Des millions d’emprunteurs de microcrédits menacés par le surendettement

Remboursement de prêts de microfinance, au nord du Togo, en 2018.

De l’Asie à l’Amérique du Sud, la colère monte contre les institutions de microfinance. Dans les collines de l’Assam, dans le nord-est de l’Inde, des milliers de femmes ont manifesté, mi-juin, contre le « harcèlement » des organismes de microcrédits. Certaines ont même demandé symboliquement aux autorités la permission de se donner la mort pour échapper à leurs créanciers… le suicide étant illégal dans le pays.

A des milliers de kilomètres de là, dans le nord du Kirghizistan, en avril, plusieurs dizaines de femmes portant des foulards noirs, la couleur du deuil, se sont barricadées dans un bâtiment de l’administration avec des bidons d’essence, et ont menacé d’y mettre le feu si leurs créanciers ne leur offraient pas un peu de répit. Au Sri Lanka, d’autres femmes sont descendues dans la rue, en mai, pour réclamer l’aide du gouvernement contre l’« esclavage du microcrédit ».

La crise liée à la pandémie de Covid-19 a augmenté les risques de surendettement pour les 140 millions de microemprunteurs dans le monde, dont 80 % sont des femmes. Leur encours est estimé à 124 milliards de dollars (103,9 milliards d’euros).

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« La plupart des usagers du microcrédit travaillent dans le secteur informel, or celui-ci a été le plus sévèrement touché par la crise, témoigne Martha Chen, cofondatrice du réseau de travailleurs informels Wiego. Les emprunteurs, privés de revenus, se sont enfoncés dans le surendettement à des niveaux alarmants. » Une vaste enquête menée entre juillet et novembre 2020 dans vingt et un pays, auprès de 18 000 clients de la microfinance, par le cabinet d’études 60 Decibels révèle que 84 % d’entre eux ont vu leur situation financière se dégrader.

« Emprunteurs harcelés »

Près du tiers de ces travailleurs ont été contraints d’emprunter de l’argent à des proches ou à des usuriers, voire de vendre des terres ou d’autres actifs pour rembourser leurs dettes ; 43 % d’entre eux ont même reconnu avoir réduit leur alimentation.

« Les femmes sont les plus touchées, souligne Antonique Koning, spécialiste de l’inclusion financière du Groupe consultatif d’aide aux populations pauvres (CGAP), au sein de la Banque mondiale, car elles travaillent dans des secteurs comme le service à la personne ou la vente au détail, qui ont été paralysés par les confinements, et leurs tâches domestiques se sont également multipliées pendant cette période. » Selon la Banque mondiale, 43 % des microentreprises détenues par des femmes en Afrique subsaharienne ont fermé temporairement, contre 34 % de celles détenues par des hommes.

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Date de publication : 2021-06-27 22:41:15