crédit bancaire, un fardeau accablant

Mbailassem, concentré sur un programme de turf, vient d’être déconcerté par la taquinerie d’un enseignant venu boire l’argui (alcool traditionnel distillé). “Tu cherches des millions pour nous grand frère ?”, interroge ironiquement l’enseignant. Du coq-à-l’âne, le crédit bancaire devient un sujet de conversation. “Quand tu prends le crédit, tu recules de trois ans”, soupire l’agronome avant d’expliquer longuement sa détresse liée à l’emprunt bancaire.

Au mois de novembre, Mbailassem a raflé son compte sans se soucier de ses obligations vis-à-vis de sa banque. Au mois de décembre, alors son que son épouse et sa fille rougissaient d’impatience de porter des habits neufs et manger un repas spécial, son salaire est intégralement retenu par la banque. “J’ai négocié avec la gestionnaire de mon compte qui m’a accordé un acompte de 46.000 Fcfa pour les enfants”, explique-t-il.

La modique somme de 46.000 Fcfa est remise intégralement à l’épouse pour payer le loyer (30.000) et assurer le repas de la fête. L’épouse, jugeant la somme infime, hausse le ton. La rétorque de l’époux provoque hâtivement de chaudes empoignades. L’enseignant qui s’impatiente d’écouter la fin de l’histoire ricane, comme pour minimiser la mésaventure de l’agronome. “Chez toi, c’est rien”, lance-t-il. “Mon salaire à moi est bloqué 3 mois l’année passée. Comble de malheur, ma chambre s’est écroulée. J’ai mis ma télé en gage et ai supplié une autre gestionnaire qui m’a accordé 40.000 Fcfa en acompte pour louer une nouvelle chambre”, explique l’enseignant.

Le compte de l’éducateur est restructuré. Malheureusement, il a gagné une somme d’argent trois fois inférieure à celle qui lui a été notifiée. Environ 500.000 Fcfa sans trace. “La gestionnaire me menace quand je lui demande des justifications ou donne des explications que je comprends pas du tout”, explique l’enseignant qui jure qu’il ne laissera  pas tomber l’affaire.

Alain, propriétaire d’une cabine téléphonique et d’une discothèque a, quant à lui, une histoire autrement fâcheuse. Le 23 décembre, il s’est acheté une moto neuve après avoir emprunté 1 million à un établissement de microfinance. Le 26 janvier, le mototaxi à qui il a loué la moto se fait agresser. S’étant “démené tel un diable”, il a remboursé la somme même s’il doit payer une pénalité de 130.000 Fcfa. “Et la pénalité augmentera si je ne paye pas à échéance”, raconte-t-il péniblement.

“Mon gestionnaire est malhonnête. Une fois, je lui ai donné 80.000 mais quand j’ai demandé l’historique, il n’a versé que 20.000”, explique le “débrouillard” qui estime que ce gestionnaire a contribué à son malheur. Lequel gestionnaire et d’ailleurs beaucoup d’autres refusent obstinément de s’exprimer sur la question.

Pénalités fantaisistes, acomptes permanents

Les clients payent régulièrement une somme d’argent à la banque en guise de pénalité si le salaire est viré après l’échéance (le 25 du mois le plus souvent). Une connivence semble s’établir entre les banques et l’État qui vire rarement les salaires avant le 25 de chaque mois. Aussi, presque tous les clients sollicitent un découvert dont ils payent un frais.

“À ma banque, c’est 10.000 les frais”, informe l’enseignant. “C’est plus que ça chez moi”, enchaîne l’agronome. Le crédit de l’agronome est payable sur 4 ans, celui de l’enseignant sur 3 ans. Les deux fonctionnaires ont payé respectivement 480.000 et 360.000 Fcfa à leurs banques respectives en guise de frais de découvert en plus du taux d’intérêt de l’emprunt.

En dépit de toute cette galère liée au crédit, l’agronome attend impatiemment quelques mois pour solliciter un autre prêt anticipé. L’enseignant quant à lui attend fin juillet pour solliciter un autre en vue de s’acheter un terrain, le premier crédit n’ayant servi qu’à des “futilités”.

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Date de publication : 2021-08-07 08:26:15