‘Dékawowo’, la banque agricole des planteurs de cacao

Éric Yebo, planteur de cacao et président du comité de crédit de la microfinance “Dekawowo”, partage le succès de cette belle initiative.

“C’était en l’an 2000, avec l’aide d’une ONG canadienne que nous avons eu un financement de plus de 350 millions F.CFA. C’était la grande chance des planteurs de café et de cacao qui fait qu’aujourd’hui, nous avons une microfinance qui tend vers une Banque agricole,” fait savoir M. Yebo.

‘Dékawowo’, une initiative des coopératives agricoles 

En remontant l’échelle du temps, Eric Yebo rapporte qu’avec la libéralisation de la filière café cacao au Togo, nombre de planteurs de la région n’avaient plus goût de continuer car ils étaient laissés pour compte.

Les acteurs de la chaîne de valeur de la filière café cacao ne convoitaient seulement que la fève du cacao et les graines du café sans se soucier des planteurs et il fallait réfléchir autrement d’où la mise sur pied des coopératives. 

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Ces coopératives se sont réunies en Union de Coopératives de producteurs de café et de cacao. Au total 12 Unions sur toute l’étendue du territoire national ont formé une fédération qui couvre toute la faîtière.

Les coopératives, les unions et la faîtière elle-même ont besoin de l’argent pour financer leurs activités. Tous dans un même esprit ont pensé à mettre en place une microfinance dédiée aux planteurs de café et de cacao qui a pour nom Dékawowo (synergie collaborative, union etc.)

Un modèle de fonctionnement original

Ce qui fait la particularité de Dékawowo, c’est que quand le planteur prend un prêt, le payement est discuté entre lui et l’agence de crédit en fonction de sa superficie, son cahier de collecte etc. 

Eric YEBO dans sa plantation de cacao à Tové Ati

“Pour obtenir un crédit, nous vérifions combien de kilo de cacao ou de café le planteur a moyennement produit par an. C’est là que nous exigeons son cahier de collecte signé par le président de sa coopérative. Une fois que nous l’avons, on peut facilement morceler le payement durant le nombre d’années qu’il pourra rembourser. Et pour le planteur le plus souvent, c’est par trimestre qu’il paye,” partage le président du comité du crédit.

“Dékawowo” propose ainsi trois (3) produits phares aux petits agriculteurs. Chaque produit à son taux et délai de remboursement. Très original. 

D’abord le Produit découvert. Il donne la chance à un non-planteur de cacao ou de café de faire un prêt pour lancer une activité commerciale. C’est un crédit qui est remboursable trois mois après.

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Ensuite le Produit Espoir. Celui-ci donne l’opportunité au planteur de faire un prêt pour acheter un terrain et construire une maison pour son bien-être. Cela aussi à un taux différent et le payement varie selon la taille du crédit octroyé.

Enfin le Produit P3C. Ce dernier est réservé exclusivement pour l’achat du café et du cacao. Donc les membres d’une même coopérative ou Union peuvent rassembler leurs besoins et soumettre à la microfinance pour une levée de fonds.

“On a par la suite développer aussi un produit pour les producteurs d’autres filières à part le café et le cacao qui sont dans nos zones de couverture. Quand vous êtes bien organisé et vous venez en groupe vers nous, vous avez droit à nos crédits. Aujourd’hui, ce n’est plus uniquement le café cacao, même les éleveurs ont droit à un crédit. Toutefois, nous précisons que c’est seulement dans les zones où le café et le cacao sont cultivés que les autres acteurs d’autres filières ont la possibilité de bénéficier de l’accompagnement de notre microfinance”, fait savoir M. Yebo.

Vers une banque agricole

Longtemps réservé uniquement qu’aux activités agricoles, les premiers responsables de Dékawowo ont enfin décidé d’ouvrir une part aux auxiliaires (commerçants, artisans, fonctionnaires, etc.) en leur donnant l’opportunité de pouvoir faire des dépôts et solliciter des prêts au sein de l’institution.

“Notre objectif principal aujourd’hui, c’est de tendre vers une banque agricole au Togo. Et on met un accent particulier sur la production et les bonnes conditions du producteur car une banque agricole prend d’abord en compte en priorité les problèmes du producteur. Si le producteur est satisfait, c’est après qu’on pourra voir si les autres doléances connexes pourront être servis” confient les premiers dirigeants.

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Dopés par les enseignements de la Caisse nationale de crédit agricole (CNCA) lancée dans la foulée de la révolution verte en 1977 ; les dirigeants de Dékawowo comptent sur l’appui du gouvernement pour mettre à l’échelle, l’expérience de réussite de leur institution de microfinance portée les nombreuses familles de planteurs de café et de cacao.

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Palakiyêm S./ Simon A. (L’édition spéciale se poursuit…)

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Date de publication : 2021-07-07 12:00:00