l’objectif de garantir la transparence des opérations et leur alignement sur les principes directeurs du dispositif. Les aides reçues (des enveloppes pouvant aller jusqu’à 10 000 dollars ou 25 000 dollars par entreprise en fonction des critères et approche retenus) serviront à « couvrir les besoins de fonds de roulement ainsi que les dépenses liées aux services techniques, aux équipements et aux réparations ». Les contrôles en première instance seront effectués par Kafalat, ainsi que les instituts de microfinance sélectionnés, avec un autre niveau de surveillance directement assuré par une instance indépendante pour le compte du LFF.

17 % de fermetures

Dans son communiqué, la BM précise de son côté que le souffle de l’explosion a provoqué des « pertes de stocks pour environ 10 000 entreprises dans un rayon de 5 km », sans parler de l’impact de la catastrophe, tout comme de l’absence presque totale de réaction de la part des autorités, sur la capacité des entrepreneurs touchés à se remettre en selle. Elle ajoute que, selon une enquête réalisée entre novembre et décembre derniers, « environ 17 % des sociétés avaient définitivement fermé ; 79 % d’entre elles avaient enregistré une baisse des ventes (de 69 % en moyenne); et 61 % avaient réduit leurs effectifs permanents de 43 % en moyenne », entre autres données.

La BM met également en exergue les difficultés rencontrées par les entreprises touchées pour trouver des financements, en raison de « la fragilité du secteur financier et la forte dégradation de l’accès aux financements ». Ces failles, amplifiées par l’inaction coupable de la classe politique, les restrictions unilatéralement imposées aux déposants par le secteur bancaire dans son ensemble et la dépréciation violente de la livre libanaise qui en a résulté, sont les principaux traits de la crise que traverse le pays depuis près de deux ans.

Fin août 2020, la BM, en collaboration avec l’ONU et l’UE, a estimé que la double explosion du 4 août avait provoqué entre 3,8 et 4,6 milliards de dollars de dégâts (en incluant ceux de la zone portuaire) et entre 2,9 et 3,5 milliards de dollars de pertes liées à l’activité économique. Un rapport du cabinet de conseil Strategy& – qui appartient au réseau britannique PwC – a affirmé qu’au moins 26 560 entreprises libanaises avaient subi des dégâts suite à l’explosion, des dommages majeurs pour un peu plus de 500 d’entre elles situées dans un rayon de 4 km autour du port. Depuis décembre dernier, la BM reproche aux autorités libanaises d’avoir délibérément contribué à plonger le pays dans une phase de dépression économique, en repoussant notamment les réformes nécessaires pour assainir les finances publiques et restructurer l’économie.

Comme annoncé mercredi par le président du Groupe de la Banque mondiale (BM), David Malpass, lors de la conférence internationale de soutien au Liban qui s’est tenue le jour du premier anniversaire de la terrible double explosion qui a ravagé Beyrouth et son port, le fonds B5 (pour « Building Beirut Businesses Back and Better ») est entré cette semaine dans sa phase…

Source
Date de publication : 2021-08-06 21:00:00